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Le 20 juin, l’Iran abattait un drone espion américain. Le président américain Trump décidait ensuite de ne pas riposter. La Maison-Blanche et les médias ont affirmé que Trump avait ordonné une frappe contre l’Iran mais l’avait annulée à la dernière minute. Ce jour-là nous avions expliqué que c’était probablement des conneries : 

Toute l'histoire disant "qu’une frappe a été ordonnée mais que Trump l’a annulé pour épargner des vies" pourrait bien être fausse. ... Une frappe en représailles pour le drone abattu n'a peut-être jamais été une option. Une autre interprétation est que les États-Unis ont cherché à obtenir l'accord de l'Iran pour pouvoir exercer une "frappe" symbolique. Ils frapperaient un endroit désertique et vide pour permettre à Trump de tirer son épingle du jeu. L'Iran aurait été en désaccord avec ce plan.

L’ambassadeur britannique aux États-Unis, qui a divulgué hier des informations à Londres, est d’accord avec cette position : [Sir Kim Darroch] a remis en question l'affirmation récente de Trump selon laquelle il aurait annulé une frappe de missile sur l'Iran parce qu'elle aurait fait 150 victimes, disant que cette histoire "ne tient pas debout". «Il est plus probable qu'il n'a jamais été totalement investi dans l’affaire et qu'il s'inquiétait de ce à quoi ressemblerait cet oubli apparent des promesses électorales faites en 2016, quand viendra 2020, la prochaine élection présidentielle.»

Elijah Magnier a expliqué que Trump avait demandé à l’Iran de l’autoriser à contre-attaquer, mais que ce dernier avait refusé la demande : Selon des sources bien informées, l'Iran a rejeté une proposition des services de renseignements américains - faite par l'intermédiaire d'une tierce partie - visant à permettre à Trump de bombarder un, deux ou trois objectifs précis, choisis par l'Iran, afin que les deux pays puissent apparaître comme des gagnants et que Trump puisse tirer son épingle du jeu. L'Iran a catégoriquement rejeté l'offre et a envoyé sa réponse : même une attaque contre une plage vide iranienne déclencherait un tir de missiles contre des objectifs américains dans le Golfe.

Un général iranien confirmait hier la position de Magnier (également ici) : Un haut général iranien a révélé que Washington, par la voie diplomatique, avait récemment demandé à Téhéran de lui permettre de mener une opération à petite échelle dans l'espace aérien iranien afin de sauver la face à la suite de l'attaque d'un drone espion américain par l'IRGC [Le Corps des Gardiens de la Révolution]. Le général de brigade Gholam Reza Jalali, chef de l'Organisation iranienne de protection civile, a déclaré que l'Iran avait rejeté avec véhémence la demande américaine, affirmant qu'il répondrait à tout acte d'agression. "La République islamique d'Iran a répondu qu'elle considérait toute opération comme une guerre et qu'elle y apporterait une réponse écrasante. Vous pouvez déclencher une guerre, mais c'est l'Iran qui la terminera", a-t-il déclaré dimanche.

L’idée que les États-Unis demandent à l’Iran de lui permettre de bombarder certaines cibles sans riposter semble dingue. Cher M. Rouhani, Pourriez-vous m’indiquer trois cibles dans votre pays que j'aurais le droit de bombarder ? C'est urgent, car je dois paraitre dur avec l'Iran. Soyez sympa, s'il vous plaît ! Donald Trump

Mais ainsi est la Maison Blanche de Trump et la seule chose dont Trump semble vraiment se soucier sont ses taux de sondage. Trump veut un nouvel accord nucléaire avec l’Iran. Un portant sa signature et pas celle d’Obama.

Qu’y-a-t-il de si mauvais dans cet accord avec l’Iran ?

Le fait que Trump ait atomisé un accord tout en faisant pression pour en obtenir un nouveau montre qu’il n’a pas la moindre idée de la façon dont l’Iran, ou tout autre pays indépendant, réagit à de telles pressions. Il n’y aura pas de pourparlers tant que Trump n’aura pas rejoint l’accord et levé les sanctions : Les États-Unis ont envoyé plus de 60 délégations diplomatiques en Iran en tant que médiateurs pour des pourparlers avec l'Iran, mais le dirigeant de la révolution islamique a rejeté les appels à des pourparlers lancés par les États-Unis et l'Iran a commencé à réduire ses engagements, conformément au JCPOA.

L’administration Trump semble avoir vraiment pensé que l’Iran ne réagirait pas à ses sanctions toujours plus sévères en dépassant les limites techniques de l’accord nucléaire, ce qu’il fait pourtant maintenant. En novembre dernier, le secrétaire d’État Pompeo avait déclaré que l’Iran n’oserait pas le faire : Interrogé sur ce que ferait l'administration si les Iraniens redémarraient leur programme nucléaire, M. Pompeo a répondu : "Nous sommes convaincus que les Iraniens ne prendront pas cette décision.»

