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Les chroniques du Marulaz
Chapitre-2 : Nathalie!

(...)
Et soudain l'adverse dame de la terrasse entre bruyamment. Elle tire amoureusement son jeune compagnon par ses deux mains derrière son dos. Comme font ces amants-là qui ont peur de se perdre dans la foule d’Édith Piaf. Le gaillard est deux fois plus jeune qu'elle, et au vu de sa taille et de sa corpulence, il ferait plutôt office de garde-corps. On le dirait tout droit sorti d'une usine à fabriquer des haltérophiles à gros biceps. Ou des boxeurs, car Besançon est aussi connue pour ses performances en boxe, on y compte plusieurs champions de France et d'Europe. Long­temps je ne le savais pas, jusqu'à cette vieille amie qui avait atterri un jour ancien à Besançon par quelque aventure de cœur et de corps. Sur­tout de corps. Je me souviens qu'elle m'avait assailli de questions à pro­pos de son profond désir de boxe. Tant qu'à la fin, renseignement pris, j'avais fini par lui présenter un ancien champion qui tenait une salle d'en­traînement. Je me souviens qu'elle en était tout éblouie tant la bête était parfaite : ses muscles débordaient à travers un survêtement volontaire­ment trop serré. Un lion de la savane...
Là donc, ce jeune homme relèverait de cette même espèce : tout en schwarzenegger. Par contre, elle, elle a l'air de sortir du lit, la tête tout ébouriffée et la mine défaite, sans doute à cause de trop d'alcool de tabac et de cannabis made in morocco.
Je l'observe avec un goût de quelque chose qui ressemblerait à du dépit, ou peut-être du mépris. Mais malgré tout je lui trouve une belle allure, ou du moins un reste de belle prestance. Ma tête me susurre que peut-être je la connaîtrais. Mais sûrement pas du Marulaz, car c'est bien la première fois que je la vois ici. Je tente une vague prospection de ma mémoire, mais en cette heure de fatigue, ma mémoire préfère abdiquer de la plus fallacieuse des manières : elle me fait croire que ça ne devrait être qu'une vague ressemblance.
Je la vois avancer tant bien que mal en agrippant à son gigolo, ce bel étranger récemment arrivé en France, mais que que j'ai déjà vu aux bras d'une autre, d'au moins une autre. Je n'ai même pas eu à poser quelque question à ma mémoire, que déjà ma tête m'en ressort le dossier mental. Eh oui, non seulement je le vois régulièrement sur mon passage devant la terrasse du fameux bar à qui-danse-drague sur le quai, mais j'ai même eu à m'arrêter une fois à l'appel d'une amie attablée avec lui, une autre dame qui souffre du même mal que celle-ci. Et je sais donc de cette brève halte qu'il baragouine un français très boiteux, mais qu'il excelle en la belle langue des sourires et des joies. Et sans doute aussi en celle des choses secrètes de la vie des femmes.
C'est la première fois que je le vois au Marulaz. Et je sais que les gens de sa condition se méfie de ces lieux protégé pour vrais ou faux intellos. Ce n'est aps son monde, et c'est sans doute pour cela qu'il doit être gêné d'avancer. Mais il a beau prendre toutes ses précautions, son tas de muscles a du mal à se frayer un passage au milieu des ayants-droits-du-bar, ceux-là qui se tiennent serrés et debout, comme par peur de ne plus pouvoir se relever plus tard. Il en bouscule quelques uns, mais personne ne semble en prendre ombrage: on se retourne, on sourit et on se serre autant que se peut.
Soudain quelqu'un s'écrie du fond du bar : Nathalie ! Aussitôt elle s'arrête, cherche du regard et lance d'une voix riante : On est là, j'arrive ! Et c'est le choc : son visage, son rire et sa voix, son prénom, tout me rappelle une fille que j'avais connue il y a plusieurs années au bistrot le Carpe-Diem, vers la rue de Pontarlier. Où je ne suis plus retourné depuis que ce CherAli avait cessé d'y distribuer ce que l'humain a de plus cher et de plus gratuit à la fois : un cœur généreux et ouvert à tous.
Je la fixe avec inquiétude. Si c'est bien elle, la fameuse Nathalie du Carpe, c'est qu'elle a dû traverser je ne sais quel affreux enfer pour être devenue si méconnaissable.
Et pourtant diable qu'elle était si belle, la plus belle !

(A suivre)

Ah ces petites gens de province
Mustapha Kharmoudi
Besançon le 12 janvier 2020





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