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"Jusqu'à quand allons-nous imposer la vertu au nom de la loi?" 
Pour résumer l’affaire, seul un État arriéré peut jeter en prison des adultes pour avoir eu une relation amoureuse ou sexuelle! Pour faire simple, peu importe si Hajar Raissouni a avorté ou non… L’essentiel est qu’elle est aujourd’hui poursuivie pour un motif que nous devrions avoir honte de voir figurer dans notre arsenal juridique. 

Nous ne pouvons pas vivre dans un pays qui contrôle les corps et la vie privée de ses citoyens majeurs et vaccinés. À moins qu’il y ait une atteinte aux droits d’autrui (exploitation sexuelle, abus sexuel d’enfants ou d’adultes, etc.), il est absurde de punir des individus pour le simple fait d’entretenir une relation amoureuse ou même pour une simple relation sans lendemain.

Le code pénal marocain interdit l’avortement, c’est un fait! Avec son éventuel avortement, Hajar, le médecin et ses assistants ont enfreint la loi, c’est également un fait! Mais cette même loi ne peut faire partie que d’un système de lois venues d’un autre âge. Un arsenal de lois primitives qu’il est inconcevable de voir régir nos vies aujourd’hui!

Une du journal "Akhbar Al Yaoum" 
qui dévoile le certificat médical émis pas le gynécologue de la journaliste.

Tout simplement parce que l’avortement est un droit dont toutes les femmes devraient avoir la liberté de bénéficier. Chaque femme a le droit de décider quand elle a la capacité d’être mère! Le législateur ne peut pas décider, pour des milliers de femmes, le moment approprié pour la maternité.

Le nombre d’avortements clandestins que nous comptabilisons aujourd’hui nous prouve une fois de plus que nos lois sont loin de la réalité et de l’évolution de la situation. Selon l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin, il y aurait entre 600 et 800 avortements clandestins par jour au Maroc.

Les lois qui pénalisent les relations sexuelles entre adultes consentants et qui interdisent l’avortement devraient tout simplement disparaître de notre arsenal juridique. Au nom des libertés individuelles. Au nom du respect des choix de chaque adulte, de ses croyances religieuses, de sa vie affective et sexuelle, de ses choix de vie en général!

La déclaration d’un certificat de non-avortement pour prouver la moralité de Hajar Raissouni est également inacceptable. Choisir ou pas d’avorter devrait être un droit et faire partie de la vie privée dans laquelle nous n’avons pas le droit de nous ingérer. Hajar Raissouni et les autres n’ont pas besoin de fabriquer des justifications parfois absurdes, au lieu de défendre un droit fondamental: celui de disposer de son corps!

Jusqu’à quand allons-nous imposer la vertu au nom de la loi? Cette vertu qui se résume uniquement au sexe, rien d’autre.

Jusqu’à quand allons-nous imposer la religiosité au nom de la loi? Cette religiosité que nous réduisons dans ses signes externes… Dans le voile, la barbe et le jeûne (faim?) forcé.

Malheureusement, cette obsession sexuelle qui domine l’esprit de nombreuses personnes réduit les libertés individuelles aux rapports sexuels et les lie à la prostitution et à la débauche. Mais les sociétés développées n’ont réussi à contrer cela qu’en respectant le droit de l’autre à la différence. Si le prophète Mohammed, lui-même, n’avait pas défendu son droit de différer idéologiquement de sa société, il n’y aurait pas aujourd’hui de religion appelée islam.

Les sociétés qui évoluent ne le font qu’en respectant la créativité des autres et leur droit à la différence. Les sociétés qui évoluent ne tiennent pas les autres responsables de rapport affectifs ou sexuels.

Il y a beaucoup de criminels qui sévissent dans notre société, pour eux nous avons besoin de toute la vigilance des forces de la sécurité. Laissons les lits des autres tranquilles. Laissons les utérus des femmes leur propriété.

Cela pour arriver à une remarque essentielle: de nombreux mouvements conservateurs s’en prennent farouchement aux libertés individuelles et n’en font l’éloge que lorsque l’un de leurs membres est victime d’une violation. De nombreux mouvements conservateurs ont attaqué et continuent de s’en prendre à ceux qui défendent le droit à l’avortement et ont lié ce dernier à la dépravation et la prostitution. De nombreux mouvements conservateurs et/ou islamiques considéraient l’appel à la liberté individuelle comme une invitation à la débauche.

Les libertés individuelles ne sont pas la dissolution des valeurs, ni l’apostasie, ni même la dépravation. C’est simplement un appel à la création d’une société moins hypocrite, dans laquelle les individus sont tenus responsables de leurs actions et de leurs choix et ne doivent pas inventer des justifications enfantines pour justifier un choix ou un acte censé être leur droit en tant qu’adultes. L’amour, le sexe, la foi, sont des droits dont devrait disposer chaque adulte... Nous n’avons pas besoin de les justifier par un mariage religieux (Fatiha) ou autre…

Quand certains courants conservateurs prendront conscience de la valeur des libertés individuelles, du fait qu’elles protègent la foi véritable et n’incitent pas les individus à l’hypocrisie, comme elles protègent le droit de ne pas croire (car quel est l’intérêt d’une foi virtuelle qui permet uniquement d’éviter la pression de la société ou de la loi?)… Lorsque les courants islamistes et conservateurs comprendront que cette liberté individuelle est celle qui les protège de l’exploitation de leur vie privée contre eux par leurs adversaires idéologiques… Alors chacun contribuera à construire une société mature où les individus ne seront pas emprisonnés pour l’amour et le plaisir!

Ce texte, traduit de l’arabe par le HuffPost Maroc, a été initialement publié sur le blog Marayana.

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