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Le journaliste français, Philippe Gildas, est décédé à l'âge de 82 ans le dimanche 28 octobre 2018. C’est une figure des médias qui s'en va, journaliste et animateur de radio et de télévision.

À plus de cinquante ans, Canal+ fait de lui le patron de Nulle part ailleurs, l'émission culte d'une chaîne qui s'est donné pour mission de bousculer les codes et les tabous dans un paysage audiovisuel jugé trop pépère… Pendant dix ans, Gildas va jouer les chefs de gare en tenant le conducteur de l'émission avec une précision d'horloger. Il accueille les stars, gère les Nuls, supporte son coéquipier Antoine de Caunes, qui n'hésite pas à le bombarder de mousse à raser, de chantilly, de bières ou de saucisses, dans une ambiance potache mais toujours encadré par le senior du groupe.


Breton du Morbihan, petit-fils d'un gardien de phare, une mère qui voulait devenir bénédictine, un père notaire, le jeune Philippe Leprêtre – son vrai nom – échappe difficilement à son milieu : une enfance terrienne, études catholiques, enfant de chœur, il est l'aîné de sept garçons, ce qui lui donnera cette modestie et un sens du recul qu'il conservera toute sa vie. 
« Dans la cour de récré, on était un paquet de frères avec les oreilles décollées, se souvenait-il un jour dans Libération. Je pensais que c'était les autres qui n'étaient pas normaux, ça donne le sens du relatif… » 
Le jour du nouvel an 1963, le destin bascule : le journaliste de permanence a forcé sur la bouteille, il faut un remplaçant, Philippe Leprêtre se retrouve devant le micro. Le voilà terrorisé, il ne souhaite pas que son vrai nom soit prononcé à l'antenne, car il est toujours bidasse. Il choisit donc le prénom de son fils aîné et devient Philippe Gildas. 
« Je n'ai jamais eu de plan de carrière, confiait-il au Monde. Mon parcours est un condensé de contradictions, mais je n'ai ni remords ni regrets. Le hasard m'a porté à chaque fois au bon croisement, c'est ce qu'on appelle aussi avoir du cul. »
Sa carrière en effet s'emballe : patron de l'info sur RTL, journaliste à l'ORTF, au côté du mythique Pierre Desgraupes, puis présentateur à Europe 1, où il y rencontrera sa seconde épouse Maryse… 

Philippe Gildas fait régulièrement des incursions sur le petit écran, conseillé par son compère Pierre Bellemare, qui l'envoie aux États-Unis piocher de nouvelles idées – il ramènera ainsi en France la technique du prompteur… On le voit animer La Tête et les Jambes, ou encore La Chasse au trésor, puis il revient prendre la direction de l'antenne d'Europe1 au début des années 1980. Il lance alors le fameux Top 50, pour contrer l'essor des jeunes radios musicales, fait venir Coluche qui fera son fameux appel pour les Restos du cœur, et continue à former toute une génération d'animateurs et de journalistes sur les ondes.


La folie « Nulle part ailleurs »
En 1985, le voilà sur Canal+ pour présenter Direct, un talk-show de milieu de journée. Ce qui ne l'empêche pas de travailler avec son copain Pierre Lescure sur un grand projet pour Antenne2 (aujourd'hui France2) : une heure trente de direct, le soir, entre 19 heures et 20 h 30, qui engloberait en même temps le JT. L'affaire capote, en raison de l'opposition des syndicats. Mais elle séduit d'emblée Alain De Greef, le patron des programmes de Canal : Nulle part ailleurs est né, avec Philippe Gildas comme capitaine de cette tranche d'infotainment, un mélange savant d'infos et de divertissement.

Il tient la boutique au milieu d'une armada de chroniqueurs et d'humoristes qui font très vite la réputation de la chaîne, comme Alain Chabat, Jérôme Bonaldi ou encore Jean-Pierre Coffe… Mais le succès tient surtout au duo improbable qu'il forme avec le jeune Antoine de Caunes, toujours prêt à une clownerie, en Didier l'embrouille ou Gérard Langdepute, tandis que Gildas s'en tient à son personnage de Monsieur Loyal, sans se départir de son air de Breton râblé et paternel. Ils sont nombreux ceux qui sont passés dans l'émission, avant de voler de leurs propres ailes : Jamel Debbouze, Omar Sy, Benoît Poelvoorde, José Garcia, les Deschiens…

En 1997, il quitte le plateau mais pas le paquebot, restant dans l'orbite du groupe Canal+ pour présenter diverses émissions, diriger des rédactions ou travailler sur différents concepts. Dix ans plus tard, alors qu'on le croyait définitivement retraité de l'audiovisuel, le voilà plus enthousiaste que jamais à la tête de la chaîne Vivolta, qui cible à l'époque les enfants du baby-boom. À plus de soixante-dix ans, il y anime quelques années Gildas & Co, reprenant les codes du talk-show qui a fait ses grands succès.






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