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Les Émirats arabes unis auraient gagné à nuancer leur soutien à Emmanuel Macron Il est surtout notable que l’entretien du ministre des affaires étrangères émirien, Anwar Gargash, à un journal allemand, Die Welt, ne va pas au fond des choses. Ce dirigeant affirme que « les musulmans doivent mieux s'intégrer et l'État français est en droit de chercher des moyens d'y parvenir tout en luttant contre le radicalisme et l'enfermement communautaire ». L'État français est en droit de lutter contre le radicalisme et l'enfermement communautaire. Tout le monde est d’accord sur ce point mais ce n’est pas le sujet. 

Quel est le sujet ? Le philosophe et ancien ministre de l’enseignement Luc Ferry aborde clairement le fond du problème. Il a déclaré le 2 octobre : « La liberté d’expression ne consiste pas à insulter les autres. On n’est pas obligé de montrer des caricatures qui sont à la limite de la pornographie et qui sont ignobles. ». Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait dit la même chose en déclarant, le 30 octobre, que « la liberté d’expression n’est pas sans limites » et qu’il faut être « conscients de l’impact de nos mots ». 

Dans ces conditions, il faut se garder de dresser un camp contre un autre, celui de la « laïcité totale » contre les croyants quelle que soit leur religion – musulmane, chrétienne ou juive- car cela revient à attiser les haines et à favoriser un climat de guerre civile entre croyants et incroyants. 

Par ailleurs, je ne suis pas sûr que dans le contexte actuel, notamment le rapprochement d’Abou Dhabi et de Tel Aviv, le soutien des Émirats arabes unis soit une bonne chose pour Macron et, surtout, pour les relations franco-arabes et franco-musulmanes. Pays sans population et sans opinion publique, les Émirats ont pu opérer un rapprochement avec Israël ou ignorer la colère des musulmans contre certaines caricatures, ils ont besoin d’allié, c’est ce qui explique leur soutien au gouvernement français. 

Quand à parler de récupération politique par Recep Tayyip Erdogan comme le fait le ministre émirien, c’est un peu court et l’on peut se demander s’il n’y a pas une autre récupération politique par Macron à des fins électoralistes, et de la part des Émirats arabes unis qui sont viscéralement contre M. Erdogan 

Dr Charles Saint-Prot
Directeur général de l'Observatoire d'études géopolitiques Paris




 
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