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Dans une société laïque, qui a dépassionné et dépassé le conflit religieux, un Raissouni passerait pour une survivance du moyen-âge, un illuminé que personne n’écoute.

Pour ceux qui l’aiment et le suivent, Ahmed Raissouni est un saint homme. Un presque prophète. Il connait le Coran et les «écritures» et il est indépendant. Personne ne lui dicte sa pensée ni sa conduite.

Raissouni est un authentique zaim religieux. Et un opposant politique. C’est ce qu'on dit.

Depuis la mort du pauvre cheikh Yassine, Ahmed Raissouni a hérité du titre officieux de «premier islamiste du Maroc». Le plus célèbre et le plus écouté, c’est lui. Il a un petit peuple qui le vénère comme un dieu et il produit régulièrement une «pensée» politique et religieuse.

Si le cheikh Yassine a longtemps dirigé le plus grand «parti» du royaume (Al Adl Wal Ihsane) en s’appuyant parfois sur ses rêves et ses visions nocturnes, le cheikh Raissouni se veut plus moderne et plus rationnel. Je ne sais pas si l’expression a du sens, mais c’est un «opposant religieux».

Dans une société laïque, qui a dépassionné et dépassé le conflit religieux, un Raissouni passerait pour une survivance du moyen-âge, un illuminé que personne n’écoute.

Mais nous sommes au Maroc, le pays de tous les possibles. N’importe quel tribun peut se servir de Dieu pour manipuler les masses crédules.

Bien sûr, Ahmed Raissouni est un homme courageux. Quand sa nièce Hajar était en prison, condamnée pour avortement et relations sexuelles hors mariage, le saint homme a fait l’autruche. Il a enfoui sa tête sous le sable, pour ne rien entendre et ne rien dire.

Hajar libre, le saint homme a refait surface. En arrosant d’insultes le collectif des femmes qui ont beaucoup fait pour défendre toutes les Hajar du Maroc, qui se comptent par centaines de milliers.

Il a écrit un texte à la teneur parfois ordurière et invité ses amis et ses relais à lui assurer une large diffusion. Lisez et faites lire, s’il vous plait. Ces femmes, explique-t-il, ne valent rien. Elles n’ont rien dans la tête puisqu’on leur a dit de faire et de dire. Et, pour ne rien arranger, ces «nisswa» (petites femmes) sont moches et aucun homme ne voudra d’elles, ni en halal ni en haram.

Voilà pour la forme. Quant au fond, le saint homme nous explique, avec ses phrases aux tournures ampoulées, que les libertés individuelles prônées par ces petites femmes visent essentiellement «les interdits du devant et du derrière».

Notre grand opposant religieux et politique, qui compte parmi les ulémas les plus cotés dans le monde arabe, notre saint homme ne pense qu’à ça. Il ne voit que ça. Et il ne parle que de ça. En éructant.

Son texte est au fond un bras d’honneur à celles et à ceux qui se battent pour un Maroc meilleur. Un pays en phase avec son temps, guidé par la raison et la liberté. Il ne veut pas de ce Maroc-là. Et il a raison après tout: dans une société libérée, il n’y aurait plus de place pour les comme lui.




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