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J'ai profité d'un dimanche plutôt gris et pluvieux et d'un agenda personnel et professionnel un peu plus clément, pour aller enfin voir « Sofia », le premier long métrage de la jeune réalisatrice marocaine Meriem Benbarek.

En effet, bien avant sa sortie, j'étais très impatient de voir ce film, parce qu'on en a beaucoup parlé et surtout parce qu'il avait obtenu le prix du scénario en 2018 Cannes dans la catégorie « Un certain regard ». 

Je dois quand même vous avouer que j'avais une appréhension fondée sur un préjugé sans doute stupide que ce prix aurait peut-être été accordé par un jury en mal d'exotisme en raison d'une thématique plus ou moins à la mode, à savoir les mères célibataires.

Donc, finalement, je suis allé au Mégarama de Casablanca où le film était projeté dans une petite salle du 1er étage, où nous n'étions peut-être pas plus d'une trentaine de spectateurs formés essentiellement de jeunes couples et de quelques perturbateurs, et surtout deux perturbatrices qui s'étaient donné rendez-vous juste derrière moi pour se raconter leur vie, qui ne m'intéressait pas du tout, et d'ailleurs je n'ai pas manqué de leur dire pour qu'elles la ferment. Alors, pour se venger de moi, elles ont décidé de déguster bruyamment leurs deux grandes boites de popcorn achetées pour l'occasion. C'est pour vous dire que Sofia ne devrait pas trop compter sur des énergumènes de cette espèce pour se solidariser avec elle. 

Justement, je ne vous ai pas encore dit que Sofia, le personnage central de ce film, c'est elle la « pauvre » fille enceinte à l'insu de son plein gré - authentique - et qui va finir par accoucher, avec beaucoup de difficultés d'ailleurs, dès les premières minutes du film. 

Je dois vous préciser que le rôle de Sofia est incarné par Maha Alemi repérée par Meriem Benbarek dans « Much loved » de Nabil Ayouch, et qui est époustouflante de justesse. En guise de petit clin d'oeil, je vais dire que Meriem a poussé le bouchon de la gratitude envers Ayouch jusqu'à habiller Maha en djellaba presque de la même couleur que dans le film de Nabil. 

Quant à Lena, la cousine et confidente de Sofia dans le film, elle n'est autre que la belle Sara Perles, qui s'est fait remarquer, entre autres, dans « Burn out » de Noreddine Nour Lakhmari et dans « Le silence des papillons » de Hamid Baskett qui sort sur les écrans le 17 octobre prochain. 

Le pitch du film est simplissime : les difficultés d'une jeune fille tombée enceinte sans être mariée légalement. 

En vérité, l'histoire est beaucoup plus complexe. En effet, alors qu'on s'attend aux sempiternelles réprimandes morales et sociales de la famille de la fille-mère-coupable ou de son voisinage, dans « Sofia » , les conséquences et les développements sont tout autres. Et c'est là, à mon avis, où réside la pertinence du scénario, et c'est là également où l'on comprend comment et pourquoi il est arrivé à charmer et séduire le jury de Cannes.

Je ne vais pas vous divulguer les jolies intrigues surprenantes trouvées par la scénariste, mais je vais me limiter à vous dire que se qu'on va reprocher à la malheureuse Sofia, ce n'est pas d'accoucher d'un bébé « illégal », mais plutôt de vouloir, certes involontairement, torpiller un ambitieux projet qui devrait la sauver et sauver sa famille de l'inconfort dans lequel ils vivaient. 

Je répète que le thème de l'histoire est simple et pas très original, mais les personnages sont attachants et relativement complexes et le récit est plutôt bien raconté. 

Par ailleurs, au niveau de la réalisation, l'approche et la technique sont très sobres, presque minimalistes, et je pense que c'était volontaire pour ne pas trop perturber la narration. 

Si j'ai un petit reproche à faire à Meriem Benbarek, c'est le choix des parents mixtes de Lena, la cousine de Sofia, qui obligeait aussi bien la mère – rôle tenu par Lubna Azabal – que Lena elle-même de parler en français presque dans tout le film. Pour moi, ce choix de la mère européenne n'apportait aucune valeur dramatique ou autre à l'histoire. D'ailleurs, certains dialogues dans les deux langues – arabe et français - posaient un réel problème de cohérence et gênaient parfois le personnage de Sofia, d'autant plus qu'elle était censée être plutôt arabophone du fait même de son statut social inférieur à celui de sa cousine. Cela aurait pu se justifier si Lena, issue d'un couple mixte, ne savait pas du tout parler arabe. Or, vers la fin du film, on l'a vu et entendu parler presque couramment en arabe avec le mari malgré lui de Sofia. De là, à croire comme le pensent et le disent certaines mauvaises langues, que l'utilisation exagérée du français est une contrainte imposée par la production française... 

En tout cas, malgré ce bémol ma foi très mineur par rapport au reste, le film Sofia m'a franchement touché aussi bien par sa qualité technique et artistique que par la pertinence et le traitement de sa thématique.

Je ne dis pas que Sofia est un grand film, mais c'est un genre de film, sans trop de fioritures et qui n'a pas la prétention de vouloir changer le monde, que j'aimerais bien voir de plus en plus sur nos écrans. 
J'ai aimé le travail de Meriem Benbarek, j'ai aimé sa réalisation, j'ai aimé son image, j'ai aimé son casting, j'ai aimé sa direction d'acteurs et d'actrices, bref, en un mot comme en mille, j'ai aimé Sofia.
Et moi, quand j'aime, je ne le cache pas.

Allez voir Sofia, vous ne le regretterez pas.

Mohamed Laroussi




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