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Les généraux Toufik et Tartag, deux anciens patrons des services de renseignements, et Saïd Bouteflika ont été arrêtés par les services de sécurité, a-t-on appris de source sûre.

Ils sont actuellement auditionnés par les services de la DGSI, dans le cadre de l’enquête sur leurs activités, qui ont été dénoncées par le chef d’état-major de l’ANP.

Le général Ahmed Gaïd Salah avait accusé publiquement Toufik de comploter contre l’armée et le mouvement populaire, avant de lui lancer un dernier avertissement, le sommant de cesser ses activités. Pour le général Tartag, il était considéré comme proche du clan présidentiel, notamment de Saïd Bouteflika. Il avait démissionné de son poste de chef de la Direction des services de sécurité (DSS) le même jour de la démission de Bouteflika, le 2 avril dernier.

Le chef d’état-major de l’ANP avait accusé également, sans le nommer, Saïd Bouteflika d’être à la tête de la issaba (bande) qui a confisqué le pouvoir présidentiel. Selon le général Khaled Nezzar, le frère cadet de l’ex-président Bouteflika, voulait instaurer l’état d’urgence ou l’état de siège, et avait même envisagé de limoger Gaïd Salah. Source :  tsa-algerie.com/

Tout a été dit à propos de Saïd Bouteflika, frère et conseiller de l’ancien président. Dans les derniers jours du règne de son frère, il était particulièrement au cœur de l’actualité, jusqu’à être soupçonné d’avoir usurpé la fonction présidentielle et d’avoir utilisé le cachet de l’institution pour prendre des décisions relevant exclusivement des prérogatives du chef de l’Etat.

Près d’un mois après la démission de ce dernier, un témoignage est venu accabler le véritable décideur que fut Saïd Bouteflika depuis au moins la maladie de son frère, en 2013. Il émane de Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense et acteur clé de la vie politique nationale dans les années 1990.

Ce que révèle Nezzar est d’une extrême gravité. Il confirme, en rapportant la teneur de deux discussions qu’il a eues avec lui le 7 mars puis le 30, soit au plus fort temps de la crise, que Saïd était celui qui prenait les décisions à la place du président. Il révèle surtout que Saïd Bouteflika était prêt à tout pour garder le pouvoir et qu’il envisageait de décréter « l’état d’urgence ou l’état de siège » pour mettre fin au mouvement populaire contre le cinquième mandat puis contre tout le système. L’état de siège, pour ceux qui pourraient l’ignorer, c’est le déploiement des chars de l’armée dans les rues des villes et villages du pays, donc une répression sanglante des manifestants.

Le témoignage de Khaled Nezzar confirme aussi une intention prêtée à Saïd, celle de démettre l’actuel chef d’état-major de l’armée qui avait publiquement réclamé l’application de l’article 102 de la Constitution, donc la démission ou la destitution du président après vingt ans au pouvoir. Au moment où le commandement de l’armée tenait sa réunion du 30 mars qui allait déboucher sur une première sommation pour l’application de l’article 102, Saïd demandait donc à Nezzar s’il n’était pas « temps de destituer le chef d’état-major ».

Dans la nuit du 1er au 2 avril, soit à la veille de la démission du chef de l’Etat, de folles rumeurs avaient circulé sur le limogeage d’Ahmed-Gaïd Salah et même un faux communiqué avait été diffusé sur les réseaux sociaux. Ce sont peut-être les péripéties de cette nuit qui avaient précipité l’émission par l’armée d’une dernière sommation décisive, le 2 avril. Deux heures après, le président démissionnait.

Dans son communiqué, le commandement de l’armée avait pris la précaution d’aviser que « toute décision prise en dehors du cadre constitutionnel est considérée comme nulle et non avenue » et accusant des « entités non constitutionnelles » d’être derrière le communiqué du 1er avril « attribué au président de la République ».

La ferme résolution de Saïd Bouteflika à rester au pouvoir quitte à décréter l’état d’urgence a été aussi évoquée indirectement le 10 avril par Ahmed Gaïd-Salah qui avait parlé de certaines parties qui voulaient provoquer une déclaration de l’état d’exception, « ce que nous avons récusé catégoriquement depuis le début des événements ».

Aussi accablant soit-il, le témoignage de Khaled Nezzar n’est pas le premier à mettre en cause le frère du président dans les manœuvres visant à contourner la volonté populaire. Le 2 avril, l’ancien président de la République Liamine Zeroual avait confirmé avoir été approché par le général Toufik qui lui a proposé de présider l’instance de gestion de la période de transition, précisant que «cette proposition est le fruit d’un accord avec Saïd Bouteflika, conseiller à la présidence de la République».

Dans la rue, les manifestants réclament chaque vendredi l’arrestation du frère du président, considéré comme la tête pensante de ce que le chef d’état-major qualifiait dans un de ses communiqués de « bande ». Certains membres de son cercle proche sont derrière les barreaux, comme Haddad et les Kouninef, d’autres font l’objet d’enquêtes, mais Saïd n’a toujours pas été inquiété.

Lors des marches du dixième vendredi, le 26 avril, on a pu lire sur certaines pancartes brandies par des manifestants que tout ce qui passe ces jours-ci restera de la poudre aux yeux tant que Saïd Bouteflika n’est pas arrêté.

Les révélations de Khaled Nezzar à ce moment précis ne sont peut-être pas fortuites. En tout cas, elles s’apparentent à un coup de grâce pour celui à qui on a prêté le pouvoir de faire et défaire fortunes et carrières ces dernières années. 




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