C’était bien sûr absurde. Pourquoi s’attendre à ce que l’Iran s’en tienne à un accord dont il ne bénéficie pas ? De tels vœux pieux n’ont aucun fondement dans la réalité : Un responsable américain familier avec la question déclarait dimanche à POLITICO que l'équipe de Trump espère trois choses : que l'Europe impose des sanctions à l'Iran pour l'empêcher de violer davantage l'accord ; qu'un mécanisme financier que les Européens ont mis en place pour aider l'Iran à obtenir des biens non sanctionnés réussisse ; et que les récentes manœuvres militaires américaines au Moyen-Orient soient suffisantes pour empêcher une escalade militaire. "Fondamentalement, nous voulons qu'ils restent dans l'accord", a dit le responsable américain, lorsqu'on lui a demandé pourquoi l'administration Trump voulait que le mécanisme financier européen, connu sous le nom d'INSTEX, fonctionne. Il n'y a aucun désir de s'engager dans une guerre totale avec l'Iran ou de le voir construire une arme nucléaire, a dit le responsable.

Pour l’instant, il est peu probable que l’Europe impose des sanctions à l’Iran pour un accord que Trump a rompu. Si c’était le cas, tout l’accord du JCPOA serait annulé.INSTEX est une blague. Ce système ne « permet » pas à l’Iran de vendre son pétrole, uniquement d’acquérir des biens humanitaires qui ne font pas l’objet de sanctions. C’est pire que le programme Pétrole contre nourriture des années 1990 qui a causé une destruction économique majeure en Irak. L’Iran ne craint pas la puissance militaire américaine. Les moyens militaires américains au Moyen-Orient ne sont pas dissuasifs. Ce ne sont que des cibles. L’Iran sait que Trump veut éviter une guerre. 

La politique peu réfléchie des États-Unis permettra à l’Iran de dominer, en cas d’escalade. Comme ce dernier l’a annoncé, il peut accroître ses activités nucléaires tous les 60 jours, et il le fera. Les pétroliers et d’autres capitaux ennemis autour du Golfe subiront plus de dégâts. Trump subira une pression de plus en plus forte. Les actions de l’Iran, comme le sabotage de certains navires près de Fujairah, donnent déjà des résultats : La demande en carburant pour navires, à Fujairah, la plaque tournante de la navigation côtière des Émirats arabes unis près du détroit, a diminué car certains pétroliers préfèrent se tenir à l'écart, selon des négociants qui participent au marché régional.

L’ambassadeur britannique ne s’attend à aucun changement dans la politique confuse de la Maison-Blanche vis-à-vis de l’Iran : Une note de service, envoyée par Sir Kim le 22 juin, fait référence à une politique américano-iranienne "incohérente et chaotique", ajoutant qu’ «il est peu probable que la politique américaine à l'égard de l'Iran devienne plus cohérente à l’avenir. Il s'agit d'une administration divisée".

Mais la politique britannique à l’égard de l’Iran n’est pas meilleure. D’un côté, elle est signataire de l’accord nucléaire avec l’Iran et prétend vouloir le faire respecter. De l’autre côté, elle suit les ordres de la Maison-Blanche et détourne un pétrolier qui transporte du pétrole iranien en prétendant qu’il se rend en Syrie. La Grande-Bretagne n’a absolument aucune base légale pour un tel geste. Même l’ancien premier ministre suédois et prétendu agent de la CIA, Carl Bildt, trouve ce comportement trop grossier : Carl Bildt @carlbildt - 21h24 - 7 juillet 2019 La légalité de la saisie par le Royaume-Uni d'un pétrolier se dirigeant vers la Syrie avec du pétrole en provenance d'Iran m'intrigue. Il y est fait référence aux sanctions de l'UE à l'encontre de la Syrie, mais l'Iran n'est pas membre de l'UE. Et l'UE, par principe, n'impose pas ses sanctions aux autres. Seuls les États-Unis le font.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a qualifié l’acte britannique de « vol » et a déclaré que le navire ne se rendait pas en Syrie. Sa véritable destination serait « un nouveau client du sud de l’Europe » pour le pétrole iranien, probablement l’Italie. Le ministre iranien de la Défense, le brigadier-général Amir Hatami, a promis de répondre à l’acte de piraterie britannique. 

Comme d’habitude, la réponse sera asymétrique et viendra au moment et à l’endroit choisis par l’Iran. 

Moon of Alabama 


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