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De plus en plus de familles syriennes marient leurs filles très jeunes, selon un nouveau rapport de l’ONG internationale CARE. En Jordanie, le pourcentage de mariages de filles réfugiées syriennes, âgées de 15 à 17 ans, a triplé depuis 2011. 

Violences, abus sexuels, arrêt de la scolarité, grossesses précoces… les répercussions sont nombreuses et mettent en danger la vie de ces jeunes filles, alerte CARE.

Pour beaucoup de jeunes filles réfugiées syriennes, il n’y a qu’un pas entre les jeux de poupée et la charge d’un nouveau-né. Lorsque Bidool et sa famille ont fui en Jordanie en 2012, ses parents n’avaient pas les moyens de l’envoyer à l’école. Bidool avait 13 ans lorsqu’elle a été mariée à un homme de 27 ans. Aujourd’hui âgée de 14 ans, Bidool est mère d’un nouveau-né.

Si les mariages précoces étaient déjà relativement répandus en Syrie*, le conflit syrien a favorisé l’augmentation de cette pratique. En Jordanie, le nombre de mariées syriennes de moins de 18 ans** a triplé en 4 ans : en 2011, les filles de 15 à 17 ans représentaient 12% des mariées syriennes en Jordanie ; en 2013, elles étaient 25% ; début 2014, 32 %***. La situation est la même au Liban et en Turquie. Et la moitié de ces jeunes filles sont mariées à des hommes qui ont au moins 10 ans de plus.

« La précarité croissante des réfugiés syriens incite certaines familles à marier leur fille jeune adolescente pour avoir moins de bouches à nourrir. En Jordanie, près 70% des réfugiés syriens vivent désormais sous le seuil de pauvreté local, selon une récente étude de CARE****. Mais la plupart du temps, les familles syriennes pensent à tort qu’un mariage est la meilleure façon de protéger leurs filles, notamment des abus sexuels », explique Philippe Lévêque, directeur de l’ONG CARE France.

« Or, les mariages précoces exposent au viol domestique et aux agressions physiques. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cette forme d’esclavage sexuel. Ils mettent également en danger la vie de ces jeunes filles qui deviennent mères bien trop jeunes. La grossesse et l’accouchement sont la deuxième cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans dans le monde », alerte Philippe Lévêque.

Ces mariages précoces vulnérabilisent les jeunes filles syriennes. Ainsi en Turquie, où l’âge légal du mariage est de 18 ans, les filles syriennes mariées de force n’ont aucun recours légal. Celles rejetées par leur mari sont isolées socialement et ont peu de chance de se remarier car n’étant plus vierges. La plupart des enfants nés de ces unions illégales ne seraient pas déclarés et n’ont donc pas d’identité légale. Cela réduit leurs possibilités d’accéder à des services de base comme à une éducation.

Il est essentiel que les organismes humanitaires accroissent leurs efforts en matière de prévention, soutient CARE. L’expérience des équipes terrain de CARE a démontré que la mise en place d’actions de sensibilisation permet aux parents de mieux comprendre les risques d’un mariage précoce et donc d’en réduire le nombre.

Les mariages précoces dans le monde :

Chaque jour, près de 39 000 filles sont mariées de force, soit environ une fille toutes les deux secondes. Plus de 140 millions de filles seront victimes de mariages forcés d’ici 2020.

·Notes aux rédactions :
· Pour lire le rapport« To protect her honour » réalisé par l’ONG CARE : CARE Gender and Protection in Humanitarian Contexts Critical Issues
· *Avant le conflit syrien, 17,7% des filles étaient mariées avant leur 18 ans.
** L’âge légal du mariage en Jordanie est de 18 ans, mais des autorisations spéciales peuvent être obtenues pour des filles âgées de 15 ans.
*** Chiffres recueillis par l’UNICEF « A study on early marriage in Jordan 2014 » : UNICEFJordan_EarlyMarriageStudy2014-E_COPY
**** Ce chiffre est issu du rapport « Five years into exile » réalisé par les équipes de CARE en Jordanie en juin 2015 : 4980,CARE-Five-Years-into-Exile-exec-sum


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