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La construction d’un ensemble politique et économique au Maghreb passe nécessairement et absolument par la démocratisation des pays du Maghreb, le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme. Il n’y a, à mon avis, aucune exception marocaine, ni algérienne. 

Le Maghreb se construira inéluctablement dans dix ans ou dans cent ans, mais jamais cet objectif ne sera réalisé sans une démocratisation en profondeur des sociétés maghrébines, des sociétés où la démocratie fonctionnerait à plein régime, des sociétés qui respecteraient les droits de l’homme et les libertés fondamentales, individuelles et collectives. 

Les expériences manquées conduites dans cet immense espace géographique au sud de l’Europe ont toutes avorté, parce qu’elles ont été réfléchies et dictées d’en haut par des politiques, dans un contexte politique et historique particulier, aux ambitions très limitées. 

La dernière en date est celle de l’Union du Maghreb arabe (UMA), lancée en 1988, mais qui connait un gel depuis 1994, date à laquelle le Maroc, suite à un attentat contre un établissement hôtelier à Marrakech, dont les auteurs étaient tous des franco-algériens, avait instauré un visa d’entrée pour les algériens, alors qu’Alger, en réciprocité, décida outre le visa, la fermeture de ses frontières terrestres avec le Maroc. 

Ce qui est étrange et surprenant tout de même, ce sont les messages de vœux échangés chaque année par les chefs d’Etat maghrébins, à l’occasion de l’anniversaire de la création de l’UMA, messages partagés également par un secrétaire général inamovible d’une organisation maghrébine paraplégique dont les peuples maghrébins continuent de supporter un lourd tribut financier. 

Dans le contexte qui prévaut dans la région depuis 1988, sinon depuis les indépendances, la construction maghrébine, dans sa conception actuelle, serait une entreprise hasardeuse, pendant que deux de ses principales locomotives, demeurent en désaccord profond et total sur la question du Sahara, en l’occurrence le Maroc et l’Algérie, cette dernière n’ayant pas modifié sa politique étrangère sur ce dossier, en dépit des crises internes graves qui avaient secoué ce pays, au début de la décennie quatre vingt-dix. 

Le Maroc ne devrait pas, à mon avis, s’attendre en conséquence, à un fléchissement de la position de l’Algérie sur ce dossier, et doit tabler plutôt sur l’usure. 

Alger a construit sa politique étrangère sur le dogme de l’autodétermination des peuples, pour en avoir elle-même testé une application interne, et il serait illusoire d’imaginer un seul instant qu’elle puisse se déjuger aux yeux de son opinion publique et de ses partenaires et anciens soutiens, au niveau international. 

Des générations successives d’algériennes et d’algériens, nés au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, ont été formées à l’école du parti unique, crée au lendemain d’un coup d’Etat militaire contre un président légitime, et dont l’idéologie, très répandue à l’époque, dans l’europhorie des indépendances, reposait fondamentalement sur le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ou de l’autodétermination, la lutte des peuples pour leur libération contre « le colonialisme, l’impérialisme, le féodalisme et l’exploitation. Le discours idéologique des partis politiques totalitaires, qui régentait la vie politique dans plusieurs pays, y compris l’Algérie, qui mouvait dans le giron de l’Union soviétique, taxaient les autres pays occidentaux, notamment les anciens pays coloniaux, de pays « impérialistes » , tandis que les pays qui avaient choisi de rester dans le camp occidental, ils furent traités d’«alliés de l’impérialisme ».

les régimes dictatoriaux et totalitaires d’Afrique, dits alors progressistes, comme l’Algérie, s’étaient donnés des titres flatteurs de régimes « Démocratiques et populaires» et des slogans emblématiques apposés sur les frontons des mairies « Pour le peuple et par le peuple », comme si rien ne se décidait sans la consultation et la validation des peuples. Je ne voudrais pas pour autant dire que les choses étaient meilleures sous d’autres cieux. 

Pour toutes ces raisons, les politiques marocains ne devraient pas, à mes yeux, tabler sur les personnes pour le règlement de la question du Sahara, comme ils l’ont fait jusqu’à présent. Ils devraient plutôt tabler sur la démocratisation de l’Algérie, le respect des libertés et des droits de l’homme, ainsi que sur l’avènement, dans ce cadre, d’un débat libre dans ce pays sur ce dossier et tant d’autres, car jusqu’à aujourd’hui, le pouvoir algérien avait interdit, directement ou indirectement, aux citoyens et aux partis politiques d’émettre un avis contraire à la position officielle. 

