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Que doit-on absolument maîtriser en politique ? Ne rien décider tout en donnant l’illusion de l’action : différer l’urgence, contourner les obstacles, ne se fâcher avec personne, consulter à l’infini, subventionner sans réformer, créer de la complexité, créer puis consulter les commissions supérieures. Enseigner l’art ultime de ne pas prendre de décision en laissant une trace dans l’Histoire,

Enseigner l'art ultime de ne pas prendre de décision en laissant une trace dans l'Histoire, tel est l'objet de ce petit ouvrage qui livre clés en main techniques et conseils pratiques à nos dirigeants. Le lecteur pourra s'entraîner avec des travaux dirigés (tracts pré-rédigés, sondages multiusages, clichés et platitudes prêtes pour tout discours) et jouer avec ses amis au Jeu de la non-décision. Pierre Conesa, énarque et agrégé d’histoire

Pour résumer L’art de la non-décision, Pierre Conesa propose un jeu de l'oie. Le but est de faire toute une législature sans avoir été obligé de réformer (pour éviter les mécontentements donc être réélu) avec quatre acteurs principaux : le gouvernement, l'opposition, les syndicats et Bruxelles. Si un éditeur de jeux veut s'y coller, par ces temps-ci, ça devrait le faire…


En politique le ridicule ne tue pas, seule la réforme est létale
Il faut par conséquent apprendre à ne pas décider tout ayant l’air de le faire, un peu comme l’équipe de tennismen de Blow Up qui, au long du film d’Antonioni, mime une partie de tennis sans balle ni raquette, à laquelle le héros finit par participer. Apprendre l’art suprême de la non-décision en laissant une trace dans l’histoire, tel est l’objet de ce petit ouvrage qui livre clés en main les techniques à connaître pour donner l’illusion de l’action sans jamais rien décider. Le lecteur pourra s’entraîner à l’aide d’exercices pratiques en fin d’ouvrage et jouer avec ses amis au Jeu de la non-décision.

Le réformateur véritable est une sorte de Zébulon immaîtrisable et perturbateur car ses idées, projets et propositions font peser des menaces sur son propre camp. Toute action est un risque, et une réforme annoncée ou mise en œuvre peut faire perdre les élections. Or les démocraties sont (heureusement ou malheureusement) toujours en période préélectorale. Il faut donc empêcher le réformateur d’agir.

Se débarrasser de lui en l’embaumant de son vivant reste la meilleure des solutions, comme le firent par le passé les radicaux avec Mendès France, la droite avec Barre, le Parti socialiste avec Rocard ou Chevènement, et plus généralement les parlementaires survivants de la IIIe République, unis contre de Gaulle en 1946. Rien n’empêche, une fois la momification accomplie, de le ressortir pour lui demander ses souvenirs et ses idées, telle l’araignée suçant sa proie à mesure de ses besoins. Si la chose est bien faite, le come-back du réformateur devient extrêmement rare, voire quasi impossible.

Mieux vaut ne se fâcher avec personne
Les belles carrières politiques se construisent sur de multiples élections, la survie passe par une relation aussi affectueuse et consensuelle que possible avec les électeurs. Toute mesure d’économie d’argent public crée des insatisfaits, toute subvention fait adhérer un groupe précis sans détacher le reste des soutiens surtout s’ils ignorent qu’ils doivent en payer la facture. Les catégories sociales affectées par une réforme générant des économies globales seront toujours plus mobilisées et actives que la population qui bénéficiera, mais très indirectement, des effets de cette réforme. Dans le monde des affaires, l’esprit de décision est une condition du succès ; en politique, la non-décision est une condition de la survie.

La subvention est la plus belle invention de l’homme politique 
Peu importe la dette. Un emprunt local, national ou international est toujours moins visible qu’une hausse d’impôts critiquable par nature. L’insondable dette publique française s’est creusée sur des discours de fermeté et d’austérité de toutes les équipes politiques depuis trente ans. «Nous allons dans le mur !» annonçait déjà Jean Peyrelevade à Pierre Mauroy en 1983. Tous les efforts se sont unis afin de faire reculer le mur, pas pour freiner l’élan suicidaire.

Tant qu’il est biologiquement vivant, un homme politique est éligible
En France les vaincus ne disparaissent pas, à la différence d’autres grandes démocraties où celui qui a conduit son parti à la défaite présente sa démission. Chez nous, un leader battu peut toujours espérer accéder aux plus hautes fonctions : Mitterrand, plusieurs fois perdant, finit par devenir président ; Chirac, après avoir tué ses alliés, ses concurrents directs de la droite et avoir lui aussi perdu plusieurs élections, connaît le même sort favorable. Gloire aux vaincus ! 

La réforme crée des inimitiés durables
Beaucoup plus que les défaites successives, la condamnation pour corruption, la gabegie de l’argent public ou le mensonge, la réforme est la tâche la plus indélébile de l’homme politique. Tout homme politique accusé de corruption est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit réélu ! Pierre Bédier, condamné pour corruption passive à six ans d’inéligibilité en 2006, a été réélu conseiller général des Yvelines en 2013.

Mouillot à Cannes, Balkany à Levallois, Mellick à Béthune... tous les maires poursuivis ou condamnés par la justice ont été réélus quelques années à peine après leur condamnation. Gaston Flosse, l’homme politique le plus condamné de la Ve République, a lui aussi retrouvé en 2013 son siège de président de la Polynésie française.

Jacques Chirac, qui comme maire de Paris dépensait un SMIC par jour pour ses frais de représentation, a accédé à la présidence de la République alors qu’une enquête sur des emplois fictifs à la mairie de Paris était engagée contre lui. Dix-huit ans après les faits, il échappe à toute condamnation pour raison de santé. Jean Tiberi, député-maire du Ve arrondissement de Paris, a été suspecté à partir de 1997 d’avoir organisé depuis 1989 un système de fraude électorale. Plusieurs fois condamné, il est toujours en bonne santé et en activité dix-sept ans plus tard du fait de l’habileté procédurière de ses avocats.

Mitterrand, auteur du livre Le Coup d’État permanent, pour expliquer la lecture qu’il donnait à la Constitution présidentielle de la Ve République voulue par le général de Gaulle en 1958, est devenu, sans relire son ouvrage, président donc «dictateur». Georges Marchais, ancien volontaire du STO durant l’Occupation, dirigea de longues années le Parti communiste français, «parti de la Résistance». Accessoirement, il donnait des leçons aux autres hommes politiques français sur la justice et la liberté menacées (en France, pas en URSS).




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