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Voilà, j’aime l’Algérie des antihéros. Pas celle des slogans mais des petits mots, les mots qui coupent.

Tous mes amis le savent: j’adore l’Algérie. Pas celle des généraux, pas celle des héros canonisés par le FLN. Sur cette Algérie officielle, j’ai un regard humain et décalé, qui rejoint celui de Mahmoud Zemmouri dans le formidable «Les folles années du twist»: pendant que la résistance bat le plein, deux jeunes gaillards plaquent leurs cheveux avec de la gomina, apprennent à danser le twist… et ne pensent qu’à draguer les filles.

Voilà, j’aime l’Algérie des antihéros. Pas celle des slogans mais des petits mots, les mots qui coupent. L’Algérie du peuple, de la musique (d’une variété et d’une richesse exceptionnelle), celle des écrivains et des cinéastes, celle du foot aussi.

J’aime l’Algérie de la frustration, comme Merzak Allouache l’avait immortalisée dans l’inégalable «Omar Gatlato» : un homme débordant de testostérone mais incapable d’ouvrir la bouche devant celle qu’il aime.

Cette Algérie magnifique, blessée, frustrée, martyrisée, mais qui ne renonce jamais, cette Algérie universelle, c’est celle que j’aime. Parce qu’elle est irrésistible.

C’est cette Algérie que l’on peut voir dans le documentaire «Algérie mon amour», qui porte bien son titre. Ce film est une déclaration d’amour. Mais un amour contrarié, douloureux. Le documentaire de Mustapha Kessous, un journaliste de 40 ans, nous met la tête dans le seau. Son film est une plongée de 70 minutes dans les coulisses du Hirak qui a traversé le pays de bout en bout, avec cinq personnages, tous jeunes, tous assoiffés de liberté et pleins de vie, qui croquent la vie à pleines dents.

Ce film porté par l’énergie de la jeunesse, de la colère, et d’un immense désir de liberté et de vie, établit un parallèle avec les guerres passées de ce peuple et ses sacrifices qui ne se comptent plus (la guerre d’indépendance et la décennie noire, une trentaine d’années plus tard). Ça arrachera forcément une larme aux plus vieux parmi nous, et aux plus politisés. Parce que ce parallèle pose, in fine, la question: tout ça pour ça?

Mais le film s’adresse surtout à la jeunesse, et pas seulement algérienne. Les jeunes d’Alger, Oran ou Tizi Ouzou font écho à d’autres jeunes, de Casablanca au Caire en passant par Tunis ou Tripoli. Toute cette jeunesse arabe ou amazighe, ou les deux à la fois, dont le corps brûle de désir, mais qui ne rêve plus. Une jeunesse qui représente l’avenir, mais dans des pays tournés vers le passé, bloqués dans une Histoire mal digérée, fantasmée, idéalisée…

Film d’amour et de colère. Ode à la jeunesse, à la liberté du corps, à la libération des esprits. Ce film, il faut l’aimer, il faut encourager son auteur et sa formidable équipe, il faut les soutenir. Parce qu’ils sont l’objet d’une campagne de haine injuste et stupide. Une haine pathologique. Nous autres, habitants de la rive sud de la Méditerranée, avons toujours du mal quand on nous tend un miroir pour nous regarder.

Non, ce film ne nous représente pas, ce n’est pas nous, c’est de l’ingérence, du néocolonialisme (parce que le film a été financé et diffusé par une chaine de télévision française), de la pornographie (parce que des jeunes femmes passent ouvertement de sexe et de masturbation), etc. Pathétique!

Non, on connait la chanson. Alors passons… Merci à Kessous et à son équipe. Longue vie à ce film et à son souffle d’air frais, pur, qui traversera tout le Maghreb et le monde arabe. Inchallah!




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