Le Maroc, qui est tant critiqué sur le terrain des droits de l’homme au Sahara, devrait se réjouir de laisser Aminatou Haidar, partisane de l’option indépendantiste, voyager à l’étranger, de tenir un discours hostile au Royaume et de pouvoir ensuite rentrer au Maroc, sans être inquiétée. Le Maroc est évidemment autant concerné que l’Algérie sur la démocratisation et le respect des libertés et des droits de l’homme . 

Cette perspective démocratique me parait constituer l’unique voie pour la construction du Maghreb sur des bases solides, saines, réalistes et durables. L’adhésion des pays du Maghreb aux valeurs universelles de liberté et de respect des droits humains offre un gage de réussite et de pérennité au projet unitaire maghrébin. 

Les régimes politiques des pays du Maghreb devraient, pour ce faire, opérer une large transition vers la démocratie, en consolidant la politique de régionalisation, pour permettre aux régions de s’autogérer, en tenant compte des spécificités identitaires et culturelles régionales. Ce qui est en soi une réponse politique aux revendications identitaires et culturelles locales. 

Les pays du Maghreb comptent un potentiel énorme de richesses minières, halieutiques, naturelles, touristiques et humaines, qui sont des atouts majeurs pour vaincre la pauvreté, la marginalisation, la mendicité, les bidonvilles, l’analphabétisme, les maladies, les inégalités sociales et régionales. Ils disposent du pétrole, du gaz, des phosphates, d’une immense côte sur la Méditerranée et l’Atlantique, de richesses halieutiques et agricoles, d’un potentiel touristique inégalable, en plus d’une ressource intarissable de cadres, d’intellectuels, d’artistes…

Les maghrébins sont condamnés à s’unir. Ce n’est qu’une question de temps. Nous prendrons l’exemple sur l’Europe qui, malgré la différence de langues, de cultures, malgré les guerres et leur atrocité, les pays européens ont réussi à construire leur unité politique et économique, dès la décennie soixante. 

Les pays du Maghreb présentent autant d’atouts que l’Europe pour leur unité. Toutefois, un décalage immense nous sépare des pays européens, en matière des libertés, du respect des droits de l’homme et de la démocratie. 

C’est sûrement dans ces domaines que nous, maghrébins, devrions avancer, pour nous mettre au diapason des pays de l’Union européenne. C’est là aussi que résident sûrement les sources de notre retard et les facteurs de blocage, qui font que les choses ne progressent pas et n’avancent pas. Ce n’est que lorsque nous aurons conquis ces immenses espaces de liberté, de démocratie et des droits de l’homme que nous pourrons songer à la construction du Maghreb, à la reconstruction de nos propres nations. C’est à ce moment là que nous pourrons engager, ensemble, une réflexion sur la construction d’un ensemble économique et politique maghrébin. Dès que les pays du Maghreb se seront engagés sur cette voie, nous pourrons naturellement songer à la constitution de partis politiques de dimension maghrébine, à l’édition de journaux pour l’ensemble du Maghreb, à la libéralisation du champ audiovisuel maghrébin et donc à la création de chaines de télévision régionales, pour prendre en charge les dossiers identitaires locaux.

Les pays du Maghreb, ayant abandonné leurs nationalismes étroits et étriqués, mettront en commun l’exploitation de leurs richesses, et arrêteront des objectifs de développement communs. Fini les frontières, fini les files d’attente aux postes frontières, fini les fiches de police aux aéroports, fini les bagarres dans les tribunes internationales sur la question du Sahara, fini les tensions permanentes entre les deux pays, fini les campagnes diffamatoires de presse dans l’un comme dans l’autre pays….

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’union des pays du Maghreb ne sera pas décrétée d’en haut. Elle sera le couronnement d’un processus de libéralisation politique des pays du Maghreb, une libéralisation qui recouvre les libertés individuelles et collectives et le respect des droits de l’homme, dans le cadre d’un système politique démocratique. Le Maghreb émergera en tant que revendication démocratique des sociétés maghrébines. Extrait de « l’Endurance » Edit.Fikr 2016.


Taïeb Dekkar
Écrivain, Journaliste 






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