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Interview exclusive de Charles Saint-Prot, directeur général de l'Observatoire d'études géopolitiques, à l'hebdo tunisien L'Expert du 17 septembre.

L'Expert : Le problème du Sahara occidental reste la gangrène qui empêche toute forme de stabilité ou développement dans la région. N’est-il pas grand temps d’entamer de vraies négociations pour aboutir à une solution définitive ?

Charles Saint-Prot : Il faut en revenir à la genèse du conflit sur le Sahara marocain. C’est un conflit artificiel créé de toutes pièces par le régime algérien et le bloc communiste au milieu des années 1970. De fait, le Sahara marocain (Seguiet el Hamra et Oued el Dahab) aurait dû revenir naturellement au sein de la mère- patrie marocaine après le départ des colonisateurs espagnols qui a suivi la Marche verte de novembre 1975 et marqué la fin de la colonisation. C’est à ce moment que l’Algérie et le bloc communiste ont lancé le groupe séparatiste Polisario qui ne s’est d’ailleurs jamais vu reconnaître le statut de mouve- ment de libération nationale – ce qui est bien normal puisqu’il n’a pas participé à la lutte contre l’occupant espagnol et qu’il n’est qu’un simple pantin du régime algérien. Il est donc clair que le conflit ne dépend que du régime algérien qui l’alimente d’une manière artificielle et très onéreuse. Il n’y a plus que quelques États voyous (Corée du nord, Zimbabwe, Venezuela, régime syrien…) qui adhèrent à ce projet insensé. Dans ces conditions il est temps que le régime algérien reconsidère son obsession anti-marocaine et s’oriente vers la cessation du soutien à un complot séparatiste. Hélas il n’en prend pas le chemin comme l’atteste la position du président algérien et il convient désormais que la communauté internationale fasse des pressions fortes sur Alger pour mettre un terme à une crise qui n’est que le résidu de la guerre froide. À vrai dire Alger doit comprendre qu’on ne fonde pas une diplomatie sur la haine.
Ce qui manque est un grand Maghreb arabe coopérant largement dans le cadre d’un marché intégré
Une des victimes du différend algéro-marocain est certainement la Libye alors qu’il faudrait une position commune des pays du Maghreb, pour éviter que ce pays ne soit une proie entre les mains de puissances internationales.

Les récentes déclarations du ministre algérien des affaires étrangères à une journaliste algérienne sur France 24 Pour ce qui concerne la crise libyenne, nota ment de pays qui ne sont pas méditerranéens. Là encore, le régime algérien porte une responsabilité historique écrasante alors que des États plus sages, comme le Tunisie ou le Maroc, déploient beaucoup d’efforts pour trouver une solution à la crise.

En tout cas, comme l’a souligné le ministre marocain des affaires étrangères M. Bourita, la réunion de Bouznika (6 au 10 septembre) confirme que les Libyens ont simplement besoin d’honnêtes facilitateurs du dialogue et sont capables de ré- soudre leurs problèmes sans tutelle ni influence
Il appartient aux grandes nations d’avoir leur propre diplomatie
Revenons à la récente rencontre inter-libyenne au Maroc, pensez-vous que si jamais un accord est conclu il sera mis en application rapidement et sans entraves.

Les discussions inter-libyennes ont progressé. D’ailleurs l’Union africaine, l’Union européenne, la France, les États-Unis, de nombreux pays d’Amérique latine ou la Turquie ont salué la tenue de cette réunion, et le rôle positif du Maroc pour enclencher un processus dans la ligne de l’accord de Shkirat de 2015 et sous l’égide des Nations-Unies. Les avancées sont considérables. Les délégations du Haut Conseil d’État libyen (Tripoli) et du parlement de Tobrouk ont annoncé qu’elles sont parvenues à un accord global sur les critères et les mécanismes transparents et objectifs pour occuper les postes de souveraineté. Les deux parties ont également convenu de pour- suivre ce dialogue et de se re trouver à la fin du mois pour permettre l’activation de cet accord qui devrait bénéficier du soutien d’une large partie de la communauté internationale
L’aveuglement du régime algérien est véritablement fossilisé dans une pensée de type soviétique
L’Union européenne, à l’image des pays du Maghreb, n’a pas eu une position commune ce qui est considéré comme un cadeau pour la Russie, les Émirats arabes unis et d’autres…

Il faut redire ici que l’Union européenne sans âme et sans consistance, simple cache- sexe de l’hégémonie allemande, n’a pas de diplomatie et c’est heureux. . En Libye, l’’enjeu est de fonder un État fort dans l’intérêt des Libyens et de toute la région car le monde a besoin d’un État stable en Libye. Il serait souhaitable que la France, principale puissance de la Méditerranée, ait enfin une ligne claire sur la question libyenne au lieu de se livrer à des gesticulations anti- turques qui sont jugée comme ridicules par les puissances. Pour être franc, je me demande si Emmanuel Macron a de bons conseillers diplomatiques autour de lui. Bien entendu, le vide laissé par les puissances européennes est exploité par d’autres.
Il est indéniable que la faiblesse du Maghreb favorise le jeu trouble des interventions étrangères
Les relations Tunis-Rabat ont toujours été au beau fixe mais chaque pays ne se trouve-t-il pas affaibli du fait que le Maghreb ne traite pas en bloc ?

Les relations entre la Tunisie et le Maroc sont excellentes parce que se sont deux pays sérieux, compétents et sages. Certes, il peut y avoir, sur certains points, une concurrence économique mais cela peut être surmonté. En réalité, Là encore, on voit bien que la responsabilité du régime algérien est énorme car c’est lui et lui seul – qui bloque la coopération maghrébine. On peut même se demander si l’affaire factice du Sahara marocain n’est pas un prétexte pour les dirigeants algériens qui sont hostiles à un grand marché, avec des règles de droit et une transparence qui mettraient au grand jour leur corruption et la nature véritable- ment soviétique de leur système.
L’Union européenne est le simple cache-sexe de l’hégémonie allemande.
Quel serait votre mot de la fin ?

Je pense qu’il faut être convaincu que la crise sanitaire fait que rien ne doit plus être comme avant. Il faut en finir avec le mythe de la Chine usine du monde et l’utopie de la « mondialisation heureuse ». Il faut relocaliser les secteurs stratégiques et rapprocher les autres secteurs de production. Cela laisse Finalement, l’avenir n’est peut-être pas si sombre…

A.B.H (L'Expert / Edition du 17 Sept 2020)


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