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L’artiste, est décédé, samedi 2 mai 2020, à Paris à l’âge de 70 ans. Artiste et militant, Idir excellait dans les deux registres. Il chantait, il jouait, il parlait, il luttait. Culture et conscience vont de pair pour lui. Bohème et virtuose, homme de consensus mais inflexible sur les principes, il conciliait mouvement du cœur et de la raison dans une même quête de liberté et de raffinement artistique.

D'aucuns vous diront qu'avec lui, la chanson est loin d'être un art mineur. Voix, musiques, mélodies et paroles nous transportent au plus près de nous-mêmes, des nôtres et des autres. Ses chansons, radicalement humanistes, sont autant de vaisseaux qui lient le cœur ou le port de l'humanité avec la plus intime de nos vibrations ou le plus lointain de nos rêves. Quand on l'écoute on a envie de dire aux oiseaux de se taire et aux fontaines de suspendre leurs chants.


Ce grand artiste à la modestie écrasante savait nous traduire les joies et les peines dont nous sommes fait. Aussi, voir un de ses concerts est un pèlerinage de privilégié d'où l'on revient la Tête emplie de ces effluves mystérieux et insondables qui nous rappellent à l'essentiel. Par son talent qui l’élevait à la raison paisible du sage, il nous parlait de nos déboires, de nos combats avec une telle justesse que toute discordance avec son propos, se condamne au pire. En homme libre, il voguait sur les horizons, là où la mer a ses profondeurs, loin des récifs abruptes qui préparent aux naufrages comme un capitaine de navire qui assure son voyage pour mener sa mission jusqu'à bon port.

Hamid Cheriet de son vrai nom, ce petit villageois d'Ath Yenni eut à connaître les affres de la guerre sous la protection des bras d'une mère et d'une grand-mère qui le consolaient par des contes, des poèmes et des berceuses afin de conjurer ses frayeurs. C'est par cet héritage culturel et affectif qu' il devint Idir, le messager de nos émotions et de nos espoirs.


On dit bien que la voix est le premier instrument de l'homme, mais pour lui, il n'y avait d'instrument que sous l'exigence de la rigueur qui tend vers la perfection. Idir était un chanteur ou plutôt un chantre dont la voix éveille aux sensations originelles pour un envol vers les étoiles avec un seul viatique: la richesse de notre patrimoine.

Si, tvel, avendaïr, et derbouka côtoient la guitare, le piano et la batterie, ce n'est pas pour faire exotique, ni pour faire moderne, mais pour atteindre l'harmonie cosmique où se rencontrent l'âme d'un peuple et les pulsations de l'univers.


Chez lui, point de culte ni pour l'ancien ni pour le nouveau mais une synthèse en devenir qui relie le temps présent avec sa matrice afin que nulle dérive ne vienne transfigurer cette vérité qui nous recommande de rester nous-mêmes en allant de l'avant.

Ni le ciel qui nous couvre, ni la terre qui nous nourrit ne nous pardonneront, les nostalgies futures d'un monde qui nous perd, d'avoir trop oublié qui nous sommes. Idir nous le rappelait, nous metait en garde, avec sa poésie, sa musique et ses engagements citoyens.




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