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Je suis allé à mon bistrot préféré Le Marulaz , comme je le fais fréquemment en fin des journées lassantes. Je me mets sur un tabouret à l'écart mais avec vue sur tout et sur tous. Je fais semblant de lire mais je ne lis pas, c'est juste une astuce pour ne pas me faire aborder. Et j'entends toutes les discussions, par bribes. 

Le peuple du Marulaz n'a pas une vie intime et privée, ça déballe tout devant tout le monde. Comme si l'on était en famille. Et quelles peines, et quel désarroi. On les aurait dit dans un autre monde. Certains me saluent de loin, et le patron finit par m'apporter un verre de vin-rouge-je-te-dis-pas-je-l'ai-déniché-là-où-personne-jamais-ne-va. D'accord! (tu es obligé de dire d'accord).
Soudain la porte d'entrée a claqué très fort, et tout le monde se retourne comme dans un western. C'est la sauvageonne. Elle crie bonjour et plusieurs voix lui répondent, comme à une maîtresse.
Elle colle sa fille au bar avec un jeu sur son portable, et s'en vient fermement vers l'homme qui est attablé proche de moi. Et elle se lance dans des plantes impossibles. Elle l'engueule de ses problèmes, comme si le pauvre type en était la cause. 
Et voilà c'est parti: elle a raté son diplôme d'arbitre de foot à cause que ces connards ils aiment pas les meufs au foot, mais elle s'en fout après tout, vu qu'elle est déjà inscrite pour un diplôme professionnel d'arbitre de boxe au club de son frère et dans deux ans bien sûr je serai arbitre avec les mômes d'abord puis les ados et enfin les hommes pros. J'ai envie de lui poser une question mais je me retiens : est-ce qu'elle n'aurait pas peur d'arbitrer un match de poids lourds? Elle répond d'elle-même: tu crois que ça me fout la trouille des gros baraqués comme ça qui se tapent dessus avec leurs 2m et leurs 120kg. Elle dessine de ses deux mains la morphologie des boxeurs, et on voit qu'elle jubile, on jurerait qu'elle sent ses mains sur eux.
Puis le patron arrive, elle commande du Crémant-mais-du-Jura-pas-d'Alsace-comme-hier-pff. Je demande au patron de changer la playlist et elle me fusille du regard:
- T'es du genre quoi, toi?
- Les Négresses Vertes!
- Non! je les connais, j'ai même dansé pour eux, j'étais la petite amie de...
Le patron la coupe: Attention, tout sera retenu contre toi!
Elle fait : Et alors, c'est mon cul pas le tien! 
Le patron: C'est comme tu veux! Mais c'est lui qui écrit les chroniques...
Elle : Ah c'est toi! Mais qu'est-ce que j'aime les trois que t'as fait sur moi...
Moi : Trois?
Elle : Ben quoi? En tout cas, j'ai adoré celle où je boxe je danse et je baise...
Moi : Euh... j'ai pas mis "elle baise"...
Elle se dessine son beau corps avec ses mains : Ben quoi? Tu me prends pour une nonne ou quoi?
Elle pouffe de rire, et quand elle a son verre, elle le déguste avec maniérisme, comme si elle était une vraie bourgeoise constipée. Puis elle dit à l'homme : Attends-moi je fume une cigarette et je te raconte le reste ! Elle rapproche son verre du sien et s'en va. Puis soudain elle se retourne, et lance à haute voix : Hé mets pas dans mon verre ta drogue à viol ! Et elle rit. Puis soudain, elle se retourne vers lui, mais plus pour me regarder moi, et dit : Euh... au fait...c'est moi qui viole les mecs... ha ha...

Mustapha Kharmoudi
Écrivain



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