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La Chine et Singapour caracolent en tête du classement Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) dévoilé ce mardi 3 décembre 2019. Le Maroc ferme la marche, il est pratiquement en queue du peloton comme ses voisins du Maghreb dont le sondage n’en a pas pris compte. 

Les enquêtes Pisa ont beaucoup de succès, elles ont beaucoup de résonance à la fois dans la presse, dans l’opinion, et aussi au niveau des politiques. Il est donc important de comprendre leur valeur. Du point de vue de la mesure du résultat des élèves, de leurs apprentissages, compétences, etc., Pisa est une enquête extrêmement bien réalisée. C’est une enquête qui a le soutien d’un nombre très important de chercheurs dans des domaines très différents, comme le domaine de la mesure des compétences des élèves, car il faut bien concevoir des tests pour savoir ce que l’on mesure, ou dans le domaine de l’analyse statistique parce que c’est quand même basé sur des effectifs très importants, et aussi dans la rédaction des rapports. Dans la fiabilité des exercices, dans la comparabilité internationale, dans la traduction des tests, cela demande un travail extrêmement conséquent. Donc du point de vue de la fabrication de l’enquête, c’est très bien fait. Mais il ne faut pas faire dire à Pisa ce qu’elle ne veut pas dire. Elle propose tous les trois ans une photographie du niveau de compétence des élèves dans différents domaines. 

C’est une enquête à large échelle. On ne peut pas questionner tous les élèves, c’est impossible, donc on prend des échantillons. Il y a eu des cas dans certains pays où les échantillons étaient biaisés pour des raisons diverses. On peut toujours critiquer la méthodologie d’une enquête, mais l’avantage de Pisa, c’est que toutes les données de base, c’est à dire les data, les données individuelles pour chaque élève, sont accessibles sur internet et n’importe qui peut les télécharger et en faire une analyse. C’est une force de Pisa : la transparence sur les données, leur accessibilité et la possibilité pour des chercheurs en éducation, en sociologie, en sciences politiques, des journalistes, etc., de récupérer ces données et d’en faire une analyse. 

Donc on peut toujours dire que l’échantillon n’est pas valide, mais dans tous les cas, tout est accessible. Du coup beaucoup de chercheurs se sont emparés de ces données et ont publié des articles, des ouvrages, sur tel ou tel pays, ou un ensemble de pays, pour essayer de voir ce que cela produisait en termes de système éducatif, en termes d’inégalités, etc. Parmi les enquêtes internationales que l’on connaît, Pisa est plutôt d’extrêmement bonne qualité. Quand il y a eu des problèmes d’échantillons, ils ont été relevés par des chercheurs et l’enquête Pisa s’est ensuite améliorée sur tel ou tel point. Les jugements moins positifs que l’on peut avoir sur Pisa concernent le rôle politique que peut jouer l’OCDE dans la définition des politiques éducatives. La volonté de l’OCDE, qui est affichée, c’est en quelque sorte de militer pour améliorer les systèmes éducatifs nationaux. Certains chercheurs questionnent un peu ce rôle que se donne l’OCDE, parce que c’est une organisation internationale, elle n’est pas élue démocratiquement par chaque pays, et en revanche elle veut donner la tonalité des systèmes éducatifs dans différents pays. C’est là que l’on peut discuter le rôle que veut jouer cette organisation. 

Il y a plusieurs types d’impacts, pour simplifier, que cela dépend beaucoup des pays. En Allemagne, il y a eu ce que l’on a appelé « le choc Pisa » en 2000, parce que l’Allemagne à l’époque avait découvert d’une part que son système éducatif n’était pas aussi bon qu’escompté, et d’autre part que ce système était très inégalitaire, sur le plan des inégalités d’apprentissage en fonction du niveau social, du parcours migratoire, etc., donc cela a suscité en Allemagne tout un mouvement qui a permis de réformer ce système éducatif, notamment d’uniformiser le système entre les différents Länder. Le choc a été plutôt bénéfique. Il y a eu d’autres pays, comme la Pologne ou le Portugal, qui ont à partir de Pisa reconstruit leur système éducatif. Puis il y a d’autres pays qui peuvent prendre en compte les résultats, mais n’ont pas pour autant réformé leur système en lien avec Pisa. C’est le cas de la France dont les résultats sont plutôt moyens, faibles, et montrent des inégalités d’apprentissage extrêmement fortes. Ces résultats ont permis de confirmer beaucoup d’enquêtes nationales, notamment celle de la DEPP, la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance. L’avantage de Pisa a été de montrer la position de la France par rapport à tous les autres pays participants. Pour autant, certes il y a des réformes en cours en France, il y en a souvent, mais on ne peut pas dire que ces réformes actuelles soient le résultat des enquêtes Pisa. Donc l’impact est très variable d’un pays à l’autre. 



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