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Le projet de résolution reprend les arguments de Rabat qui accuse l’Iran et le Hezbollah d’ « instrumentaliser » le conflit du Sahara pour déstabiliser la région. Des accusations qui avaient été rejetés en bloc par Téhéran.

Le Maroc s'est félicité, dimanche, d'un projet de résolution du Congrès américain appelant à l'entérinement de son plan d'autonomie du Sahara et condamnant « les actes de provocation» du Polisario et ses « soutiens étrangers », l'Iran et le Hezbollah.
«Cette résolution est une forte réaffirmation de la qualité des relations séculaires entre les Etats Unis et le Maroc. Nous avons un partenariat important, sur le plan économique et sécuritaire, qui est indispensable pour le maintien de la paix et de la prospérité dans la région. Nous aspirons à poursuivre notre coopération, avec les Etats-Unis, pour lutter contre le terrorisme et toute autre tentative de déstabilisation de la région nord-africaine», a déclaré à Sputnik une source diplomatique marocaine.
Aucune réaction officielle n'a été enregistrée, dimanche soir, du côté des autorités algériennes ni celles du Polisario, le mouvement politico-militaire du Sahara occidental. Les deux parties, tout comme l'Iran et le Hezbollah, avaient démenti, par le passé, de telles accointances.

« La Chambre des Représentants des Etats Unis condamne les actions provocatrices menées par le Front Polisario dans le Sahara occidental, condamne toute action menée par le gouvernement iranien ou par le Hezbollah pour favoriser l'instabilité en Afrique du Nord », peut-on lire dans le texte de la résolution.

Le projet de résolution américaine, présenté par trois membres du Congrès, a en outre, insisté sur les « relations historiques entre le Maroc et les Etats-Unis».
« Le Maroc a été le premier pays à reconnaître officiellement l'indépendance des Etats-Unis en 1777. Il demeure, un allié et partenaire important pour la paix au Moyen-Orient et en Afrique du Nord», dit encore le texte de la résolution.
De quoi rassurer les Marocains quant à l'immuabilité du soutien américain à Rabat dans le dossier du Sahara. Depuis mars dernier, date de nomination de John Bolton au poste-clé de conseiller à la sécurité intérieure de Donald Trump, des rapports de presse marocains s'inquiétaient de voir le soutien traditionnel américain s'infléchir sur le dossier du Saraha.

Ancien ambassadeur à l'ONU entre 2005 et 2006, Bolton est réputé pour avoir, au sujet du Sahara occidental, des positions se démarquant quelque peu de la ligne marocaine.

Dans une déclaration donnée à Sputnik, l'analyste et ancien conseiller politique à l'ONU, Samir Bennis, a sous-estimé l'impact de cette nomination sur l'orientation de la politique américaine, gouvernée par des « constantes ».
«Il y a une crainte, au sein de la diplomatie marocaine, que Washington ne tourne le dos au Maroc. Mais cette crainte est un peu exagérée. Quoique Bolton soutienne la tenue du référendum d'auto-détermination, il n'a jamais soutenu ni déclaré clairement croire en la légitimité des revendications du Polisario. Il y a des constantes dans la politique américaine. Même si Bolton essayait d'imposer sa position, il serait bloqué par la bureaucratie et l'establishment américains, qui sont plutôt favorables au Maroc», a analysé Bennis pour Sputnik.
Le dépôt de ce projet de résolution intervient après un travail de lobbying mené par les Marocains pour persuader l'Administration et les sénateurs américains du bien-fondé de leurs prétentions…quitte à jouer sur les cordes sensibles. Dans une interview récemment accordée au magazine américain Breitbart, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, s'inquiétait d'une influence grandissante de l'Iran dans la région. Téhéran chercherait, toujours selon le chef de la diplomatie marocaine, à étendre son pré carré africain en « instrumentalisant » les conflits, comme celui du Sahara. Reprise par le projet de résolution américaine, la thèse marocaine avait été, à l'époque, rejetée en bloc par les Iraniens.
«Les allégations du ministre marocain des Affaires étrangères, données à un média néoconservateur américain des plus extrémistes, sont en harmonie avec l'anti-africanisme de l'actuelle administration américaine», a regretté Bahram Qassemi, chef de la diplomatie iranienne, dans des déclarations rapportées par l'agence de presse officielle de Téhéran, Irna.
Dans une déclaration donnée à Sputnik, Pierre Berthelot, chercheur à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) restait dans la nuance. Sans exclure la thèse marocaine, il expliquait que
«le Polisario n'a pas besoin du Hezbollah ni de l'Iran pour exister. On sait qu'il a un soutien principal qui est l'Algérie. C'est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, et même l'Algérie l'affirme. L'Armée algérienne est forte dans la région, comparée à d'autres. Donc, le Polisario n'a pas besoin de solliciter d'autres soutiens. D'autant plus que l'Iran et le Hezbollah, avec ce qui se passe en Syrie et la situation de tension permanente avec Israël, ont d'autres priorités».

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