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Une journée de grande épreuve à Grande Synthe. D'abord il faut chercher, et chercher sans cesse ces lieux où les nôtres parquent les nôtres, en notre nom, en notre âme et conscience. Mais étrangement personne ne sait ou presque. Ça fait genre "nous nous bouchons les oreilles, et nous nous voilons les yeux"(Brel).

Et puis quand finalement on en trouve, c'est toute une défense qui te barre la route. Un type de la sécurité nous prend de haut (bon d'accord, mon camarade de virée, Rachidi, prolo de son état, est habillé je vous dis pas...pff...). Le gardien se fait on ne peut plus autoritaire : Il faut un mot du Maire si tu veux entrer ! Je déteste ce genre de comportement. Je résiste: Je veux voir le Directeur ! Et vas-y donc de ses assauts de compétence : Pourquoi, tu trouves que je suis pas assez renseigné ? J'insiste : Je veux voir le Directeur! 
Évidemment c'est classique, il n'est pas là, le directeur. Le gros-grand-fier-à-bras lâche, jouissif : Il est parti à l'autre camp! 
Je tourne le dos, je m'en vais...
Mon camarade a repéré que le jeune-tout-en-muscles a des couleurs maghrébines. Il vire en langue arabe. Je m'éloigne en entendant des salamalecs fuser de part et d'autre. Sur un ton soudain détendu. 
Je m'en vais l'attendre dans la voiture. Et à son retour, il m'offre ce que l'intransigeant surveillant-maghrébin lui a offert (c'est une preuve supplémentaire que la langue arabe est la seule langue parlée au paradis d'allah, et tant pis pour vous, donc).
Je redescends, je le suis, et on pénètre par un portillon discret. On croise des jeunes, et mon camarade reste crampé dans la langue la plus préférée d'allah. 
Mais raté, c'est un kurde. Mon camarade me dit : Euh... parle-le-lui en anglais. Et c'est parti dans un anglo-arabe biscornu.
On s'avance sous la protection souriante de ce nouvel ami : Zanyar Ranya, kurde d'Irak. Le côté du camp où nous nous engageons est très chaotique. 
Zanyar précise : Tous sont en principe kurdes d'Irak, mais il y en a qui viennent d'ailleurs et qui se disent kurdes ! Je suppose que c'est pour un hypothétique meilleur statut.
Mon camarade fonce là-bas vers la mêlée. Je ne sais pas faire, je reste dans le face à face avec ce jeune qui m'a l'air tout avenant. Et c'est mieux pour moi de prendre les coups à petites doses. Zanyar vient d'une petite ville du Nord de l'Irak, via la Turquie, la Bulgarie, la Roumaine, la Hongrie, l'Italie et certainement j'en oublie, tant son débit est uniforme et rapide. 
C'est blessant de voir ce gamin relater sans haine et sans colère tout cela qu'on a fait endurer à ses petites vingt années. Sans doute par égard pour mes origines, il ne souffle mot des exactions que les Arabes infligent à son peuple. 
C'est déjà de trop pour moi. 
Un de ses camarades nous rejoints. Il est plus affable, plus joyeux. Il parle un peu plus arabe, et du coup on se dit plus de choses. Il a séjourné quelques mois en Grèce.
Je leur raconte que j'avais visité la Syrie deux mois à peine avant qu'allah ou son satan ou les deux ne la jettent aux enfers. Je leur montre des photos avec tous ces jeunes que j'ai perdus de vue. Ils voient mes larmes, ils ne savent pas quoi en faire, tout gênés à cause de mon manque d'homme arabe viril et courageux. 
Zanyar sort son téléphone, on échange nos coordonnées. Il prend le mien, il ouvre ma page Facebook, il cherche son nom, et à la fin il clique sur "invitation", et il en est tout heureux. Je le regarde en me disant : au moins toi je ne te perdrai pas. 
On ne parle que de leurs conditions. Ils disent qu'ils sont bien traités dans ce camp fait de bric et de rien du tout. Mais ils disent que leur problème est ailleurs : l'Angleterre. 
Finalement nous nous cheminons vers la sortie. J'ai envie de leur donner quelques billets. Je m'y prends gauchement (quelle honte!), ils refusent avec beaucoup de tact et de gentillesse. Et de reconnaissance. Ils ne veulent pas d'argent. 
Alors je leur dis : Maintenant vous êtes comme mes fils, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous m'appelez, et je ferai le maximum pour vous venir en aide.
Ils sont touchés, ils m'embrassent longuement. Mais la séparation est stupide : on n'a pas le même nombre de bises à échanger, ça fait des va-et-vient ridicules, des nez qui se touchent sans le vouloir. C'est l'émotion. 
Je fais : pff... ils éclatent de rire. 
On s'en va, et mon camarade, qui me connaît si bien, entame tout de suite une autre discussion. C'est son personnage, je le connais depuis 25 ans, il n'aime pas montrer ses émotions, et il aime encore moins que je montre les miennes. 
mais je prends mes aises à montrer les miennes, toutes les miennes. Rien qu'à l'idée que ces deux kurdes-là pourraient disparaître eux aussi de ma vie...oh...
Il dit : On rentre on se repose et on ira marcher sur la plage.
Je fais oui de la tête.

Salut à vous mes nouveaux amis.

Mustapha Kharmoudi
Écrivain




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