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« Ce que nous voyons, ce qui nous regarde » de Georges Didi-Huberman. C'est l'oeuvre d'art qui nous regarde plus que nous la regardons, propose notre invité dans son ouvrage de 1992.

"Je suis convaincu que lorsque nous regardons une image, nous éprouvons un sentiment de perte" nous dit Georges Didi-Huberman. N'est-ce pas paradoxal? Observer une image, la garder en mémoire, n'est-ce pas plutôt posséder quelque chose d'elle?



Le texte du jour
« Pendant de longues années, l’homme ne cesse presque jamais d’observer la sentinelle. Il en oublie les autres gardiens, il lui semble que le premier est le seul qui l’empêche d’entrer dans la Loi. Et il maudit bruyamment la cruauté du hasard pendant les premières années ; plus tard en devenant vieux, il ne fait plus que grommeler. Il retombe en enfance, et comme, au cours des longues années où il a étudié la sentinelle, il a fini par connaître jusqu’aux puces de son col de fourrure, il prie les puces elle-même de l’aider à fléchir le gardien. Finalement sa vue s’affaiblit et il ne sait si la nuit se fait autour de lui ou s’il est trompé par ses yeux. Mais maintenant il discerne dans l’ombre l’éclat d’une lumière qui brille à travers les portes de la Loi. Il n’a plus pour longtemps à vivre désormais. Avant sa mort, tous ses souvenirs viennent se presser pour lui imposer une question qu’il n’a pas encore adressée. Et, ne pouvant redresser son corps raidi, il fait signe au gardien de venir. Le gardien se voit obligé de se pencher très bas sur lui, car la différence de leurs tailles s’est extrêmement modifiée. « Que veux-tu donc encore savoir ? demande-t-il, tu es insatiable. – Si tout le monde cherche à connaître la Loi, dit l’homme, comment se fait-il que depuis si longtemps personne d’autre que moi ne t’ait demandé d’entrer ? » Le gardien voit que l’homme est sur sa fin et, pour atteindre son tympan mort, il lui rugit à l’oreille : « Personne d’autre que toi n’avait le droit d’entrer ici, car cette entrée n’était faite que pour toi, maintenant je pars, et je ferme la porte. » 

Kafka, Le Procès (traduction par Alexandre Vialatte) in Œuvres complètes (Gallimard, 1946) p. 454 et 455. 

Extraits 
La rose pourpre du Caire, film de Woody Allen (1985)
Archive: James Turrell
Archive: Eliasson
Archive: Rindy Sam et l’artiste Cy Twombly - Octobre 2007 

Chanson
The Doors, Break on through (to the other side)

LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth


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