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Le site web marocain, Média24, publie le témoignage saisissant de madame Tijania Fertat qui a séjourné dans un lieu aménagé pour les personnes déclarées positives au test du Coronavirus. Le récit parle d'une sorte de détention provisoire, sans soins ni contrôle médical, et aucune information pour les patients, les mettant dans une situation de crise psychologique avancée. Le Coronavirus 2020 est une opération sanitaire obscure qui n'a pas encore révélée tous ses secrets !

Média24 écrit : Bien sûr, il ne faut pas généraliser. Mais il n'est pas fréquent d'avoir, de l'intérieur, un témoignage aussi détaillé. Tijania Fertat, universitaire, ancienne directrice d'AREF, ex-membre du Conseil supérieur de l'Education, a entamé des carnets d'hospitalisation. Voici. Un témoignage crédible, qui suscite vraiment des interrogations.

Le Carnet de Tijania Fertat 
Les résultats des analyses sont tombés comme un couperet, le mardi vers huit heures du soir. A partir de ce moment, j'ai eu en continu des coups de fil de la part de plusieurs responsables de l'intérieur et de la déléguée de la santé. J'ai répondu à toutes les questions. Les mêmes, posées par plusieurs personnes successivement. Cela m'a fait plaisir. L'Etat s'intéresse à mon bien-être de citoyenne.

Le mardi, on m'a amenée au centre Sidi Yahya réservée aux "covidiens".

On m'achemine vers un grand et immense chapiteau. A l'entrée, plusieurs personnes réclament de parler à un responsable. Elles disent que rien ne se passe à l'intérieur et qu'elles ne font que dormir et manger.

Je suis entrée quand même. En tant qu'ancienne responsable, je connais "l'effet" de la foule, il faut s'assurer soi-même de ce qu'on dit.

J'ai dû traverser plusieurs couloirs pour arriver a la partie réservée aux femmes et m'installer dans un box individuel ce qui est une bonne chose.

Je vais me rendre compte très vite que les gens hospitalisés ne font que manger et dormir.

Le soir, on nous a donné à manger. Dans les sachets individuels qu'on nous a remis, l'essentiel y est, sauf pour moi en tant que diabétique.

Je comprends qu'il est difficile de gérer les cas spécifiques devant le nombre important des gens à soigner. J'ai pu quand-même manger une portion de fromage de la Vache qui rit. La même chose pour le petit-déjeuner. Je vais me rendre compte très vite que les gens hospitalisés ne font que manger et dormir. Aucun suivi médical telle que la surveillance de la température ou la tension. Rien. On vous fait un ECG (électro-cardiogramme) deux jours après votre arrivée.

Le chapiteau est immense, l'éclairage est commun et là c'est le calvaire; difficile, je veux dire impossible de dormir.

Dans ce chapiteau, les hommes et les femmes ne sont séparés que par des couloirs. Les hommes traversent la partie réservée au femmes pour aller aux toilettes ou aux douches. Et apparemment, cela ne pose de problème à personne. Femmes et hommes sont ici juste des malades.

En deux jours, nous ne voyons pas l'ombre d'un médecin ou d'un infirmier

L'éclairage, les téléphones, les femmes assises ou étendues par terre papotant, se plaignant tout le temps. L'inquiétude est générale. C'est l'enfer.

En deux jours, nous n'avons pas vu l'ombre d'un médecin ou d'un infirmier. Toutes ces femmes, jeunes, moins jeunes, âgées, toutes inquiètes, attendent le médicament miracle depuis quatre ou cinq jours.

Aucune explication, aucune information ne filtrent. Aucun responsable ne met le bout de son nez dans le chapiteau. Personne avec qui parler. Les covidiens sont fuis comme des pestiférés. C'est normal, le virus est très contagieux. Mais un médecin est censé se protéger pour aller vers le malade.

Il fait chaud dans le chapiteau. Les gens attendent. J'essaie de m'informer. Il faut attendre. Mon angoisse commence à prendre des proportions qui semblent m'échapper. Je commence à prendre des contacts pour qu'on intervienne pour être informée sur mon état.

Ma première pensée : je vais mourir si on ne me donne pas rapidement le traitement. Ayant pas mal de maladies chroniques, ma santé va certainement se dégrader très vite.

Vers la fin de la journée, un monsieur qui a gros ventre portant T-shirt à rayures et un long caleçon montrant des jambes arquées qui semblent souffrir sous le poids de sa bedaine, arrive avec un gros carton plein de petits sachets où il semble qu'il y ait des médicaments. Les femmes, comme un essaim d'abeilles, se sont abattues sur le carton.
Face à un désordre incroyable, on demande aux femmes de remettre les sachets dans le carton. Un para-médical criait de loin sans s'approcher demandant de rendre les sachets. J'étais très fatiguée pour essayer de comprendre. Je me suis retirée dans mon box. On a distribué le dîner qui était correct. Mais pour moi, diabétique, il n'y avait rien à manger. Et je n'avais pas envie de manger.

Sentiment d'impuissance: je ne peux même pas m'enfuir, tous les issues sont gardées

J'ai eu des responsables qui m'ont téléphoné qui m'ont promis que le nécessaire sera fait le lendemain. Mais dans ma tête, l'ECG et les analyses ne peuvent attendre. Le temps de la maladie n'est pas le notre. La contagion est galopante. Toute intervention doit être rapide. Sentiment d'impuissance. Je ne peux même pas m'enfuir. Tout est verrouillé et tous les accès sont gardés.

