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J’ai l’impression, et je ne suis pas le seul, que nous traversons une période qui se caractérise à la fois par un immobilisme désespérant et par un air frais plein d’espoir.

Je vais passer en coup devant sur la situation politique qui sévit dans notre pays depuis déjà quelques années, et de laquelle, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle constitue une régression déplorable par rapport à tous les acquis accumulés au cours de toute notre histoire contemporaine. 

Même si le rapport entre le politique, le social et le culturel est très intime, j’aimerais les dissocier ne serait-ce que le temps d’essayer d’expliquer mon propos.
Je ne veux pas y aller par trente six chemins, et je vais tout de suite attaquer mon sujet d’aujourd’hui. 

Je ne vous apprendrais rien si je vous disais qu’une pétition a été récemment lancée pour dénoncer les atteintes répétées à certaines libertés fondamentales et demander l’abrogation de certaines lois moyenâgeuses qui continuent de sévir dans notre pays, au dépit du bon sens, et à l’encontre des principes et valeurs universels pourtant reconnus et validés par le Maroc.

En vérité, ce type de démarches n’est pas nouveau puisqu’à maintes reprises et à plusieurs occasions plus ou moins similaires, des voix connues ou inconnues se sont élevées pour crier leur colère et exiger le changement. 

Mais cette fois-ci, la différence est énorme aussi bien au niveau de la forme que du contenu puisque cette action a pris volontairement l’allure d’une fronde, d’une révolte et d’une rébellion, aux sens nobles de ces termes. 

Je pense que c’est la première fois de notre histoire, pourtant très riche en résistance et en combats, qu’une partie de la population ose faire des aveux publics et proclamer avoir été, à un moment de leur vie, des hors-la-loi. 

Contrairement à ce qui été interprété par certains, cet appel n’est pas un acte d’insoumission, mais un acte de dénonciation d’une situation d’hypocrisie généralisée et de mensonge quasi institutionnalisé. 

Lorsque ces personnes, intellectuels et artistes connus, ou simples citoyennes ou citoyens, illustres inconnus, proclament haut et fort, sans peur et sans crainte, qu’ils et qu’elles ont « violé des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être, eu des relations sexuelles hors mariage et subi, pratiqué ou été complices d’un avortement », ce n’est pas pour défier l’autorité de l’Etat, mais juste pour dire que cette mascarade n’a que trop duré et qu’il est temps qu’elle change. 

Je ne pense pas que tous ces centaines de Marocaines et de Marocains dont votre serviteur, qui ont signé cet appel inédit, avaient envie de faire des aveux tardifs de délits pas forcément prescrits, parce qu’ils seraient à ce point téméraires inconscients, mais pour contribuer à déverrouiller tous ces cadenas rouillés et d’un autre âge qui continuent de bloquer l’avancement et l’évolution de notre société. 

Tout le monde, à commencer par les pouvoirs publics de ce pays, sait que les prétendus délits de moeurs ou autres, sont pratiqués, souvent au vu au su de tous et de toutes, sans que ces pouvoirs ne bougent le petit doigt. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas agir et qu’ils laissent faire, mais tout simplement parce qu’il est plus ou moins convenu qu’il « faut fermer les yeux ». 

Je vais donner un seul exemple, tout en sachant que je suis loin d’être le premier ni sûrement pas le dernier à en parler et par le rappeler : la consommation d’alcool. Voilà un exemple de délit convenu et autour duquel il y a toujours eu le flou peu artistique le plus fou. 

Normalement, et selon la loi en vigueur qui n’est presque jamais appliquée, ou si peu, il est formellement interdit aux « Marocains Musulmans » de boire de l’alcool au risque de se retrouver en taule. Or, nous savons tous, et les pouvoirs publics en premier, que les millions d’hectolitres d’alcool de tout type qui sont ingurgités chaque année au Maroc ne sont pas l’oeuvre que des seuls étrangers non musulmans qui habitent ou visitent notre pays. Allez faire un tour par hasard, dans n’importe quel bar à Casablanca, à Rabat, ou même à Fez, notre capitale « spirituelle », et vous allez constater, de visu, que l’hypocrisie est à son paroxysme et que nos étrangers alcooliques ressemblent comme deux gouttes de vin ou de vodka à nos si sobres indigènes.

Trêve de plaisanterie. Les signataires de cet appel, initié, comme nous rappellent certains esprits chagrins ou aigris ou juste qui n’en ont pas bien compris le sens, par “deux Marocaines qui ne vivent pas au Maroc”, ont voulu montrer et démontrer aux responsables de ce pays, à quelque niveau et dans quelque administration soient-ils, que la loi est souvent bafouée partout, et pas forcément par ceux ou celles qu’on poursuit ou qu’on juge à grand bruit.

Partout à travers notre si grand pays, des notables, des élus, ou juste des quidams plus ou moins de grosse pointure, commettent des délits autrement plus graves ou plus condamnables, et personne n’en parle, parce qu’ils sont soit trop loin de la lumière, soit sous un quelconque grand parapluie. 

Je vais finir par un dernier exemple qui défraie actuellement le chronique et agace l’oignon publique, c’est l’affaire dite du “Grand Théâtre Casablanca”. 

Voilà un cas qui démontre par A+B que les hors-la-loi ne sont toujours pas ceux et celles qu’on croit.
Très bon week-end, et à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.


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