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Jeune, studieux, apprécié, Ayoub Mabrouk, triple champion du Maroc de kick-boxing, avait 21 ans et un rêve: devenir aussi célèbre que son idole, Badr Hari. Mais pour tenter de réaliser son objectif, ce jeune Slaoui a choisi de risquer sa vie sur une patera pour un voyage d’in-fortune. 

Le jeune homme y laissera sa vie, son rêve et l’amour d’une mère qui peine à faire son deuil. Retrouvé lundi 12 novembre, son cadavre a été reconnu sur une des images choc publiées par le site espagnol Diario de Cádiz. Le chef de photographie de ce site d’information espagnol, Julio González, qui a réalisé ces clichés a été ainsi contacté par un ami proche de la victime. Ce dernier l’a informé de l’identité de la victime dont le corps, ainsi que ceux d’une quinzaine d’autres compatriotes, tous vraisemblablement partis du même quartier de Salé, Laâyayda, devraient être rapatriés. 


Une nouvelle qui choque. L’entraîneur de Ayoub Mabrouk, Noureddine Belmalha, président de l’Association Al Khouloud pour le sport et la culture, ne trouve pas les mots pour décrire son élève. Les larmes aux yeux, il confie au HuffPost Maroc qu’il était son préféré: “Il était un fils et un petit frère pour moi. Il avait à peine 7ans lorsqu’il s’est inscrit au club et, tout au long des 14 années passées dans la salle de sport, il a gravi les échelons à force de volonté. C’était une fierté, pour nous tous!”.

Voix enrouée, Belmalha ne tarit pas d’éloges à l’égard de ce jeune parti sans lui dire un mot. “Il avait obtenu son baccalauréat et entamé ses études universitaires, mais il ne m’avait pas dit qu’il voulait retenter sa chance”, regrette-t-il, convaincu qu’il aurait pu l’en empêcher. Et pour cause: il y a deux mois, il avait réussi à le dissuader du même projet. “Il m’avait confié qu’il voulait partir pour améliorer ses conditions de vie, réaliser son rêve d’être un grand sportif”, dit-il, précisant que Ayoub Mabrouk avait pour idole Badr Hari. “Il collectionnait toutes les photos qu’il pouvait trouver de lui et me disait: ‘un jour, je serais comme lui, mais je dois nécessairement partir pour y arriver’”. 

Il avait tenté de partir clandestinement via le port de Tanger en se cachant dans un bateau, raconte son entraîneur. “Un des élèves m’avait prévenu de cette tentative. Je l’avais alors tout de suite appelé pour lui demander de rentrer à la maison, de s’armer de patience et de ne pas perdre confiance parce qu’il pouvait atteindre son but sans quitter son pays”, poursuit-il. 
Tu nous a quittés en laissant dans nos cœurs, l’histoire d’un drame, l’histoire d’une tristesse, l’histoire d’une douleur sans fin..."
Mais ces mots n’auront été pour Ayoub qu’un remède de courte durée. “Il m’avait promis d’être là pour le championnat de kick-boxing, le 3 novembre, mais il n’est jamais venu. Ce samedi-là, à 22h, il avait pris une patera vers l’Espagne”, se désole son entraîneur. “Il venait de décrocher deux championnats avant son départ et avait brillé dans un match à Nador... Il était content”, se souvient Belmalha.

À la salle de sport, son sourire discret manque à l’équipe, aux membres de l’association. Sur sa page Facebook, cette dernière lui rend hommage. “Ayoub, tu nous a quittés en laissant dans nos coeur l’histoire d’un drame, l’histoire d’une tristesse, l’histoire d’une douleur sans fin...”

Ayoub avait 4 sœurs et 2 frères également inscrits dans le même club. Au milieu de sa fratrie, il aspirait à sortir sa famille de sa précarité. Son père travaille comme peintre en bâtiment, nous indique Belmalha, et sa mère est mère au foyer. “Avec sa maman, il avait une relation fusionnelle. Il voulait travailler pour aider sa famille et offrir à ses parents un voyage à la Mecque”, raconte-t-il, précisant que la santé de sa mère a pris un sérieux coup depuis le drame. “Elle a perdu connaissance plusieurs fois. Elle ne mange plus et ne dort plus... Elle attend de voir son fils. Elle doit l’enterrer pour faire son deuil de lui”, assure l’entraîneur qui se considère comme un membre à part entière de la famille. 

Au départ imprévu du jeune, c’est une période “d’hystérie” qui a pris place au sein de cette famille de Laâyayda, rue Tanger à Salé. “Les appels n’ont pas cessé depuis la disparition d’Ayoub. Certains disaient qu’il était caché dans une forêt, d’autres qu’ils étaient vivant, d’autres encore qu’il était mort... C’est la photo du journaliste espagnol qui a mis fin à cela. Dès que je l’ai vu, mon cœur s’est serré!”, confie-il. Il souligne avoir consulté les parents d’Ayoub, ses frères, soeurs, amis... Aucun n’a eu de doute qu’il s’agissait bien de notre Ayoub”, déplore-t-il.

L’entraîneur dit avoir aussi des certitudes du côté des amis qui avaient accompagné Ayoub et qui auraient été arrêtés selon leurs dire. “Ils nous ont appelés pour nous avertir que la patera avait chaviré en raison d’un trou. 22 d’entres eux sont revenus chez eux après avoir été libérés, tandis que 18 autres ont péri”, poursuit Belmalha. Et d’ajouter qu’un jeune issu du même quartier que ces candidats à l’immigration clandestine, et qui avait passé quelques années en Espagne avant de rentrer chez lui, a pris contact avec le journaliste photographe auteur de la photo du naufrage. “C’est grâce à cette prise de contact qu’on a reçu la photo et qu’on a pu identifier Ayoub”, précise-t-il. 

Profondément peiné par le drame, Noureddine Belmalha espère qu’il ne s’agit là que d’un cauchemar dont se réveilleront ceux qui connaissent et côtoient Ayoub. “Nous avons appris que le consul du Maroc est en pourparlers avec les autorités espagnoles pour régler le problème du rapatriement des corps. Ici, sur la rue de Tanger (Laâyayda), plusieurs familles n’ont jusqu’à ce jour pas de nouvelles de leurs fils”.





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