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Le 25 janvier, deux jours après que Guaidó se soit auto proclamé président du Venezuela, le manque de planification dans cette tentative de coup d’État menée par les américains était déjà évident : 

J’ai l’impression que Trump s’est fait embobiner. Il est évident depuis longtemps qu’il accorde peu d’attention aux détails et qu’il ne réfléchit pas bien. Probablement Bolton, Pompeo et Rubio lui ont présenté un plan en trois étapes : 

Phase 1. Soutenez le président autoproclamé Guaidó; Phase 2 : …. (vœu pieux) … ; Phase 3 : Prenez la moitié de leur pétrole ! 

Bolton et Pompeo sont tous deux des politiciens et des bureaucrates expérimentés. Ils savaient probablement que leur plan était foireux et que cela exigerait beaucoup plus que ce à quoi Trump était prêt à s’engager. J’ai l’impression que l’échec en cours de cette mission était intégré à leur plan, mais qu’ils ne l’ont pas dit. 

Les planificateurs américains du coup d’État et leurs marionnettes vénézuéliennes avaient espéré que l’armée vénézuélienne finirait par passer dans leur camp. C’est un vœu pieux et il est peu probable que cela se produise. Ils ont aussi imaginé un programme d’« aide humanitaire » dans lequel des images de camions traversant un long pont bloqué feraient suffisamment honte au président vénézuélien pour qu’il se retire. C’était tout aussi absurde. À moins que les États-Unis n’aient la volonté et la capacité de faire monter la mayonnaise, cette tentative de coup d’État est vouée à l’échec. 

Les médias « occidentaux » reconnaissent maintenant que la phase 2 de ce plan de coup d’État est en grande difficulté. Aujourd’hui, le Guardian, Bloomberg et le New York Times décrivent tous cette frustration croissante face au manque de succès. 

Le Guardian remarque : 
Trois semaines après que Guaidó ait ré-énergisé un mouvement d’opposition qui se trouvait sans leader en se déclarant président par intérim, il y a des signes montrant que sa campagne risque de perdre de la vigueur.
La défection massive des chefs militaires qui était prévue – dont les dirigeants de l’opposition admettent qu’elle est une condition préalable au départ de Maduro – ne s’est pas matérialisée, et le cercle autour de Maduro commence à prétendre qu’ils ont résisté à la tempête politique. 

Bloomberg écrit : 
Depuis que Juan Guaido s’est déclaré président par intérim il y a trois semaines et a offert l’amnistie aux officiers qui abandonneraient Maduro, plus de 30 pays dirigés par les États-Unis ont salué cette décision, il attendait que les militaires se rangent de son côté. Ils ne se sont pas précipités. 
Dans un pays comptant plus de 2 000 généraux et amiraux, un seul officier supérieur – qui ne commande aucune troupe – a prêté allégeance à Guaido.
C’est la raison majeure pour laquelle la révolution n’avance pas aussi vite que certains l’avaient espéré lorsque Guaido a électrifié le monde, le 23 janvier, avec sa déclaration. Cela entraîne de l’impatience et certains commencent à dénoncer cela. Les décideurs politiques américains et ceux entourant Guaido – ainsi que les dirigeants du Brésil et de la Colombie – échangent des regards et s’inquiètent de l’échec. Les responsables de chaque camp ont dit en privé qu’ils supposaient que les autres avaient une stratégie plus élaborée. 

Le New York Times montre la même frustration : 
L’objectif [de l’opposition] était d’amener des fournitures au Venezuela, forçant à une confrontation avec Maduro, qui a refusé cette aide. Elle devait montrer Maduro sous un mauvais jour, ont déclaré les dirigeants de l’opposition, et elle démontrerait leur capacité à mettre en place un système de secours de type gouvernemental dans un pays où l’effondrement de l’économie a laissé de nombreuses personnes affamées, malades et sans accès aux médicaments.
Mais il n’y a pas eu de confrontation dramatique. 

Selon Bloomberg, l’acheminement de cette « aide » a échoué par manque de planification et de coordination : 
L’inquiétude quant à la suite des événements s’est intensifiée. Lors d’une réunion à l’ambassade des États-Unis à Bogota, en Colombie, la semaine dernière, des dirigeants militaires et civils du renseignement des deux pays ont discuté des moyens d’acheminer l’aide humanitaire au Venezuela. Il y avait un sentiment de frustration dans l’air, selon un participant qui a accepté d’en discuter sous le couvert de l’anonymat.

Les États-Unis ont dit qu’ils payaient pour cette aide, mais qu’ils voulaient que la Colombie trouve des camions et des chauffeurs pour l’acheminer. Les Colombiens ont dit que personne n’accepterait la mission parce que l’armée vénézuélienne les arrêterait. L’aide est restée dans des entrepôts situés près de la frontière.

Une personne a déclaré que la dynamique était la même lors de réunions similaires dans la ville frontalière colombienne de Cucuta – les États-Unis s’attendaient à ce que la Colombie trouve les moyens d’acheminer cette aide et les Colombiens ont dit qu’ils ne pouvaient pas. 

