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Je vous avoue que cette question, à l’apparence simple et naïve, ce n’est ni ma fille, ni mon fils qui me l’ont posée. Ils sont trop grands aujourd’hui pour daigner me la poser, mais je n’ai pas le souvenir qu’ils l’aient fait un jour, quand ils étaient plus jeunes. 

C’est donc une question tout à fait fictive, et si je l’ai choisie comme titre à ma chronique de cette semaine, c’est parce que j’ai l’intime conviction fondée sur une encore plus intime certitude que nos enfants, et probablement, à l’avenir, nos petits enfants, n’accordent que peu d’intérêt, peut-être même absolument aucun intérêt, non pas seulement à notre gouvernement, mais carrément à l’ensemble de nos gouvernants et à toute notre classe politique, ou ce qu’il en reste encore. 

Ce constat, personnellement, je le fais depuis très longtemps, et surtout depuis que j’ai des enfants. 

Même si je ne suis pas très très vieux, je le suis assez pour me targuer d’avoir un assez long passé. Et comme je le dis et je le répète souvent, je fais partie d’une génération qui, certes, a connu sans doute les pires moments de l’histoire de notre pays, notamment sur le plan des libertés, mais, ceci expliquant peut-être cela, une génération qui s’est beaucoup intéressée à la politique, beaucoup trop même aux yeux des dirigeants de l’époque.

La politique nous passionnait et nous trouvions un malin plaisir à nous occuper de tout ce qui n’était pas permis ou ce qui ne nous regardait pas, notamment ce que faisait, ou ce que ne faisait pas, justement, nos gouvernements. Donc, à force de nous intéresser à ces gouvernements et aux différents membres qui les composaient, nous avions fini par bien tous les connaître. Nous connaissions bien sûr leurs noms, prénoms et fonctions, mais nous savions aussi les partis dont ils étaient issus, ceux qui étaient sans-parti, les parachutés, les pistonnés, etc. D’ailleurs certains d’entre eux connaissaient bien également certains d’entre nous. Par « nous », j’entends ceux parmi nous qui militaient activement, ou bien qui critiquaient à travers leurs écrits, ou parfois juste à travers leur prise de parole en public ou en privé. 

Bref, tout cela, c’était avant. Aujourd’hui, entre le gouvernement et ses gouvernés, il y a comme qui dirait une rupture, un fossé. Personne ne s’intéresse plus à personne. En vérité, le gouvernement n’arrête pas de parler de « son cher peuple », du bien qu’il pense de lui, du bien qui lui veut, du mal dont il veut l’éloigner, et patati et patata, mais j’ai comme l’impression qu’il parle dans le vide. Personne ne l’entend, ou ne veut l’entendre. Le « cher peuple » est ailleurs, ou plutôt nulle part, en tout cas, là où il est, il n’entend plus rien. Non, je ne m’en réjouis pas, bien au contraire. A mon avis, un peuple qui ne s »intéresse pas à ceux qui le dirigent, ceux qui parlent en son nom, ceux qui décident pour lui, bref, qu’il le veuille ou pas, ceux qui organisent sa vie, est un peuple soumis, un peuple sujet, un peuple mineur. Ce qui m’amène à parler de nos jeunes et de nos enfants qui, eux, comme on dit, « ne sont pas là ». Le gouvernement, les ministres, les hauts fonctionnaires, les patrons des administrations, ils ne savent qui ils sont, et pis, ils ne veulent pas le savoir. Oui, ils connaissent, presque accidentellement, le chef du gouvernement ou d’autres ministres en vue, non pour leurs performances ou leurs réalisations, mais plutôt, souvent, à travers leurs sorties ou leurs discours fantaisistes, ou bien à travers certaines de leurs bourdes ou boulettes. 

Si vous demandez à des jeunes, même à des étudiants ou des étudiantes le nom du ministre, par exemple, de l’énergie, de l’emploi, voire de l’enseignement, je suis sûr que très peu seraient capables de vous répondre. 

C’est vraiment triste.
Qui est responsable de cette dramatique situation ? 
Vous voulez mon avis ? 

Nous sommes tous responsables : d’abord, les politiques eux-mêmes, eux qui font tout pour qu’on ne s’intéresse plus à ce qu’ils font, ensuite les élites, dans tous les secteurs, qui sont bien, là-haut, dans leur petit confort et qui n’ont aucune envie d’être dérangés; les enseignants qui étaient jadis les éclaireurs politiques de leurs élèves et de leurs étudiants et qui sont devenus, au fil du temps, soit des muets et des silencieux, soit, pour nombre d’entre eux, de parfaits obscurantistes; et enfin, nous les parents et les familles qui, peut-être sans le vouloir, leur avons transmis notre indifférence et notre mépris devenus chroniques de la chose politique. 

Comment ? Quelle est la solution ? 
Je n’en sais rien. Je suis chroniqueur, moi, pas… ministre.


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