News

Face à la régression apocalyptique des sphères arabe et musulmane, nombreux sont ceux qui exaspèrent notre entendement par la prospérité intellectuelle passée au sein de ces deux sphères.

Or, la majorité de ces mêmes glorificateurs de ce passé semblent n’avoir nullement pris la peine de procéder à une lecture analytique sérieuse des œuvres majeures issues des mondes arabe et musulman. 

Pour pouvoir efficacement reconquérir les flans lumineux cette pensée, faut-il encore s’armer du scepticisme le plus empirique, de telle sorte que le cou des certitudes soit tordu à l’aune de la Raison. De telle sorte que l’impact de la pensée arabe sur la pensée moderne soit précisément identifié, historiquement quantifié et honnêtement qualifié. Et non pas continuer à « perroqueter » les gloires arabes passées chaque fois qu’on évoque la supériorité scientifique occidentale !

Quelques exemples (parmi des centaines d’autres) de pistes de recherche à l’aune des paramètres sus-indiqués :
  • Ancien professeur à l’Université Al Qaraouiyine, Moïse Maïmonide (Moussa Ibn Maïmoun, 1138-1204) a impacté Spinoza et son influence continue à s’exercer encore au cœur de la pensée juive contemporaine.
  • Averrouès (Abou al Walid Mohamed Ibn Rochd, 1126 à Cordoue -10 décembre 1198 - Marrakech) a influencé Heidegger ou encore Gramsci. Freud, l’inventeur de la psychanalyse, lui emprunta ses fameux « le ça » et « le surmoi ».
  • Ibn Khaldoun (Abou Zeid Abd Arrahmane Ibn Khaldoun al-Hadrami, 1332-1406), l’inventeur de la sociologie, notamment politique et de la sociologie de l’histoire, a laissé son empreinte sur les œuvres de Nicolas Machiavel, Montesquieu, Auguste Comte, Karl Marx ou encore Max Weber.
Je peux citer ainsi plus d’une centaine d’intellectuels majeurs de la pensée arabophone d’extraction persane, andalouse, asiatique, turque, juive…etc.

En dehors des rares éminents penseurs maghrébins modernes (Arkoun ou Seddik par exemple) qui ont évolué au sein des institutions de recherches occidentales, qui a pris la peine d’étudier sérieusement et précisément les impacts du patrimoine intellectuel arabe sur la pensée occidentale ? Qui a osé braver les certitudes ambiantes et les mafias de la régression intellectuelle en interrogeant la pensée arabe qui s’était déployée du Xème au XIIIème siècles ? 

A contrario, qu’a donc laissé de « glorieux » le rigoriste kurde hanbalite Ibn Taymiya, qui a exécré Ibn ‘Arabi, Al Farabi, Ibn Sab’ine, les Mouâtazilites, le soufisme et même toute la philosophie ? Rien de notable sinon une culture de l’exclusion la plus haineuse. En particulier l’inspiration du wahhabisme du nom du funeste Mohammad Ben Abdelwahhab et un certain salafisme dont on constate aujourd’hui les sanglants dégâts et les ravages génocidaires. 

Moralité : la pensée qui se nourrit de certitudes n’est qu’obscurantisme. L’authentique frère jumeau de cette idéologie mongolienne qu’est l’absolutisme. 
La pensée, elle, ne se nourrit que de liberté. D’où les mots composés «libre-pensée » et « libre-penseur ». 

Cessons donc nos nostalgiques « andalouseries », souvent copieusement arrosées de larmes ! 

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top