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Puis une jeune femme noire passe, l’un des deux voyous la siffle, l’autre le réprime aussitôt. «Ça va pas, tu siffles les animaux maintenant?»

Le taxi qui m’emmène s’arrête devant un client puis change d’avis. Il ne le prend plus. Je lui demande pourquoi. «Tu ne l’as pas vu? Il est noir. Quand l’un d’eux t’arrête, tu peux être sûr qu’il ne montera pas seul mais avec toute sa tribu aussi». Et c’est quoi le problème? «Ils ne parlent pas arabe parce qu’ils nous snobent, ils se croient supérieurs ces sauvages. Je ne comprends pas ce qu’ils disent, ils font du bruit, ils chicanent pour le prix de la course, c’est des tricheurs dans l’âme, etc.». 

A la fin, il conclut: «je ne les aime pas !»
Je n’oublierai jamais cette belle journée à Tanger quand, me promenant dans les rues de la «fiancée du détroit», comme on la surnomme, j’ai aperçu une horde de gamins poursuivre un homme noir en lançant des cris de singe. Il n’arrivait pas à les chasser. Les passants étaient indifférents, certains riaient. Cet homme était un grand artiste africain, en visite à Tanger parce que membre d’un jury de cinéma…

Un jour, au café, j’ai écouté un homme expliquer à ses amis que le racisme anti-noir était quelque chose de mal et qu’il fallait le combattre à tout prix. Mais il utilisait des arguments, comment dire, étranges: «les noirs ne sont pas comme nous mais on doit les respecter. Parce qu’ils sont quand même musulmans. Ce n’est pas comme s’ils étaient chrétiens ou athées!»

Le racisme anti-noir, dirions-nous, est un épiphénomène. Dit comme cela, le message est: ne vous inquiétez pas, nous parlons de cas isolés. Isolés, vraiment?

Dans les rues si animées du vieux centre-ville casablancais, deux jeunes gaillards sifflent systématiquement toutes les passantes et les gratifient de remarques chantantes sur certaines parties de leur anatomie. Puis une jeune femme noire passe, l’un des deux voyous la siffle, l’autre le réprime aussitôt. «Ça va pas, tu siffles les animaux maintenant?»

Un ami, directeur artistique de son métier, a l’habitude de sillonner les pays d’Afrique noire. Un jour, me dit-il, dans les rues de Ouagadougou, un inconnu a failli le poignarder. «Mon agresseur m’a dit: tu es marocain et tes frères maltraitent mes frères dans ton pays, c’est ce qu’on raconte ici, alors je vais me venger de toi». Mon ami ne s’en est sorti qu’avec des égratignures, après avoir expliqué que le racisme anti-noir n’était pas généralisé et que lui, surtout, n’était pas «comme ça».

L’été dernier, je cherchais, pour les besoins d’un casting, une actrice noire. J’ai donné rendez-vous à une jeune Guinéenne, j’arrive au bistrot, je ne trouve personne, alors j'interroge le serveur qui me répond, avec le sourire: «ah non monsieur, ici on ne laisse pas les jeunes femmes noires et non accompagnées entrer. Interdit! Haha.»

Je me souviens aussi d’une autre fois, de nuit dans les rues de Paris, lorsqu’un mendiant noir m’a arrêté, alors que j’accompagnais un couple d’amis français. «Hey, me lança-t-il alors que je lui tournais le dos, toi, oui, toi mon frère, je te demande une pièce». D’accord mais pourquoi moi, pourquoi pas les autres, pourquoi m’appelle-t-il son frère? «Parce que tu es noir…Comme moi!».

(Ce texte est dédié à tous ceux qui luttent contre le racisme et pour un changement des mentalités, au Maroc et ailleurs). 



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