Ce n’est que maintenant que l’opposition est en train d’élaborer son propre plan dingue pour transporter l’« aide » : 
À Cúcuta, des membres de l’opposition disent qu’ils envisagent des options pour transporter de force cette aide au Venezuela.

Omar Lares, ancien maire de l’opposition en exil à Cúcuta, a déclaré que les organisateurs veulent que les gens escortent le camion d’aide du côté colombien et l’accompagnent jusqu’au pont. Une foule de quelques milliers de personnes serait rassemblée de l’autre côté pour faire passer un cordon de sécurité, déplacer les conteneurs qui bloquent le pont et accompagner l’aide au Venezuela.

« Un groupe par ici, un groupe par là et nous formerons une grande chaîne humaine » dit-il. 

Et que pense-t-il que le bataillon de soldats vénézuéliens situé entre les deux groupes va faire ? Se retirer et permettre une invasion de leur pays ? 

La lutte pourrait déboucher sur des images télévisuelles commercialisables, mais elle n’aboutirait à rien d’autre. Ce manque de planification est décourageant, même pour les lobbyistes de Washington DC : 

« L’opposition a créé d’immenses attentes, et il n’est pas du tout clair qu’elle a un plan pour y répondre », a déclaré David Smilde, analyste au bureau de Washington pour l’Amérique latine. 

Les putschistes américains et leurs mandataires vénézuéliens semblent reconnaître qu’il n’y aura pas de changement imminent : 
Lors d’une audition devant le Congrès, l’envoyé spécial des États-Unis au Venezuela, Elliott Abrams, a déclaré que « Maduro et sa bande de voleurs » étaient terminés. Il a affirmé que la pression internationale signifiait « qu’une tempête se prépare à l’intérieur du régime Maduro qui finira par y mettre fin ».

Mais pendant qu’Abrams disait que Washington était « espérant et confiant » en la disparition de Maduro, il a admis qu’il était « impossible de prévoir » quand cela pourrait arriver. Les États-Unis maintiendraient la pression « au cours des semaines et des mois à venir », a-t-il ajouté, suggérant qu’une résolution rapide n’est plus attendue. Les chefs de l’opposition ont passé les derniers jours à essayer de calmer les attentes quant à l’imminence de l’éviction de Maduro.

Juan Andrés Mejía, leader de l’opposition et allié de Guaidó, a admis qu’atteindre ce but « pourrait prendre du temps ». 

Le peu de soutien spontané que Guaidó a reçu de la part de certaines tranches de la population diminue déjà. La manifestation d’hier qu’il avait demandée a vu moins de monde que celle du 23 janvier. Il dit maintenant qu’il va forcer le passage de l’aide le 23 février, mais il ne semble pas avoir de véritable plan pour y parvenir : 

Le président de l’Assemblée nationale, Guaido, a également promis au pays que l’aide humanitaire fournie par les États-Unis « entrera dans le pays quoi qu’il arrive » le 23 février, en donnant l’« ordre » aux militaires de la laisser entrer. Cependant, les chefs militaires ont rejeté ces appels, la région de défense centrale répondant par tweet que les forces armées n’accepteraient pas d’ordres d’un « laquais de l’impérialisme ».

« Un mois après avoir prêté serment, nous l’avons fait. Le 23 février prochain, l’aide humanitaire entrera dans le pays. Les forces armées ont 11 jours pour décider si elles sont du côté des Vénézuéliens et de la Constitution ou de celui de l’usurpateur », a-t-il affirmé en référence au Président Maduro. 

Si les États-Unis n’en font pas plus qu’ils n’en ont fait jusqu’à présent, le gouvernement du président Maduro peut souffler. Les sanctions et le manque de recettes pétrolières créeront de nombreux problèmes immédiats. Mais dans quelques semaines, le pétrole vénézuélien aura trouvé de nouveaux acheteurs. De l’argent frais arrivera et de nouvelles sources d’importation de médicaments et d’aliments de base auront été trouvées. 

Dans le même temps, Guaido perdra son soutien. Le parti qu’il dirige nominalement n’a obtenu que 20 % des voix. Les autres partis d’opposition n’ont jamais été informés de son projet de se déclarer président. Leur soutien à cette action a été tiède et se refroidira davantage. Ils pourraient en fin de compte soutenir les pourparlers de médiation que Maduro a proposé et que l’ONU, l’Uruguay et le Mexique soutiennent également. Les pourparlers pourraient déboucher sur de nouvelles élections parlementaires et/ou présidentielles dans un an ou deux et résoudre ainsi la situation. 

Les États-Unis ne seront pas satisfaits d’une solution de compromis. Trump s’est maintenant engagé en faveur d’un « changement de régime » au Venezuela. Mais comment peut-il s’y prendre ? 

Une guerre ouverte contre ce pays serait une vraie pagaille, coûteuse et difficile à justifier. Démarrer et soutenir une guérilla – la spécialité d’Elliott Abrams – prend du temps et coûte beaucoup d’argent. Les chances de gagner sont faibles. De plus, Trump veut se faire réélire mais pourrait perdre de nombreux votes à cause de ces scénarios. 

Mais que peut-il faire d’autre? 

Moon of Alabama 



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