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La société marocaine, nous dit-on, tolère la différence, qu’elle soit sexuelle ou religieuse ou autre. Mais tolérer n’est pas accepter!

Les Marocains ont peut-être inventé la tolérance. Je vous parle d’un concept particulier, bizarre. Ça vient du verbe «tolérer», ce n’est qu’un verbe, un pauvre mot, mais on s’en sert pour cacher mille et une misères.

Je me suis toujours méfié de cette tolérance que l’on nous prête. Quand on ne veut ni interdire ni autoriser, on «tolère». Ça veut dire: on ne fait rien, en attendant peut-être d’y voir plus clair. C’est une manière de couper la poire en deux. C’est aussi une manière de repousser le problème, ou de le mettre dans un sac, comme un abcès qu’on cherche à circonscrire, mais sans pouvoir le traiter ou le crever. Faute de courage, faute de lucidité.

Alors on tolère, on est même fiers de se montrer tolérant, alors qu’on ne fait que gagner du temps. En espérant que les choses se règlent d’elles-mêmes, dans un sens ou dans l’autre, comme nous le conseillaient déjà nos ancêtres.

Mais nos ancêtres n’avaient pas de code pénal, de constitution, de parlement et de société civile dans le sens moderne du terme. Ils avaient leurs règles coutumières et leurs traditions qui les aidaient à discerner le bien du mal, le halal du haram. Et quand ils ne savaient pas, ou hésitaient, ils laissaient faire, ils «toléraient».

La société marocaine, nous dit-on, tolère la différence, qu’elle soit sexuelle ou religieuse ou autre. Tolérer n’est pas accepter. Tolérer, comme expliqué plus haut, c’est «ignorer» (le fameux œil «mica», celui qui ne voit pas), c’est fermer les yeux et faire comme si cela n’existait pas.

Je sais, par exemple, que dans mon quartier on tolère les homosexuels, les prostituées, les noirs, les juifs, les athées. Mais il arrive qu’on ne les tolère plus. Ça arrive même assez souvent. Il suffit d’un rien, un changement d’humeur, un prétexte quelconque. Alors on les insulte, on les stigmatise, on leur jette des pierres. 

La tolérance est une zone de flou. Elle laisse de la marge pour dire oui ou non, accepter ou refuser, autoriser ou interdire. Elle maintient la possibilité de reculer, de faire un pas en arrière.
La tolérance est une hypocrisie.
Mieux encore, ou pire: la tolérance est une épée de Damoclès que la collectivité, Etat ou société, tient au-dessus de nos têtes. Au moindre coup de vent, ou saute d’humeur, cette épée s’abat sur la tête de celui qui dérange.

Dans le jargon juridique, on appelle cela un sursis. En langage religieux, cela devient de la charité.

D’ailleurs, quand un islamiste vous tolère, il ne vous traite pas en égal. A ses yeux, vous ne le serez jamais. Parce que vous êtes un être déviant, un égaré. Quand il vous tolère, il fait simplement comme si vous n’existiez pas et vous offre ainsi un sursis: le temps que vous vous conformiez à sa norme et que vous lui ressembliez. Ce qui nous donne l’expression consacrée: «Que Dieu vous remette sur le bon chemin». C’est une forme de sursis et de charité, rien d’autre.

Donc, non, merci. Ce n’est pas la charité qui aidera ce pays et cette société à avancer sans reculer sur des questions qui sont essentielles aujourd’hui, comme le droit à la différence, le respect des minorités, la liberté d’expression (coucou affaire Racines), l’égalité en héritage, la liberté de culte, de conscience. 



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