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L’histoire nous rapporte que quand une société est mal à l’aise ou a mal à son être, quand ses membres semblent perdus ou ne savent plus quoi faire, quand les dirigeants censés être les guides de cette société baissent les bras et lèvent les mains au ciel, il y a toujours une catégorie de personnes qui garde la tête froide et l’esprit clair. Et c’est à elle que revient la mission non pas de mettre de l’ordre ou de montrer le bon chemin, mais juste de dire où se trouve le mauvais chemin qui crée tout ce désordre.

Cette catégorie c’est celle des gens éclairés, ceux qui détiennent le savoir à défaut de l’argent, la connaissance à défaut du pouvoir et la clairvoyance à défaut d’ambition. 

Leur pouvoir dépasse celui des dirigeants justement parce qu’ils ont le savoir, la connaissance et la clairvoyance, mais ils n’ont aucune ambition ni aucune volonté d’avoir le pouvoir de diriger. Ils préfèrent laisser ce pouvoir à ceux que cela intéresse et à ceux qui sont faits pour, se contentant de rester assez à l’écart. 

Mais pour eux, rester à l’écart ne signifie pas se mettre loin des problèmes et des soucis de la société dans la laquelle ils vivent. Bien au contraire, ces gens-là évoluent au sein de cette société, pour être proches de ses membres et proches de leurs préoccupations, pour mieux les comprendre. 

Ils veulent rester à l’écart pour être loin du pouvoir et de ses multiples charmes et attraits. Ils savent que le pouvoir possède des pouvoirs immenses, et qu’il est capable de les attirer et de les séduire avec mille et une attractions et mille et une distinctions. Il peut même leur offrir des rentes à vie pour ne plus s’occuper de lui ni plus jamais donner leur avis.

Ces gens-là, on les appelait et on les appelle encore aujourd’hui “les intellectuels”. Parce qu’ils existent toujours, un peu partout dans le monde, y compris dans notre pays. Le Maroc a connu des périodes de son histoire, notamment après l’indépendance, où les intellectuels ont joué des rôles d’éclaireurs pour bon nombre de leur concitoyens et concitoyennes. Malgré les contraintes et les difficultés de l’époque, ils n’hésitaient pas à prendre la parole ou la plume, ou souvent les deux, pour dénoncer ce qu’ils estimaient être des dérives ou des excès du pouvoir ou juste parfois des dérapages d’une société en perte de voies ou en mal de repères. 

Ces intellectuels-là n’étaient pas tous des anges, loin s’en fallait. Certains même avaient fini par succomber aux charmes du prestige et à l’attrait des hauteurs, mais ceux qui avaient résisté, notre société actuelle leur doit énormément et doit leur être très reconnaissante. 

Et qu’en est-il aujourd’hui ? Où sont nos intellectuels ? Où sont-fils partis ? Où se cachent-ils ? 

La société, comme la nature, a horreur du vide. Depuis le début du déclin des classes politiques traditionnelles de par le monde, y compris chez nous, et depuis le commencement de l’hibernation cachée ou non dissimulée des intellectuels, chez nous comme ailleurs, on a créé une nouvelle entité, une sorte d’armée miracle à laquelle on a donné le joli nom de “société civile”. D’ailleurs bien malin celui qui est capable d’en définir le contenu et encore moins les contours. On y trouve de tout aujourd’hui : outre la majorité dite silencieuse, les activistes anti-partis ou anti-syndicats, les réseaux sociaux sous toutes leurs formes, il y aussi, paradoxalement, une partie des militants des organisations politiques et syndicales qui ont peut-être du mal à s’exprimer à la maison, et également, quelques rares braves et téméraires intellectuels perdus ou cherchant la discrétion. 

Et les autres, où sont-ils ? 

Patients, sages et silencieux, ils attendent, quelque part, que quelqu’un, un jour, pensent à eux, et leur offre un petit siège, un petit pécule ou juste un petit regard bienveillant. 

Hélas pour eux, ils risquent d’attendre encore longtemps. 

L’écrivain français Charles Péguy avait écrit un jour : “La justice, la raison, la bonne administration du travail, demandent que les intellectuels ne soient ni gouvernants ni gouvernés”. 

Mais ce sont eux qui voient. 


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