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Le Salon du livre de Casablanca existe depuis 1987. Et depuis 1987, c’est la même histoire, le même bordel.

Il y a bien eu des révolutions qui ont changé le monde, et le Maroc aussi, au cours des 33 dernières années. Nous sommes passés à l’ère du numérique, de la mondialisation, le monde entier est devenu un village.

Mais rien de tout cela n’a affecté notre Salon international du livre de Casablanca, qui est resté comme dieu l’a créé: un village coupé de tout. Et un rendez-vous qui refuse de se développer, d’évoluer. Il fait comme le personnage imaginé par Gungter Grass («Le Tambour») : il refuse de grandir!

Une telle obstination dans l’erreur, et dans le sous-développement, dans la momification, la fossilisation, ça finit par devenir fascinant.

Bien sûr, il y a aujourd’hui plus de livres, d’exposants, de débats, on a fini par installer un distributeur de café, des w.c. à peu près propres. Certains éditeurs ou libraires acceptent même le fameux paiement en mode TPE. Donc ça se modernise…

Ah bon, ça se modernise, vraiment ?
33 ans après sa création, le premier événement littéraire du Maroc ressemble toujours à une fête foraine, aussi joyeuse qu’anarchique. Nous sommes réellement devant une survivance du Maroc rural d’il y a un siècle, voire deux. Un bout de campagne. Avec la poussière, les tentes, les crevasses, le désordre, les effluves et les émanations de toutes les sortes, les terrains vagues, les hordes de resquilleurs, revendeurs et agents à la fonction et au rôle indéterminés. Sans oublier les mendiants, les gamins qui jouent au foot, les pickpockets, les chiens errants et les chats criant famine.

Il ne manque que le bon gros bétail, les coqs et les poussins, et quelques bons paysans pour diriger tout ce capharnaüm! 

C’est à un miracle de dieu que nous avons donc affaire. Parce que le décalage entre ce décor médiéval et le voisinage est sidérant.

Nous nous trouvons quand même, géographiquement, à deux pas du port de la capitale économique, de sa Corniche célèbre dans tout le Maroc, de sa Marina toute belle, de ses beaux palaces, de sa magnifique gare ferroviaire, etc.

Le miracle, c’est que rien, absolument rien ne relie le Salon à toutes ces pièces exceptionnelles qui constituent son environnement. Le Salon est déconnecté, pas concerné, c’est une pièce rapportée surgie de la nuit des temps.

Les années passent et le Salon ne bouge pas. J’ai d’ailleurs choisi de m’y rendre à pied, en passant par les chantiers à l’arrêt de l’ancienne médina, les ruelles de Sidi Allal Kerouani, les échoppes du «commandare probo» (Commandant Provost), les canons de la Sqala, les "Arssa" (jardins), les bouchers, les tablettes des vendeurs de cigarettes et de téléphones volés, les petites portes repeintes en rouge pour célébrer «Wydad al-Oumma» (le chant de ralliement des inconditionnels du WAC), les bricoleurs et les soudeurs de Derb Jrane (littéralement le «quartier des crapauds»), les terrassiers, les faux guides, les vrais dealers, etc.

Quand, au bout de ce chemin de traverse et de ce voyage dans le temps, j’ai aperçu la voûte crasseuse de la foire qui abrite le Salon du livre, j’ai éprouvé, comment vous dire, une sorte de soulagement.



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