Je me mets à écouter mon corps à chercher les symptômes dans ma respiration, dans les mouvements de mon corps.. ans ma voix qui devenue rauque.

J'avais un souci majeur. Que deviendra mon fils Youssef si je meurs? Un garçon de 27 ans mais qui a plein de problèmes... Il est mon fils adoptif, il n'a pas le droit de jouir de mes biens. Comment faire? J'ai écrit une sorte de testament que j'ai envoyé par WhatsApp à mon grand frère. Qui, touché, me répond que mon message lui a donné froid au dos.

J'étais tellement épuisée que j'ai dû dormir profondément.

On me téléphone à 2h00 du matin pour m'annoncer un déménagement des femmes vers un pavillon qui leur sera réservé.

Déménager à 2h du matin! ce n'est pas possible, je dois rêver.

Je me rend compte que les femmes étaient toutes parties. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ramasser mes affaires. Je devais traîner une valise, un sac de voyage, un sac à main, une trousse de médicaments. J'ai tourné en rond. Il n'y avait personne pour m'indiquer où sont allées les femmes. Je téléphone au numéro qui m'a réveillée. Il n'est pas arrivé à me guider parce que je n'arrivais pas à me situer dans le chapiteau. Finalement, un jeune homme me guide vers la porte par laquelle j'étais entrée quand je suis arrivée au centre.

Et là, un agent a juré ne pas me laisser rejoindre les femmes. Je ne comprends pas pourquoi. Je devais avoir une tête de mort. J'ai essayé de lui expliquer la situation. Il ne veut rien savoir. Il se trouve que Monsieur n'a pas été mis au courant que moi aussi je devais déménager. Il a juré par tous les dieux qu'il ne me laissera partir que si le monsieur qui m'a téléphoné pour déménager vient lui-même le lui dire. J'ai téléphoné à mon "réveilleur" en mettant le haut-parleur ce dernier lui donné l'ordre de m'accompagner. Ce cher Monsieur qui a exercé sur moi son pouvoir s'est dégonflé comme un paon. Et m'a orientée avec mes bagages lourds qui contenaient aussi des livres.

3 heures du matin. Les femmes excitées n'étaient pas prêtes à dormir. L'essentiel, c'est que l'éclairage n'était pas puissant. Et le bavardage des femmes recommence. Comme un bourdonnement qui ne m'a pas empêchée de dormir.
L'auteur de ce témoignage accablant s'est rétracté, sous prétexte que ses propos ont été mal interprétés !!! Dénoncer les erreurs d'un système défaillant et s'exprimer  librement sont encore un sujet tabou au Maroc.
"J'ai essayé dans deux petits textes de partager l'expérience d'un séjour particulier dans des centres de traitement du Covid-19. Ces textes ont été relayés par la presse électronique qui tire des conclusions qui ne sont pas miennes.
"Si la situation n'est pas une des meilleures au centre de Sidi Yahya, ce n'est pas le cas à l'hôpital public Moulay Abdellah à Salé où j'ai été transférée. Un hôpital aux normes internationales. Des chambres équipées, la désinfection se fait chaque jour dans les chambres et les couloirs. Les médecins communiquent avec vous par téléphone. On vous fait un bilan sanguin et un ECG. Suite à cela, vous avez votre traitement.
"Pourquoi ce témoignage? Je voulais communiquer mon expérience pour que ceux qui la lisent ne baissent jamais leur vigilance.
"La situation est grave. Le nombre des contaminés explose. Parlant du centre de Sidi Yahya, il a y plus de 800 patients. Combien faut-il de médecins et d'infirmiers rien que pour ce centre? La pandémie dépasse nos capacités matérielles et en ressources humaines spécialisées. Notre système de santé connaît de gros problèmes, je ne dis rien de nouveau. La santé publique doit continuer à faire partie des fonctions régaliennes. Réhabiliter, réformer, renforcer le système de santé est une priorité. Bien rémunérer le personnel de la santé est une nécessité.
"Mais face à ce virus, nous devons tout un chacun non seulement nous prendre en charge mais respecter les consignes. Rester chez soi doit être une règle à respecter sans faille.
"Comme tout le monde, je pense que la décision de fêter l'aid elkbir a été une erreur. J'ai respecté les consignes a la lettre mais j'ai fléchi pour la fête et rassemblé chez moi mes soeurs et mon grand frère. On se retrouve maintenant face à une situation dramatique. Khalifa, un enfant handicapé totalement dépendant, a été contaminé. Comment soigner cet enfant, comment l'isoler? Il ne peut ni manger, ni marcher ni dormir ni bouger seul. Il n'y a aucune structure médicale dédiée aux personnes à besoins spécifiques
"Est-ce que ce comportement de notre part n'est pas de l'inconscience? C'est vrai que la situation au centre de Sidi Yahya est complexe, difficile à vivre et à gérer. La communication autour du processus du traitement est inexistante, mais notre comportement individuel peut contribuer à stopper l'avancée galopante du virus ou à l'amplifier."



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