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"Je suis Babouillec très déclarée sans paroles". La jeune femme, autiste, s’exprime grâce à l’écriture. Sans que l’on sache quand, ni comment, elle a appris à lire et à écrire. Magnifique !

France Culture


Les poètes interrogent la parole d’avant les mots. Souvent. Et voilà, chrysalide contrariée, notre Hélène contenant des mots d’avant la parole, sa faim première les faisant apparaître lettres par lettres, grimace dans l’effort ou sourire dans l’intention : «L’écriture jaillit par intempérance, goutte à goutte du fond poétique de l'ivresse des mots.» (Babouillec) 

Décrire un phénomène n’en retire pas la poésie, vous assistez à un arc en ciel en plein jour de nuit, mettons sur fond d’aurore boréale, ça peut exister sans doute, mais cette fois l’arc en ciel prend en main les explications physiques de sa venue, jubilant de la stupéfaction qu’il engendre, il joue avec les richesses les chatoyances du langage et l’or des sonorités, il mobilise les images et les allusions, les cadences, les scansions. 

Et voilà l’esprit poète, esprit frappeur et poète, frappeur d’existence enfouie hurlante de vie. Ce n’est pas facile d’écrire quand on est arc en ciel, mais en même temps on a dix fois plus de raisons de le faire que n’importe qui. Le faire poétiquement aujourd’hui est une tentative de sens, un geste d’organisation, un témoignage chez Babouillec de l’ébullition intérieure et de la force des mots.

"J'ai raté la maternelle et toutes mes chances d'être une championne sur les bancs d'écoles."



C’est ce début perpétuel, cette aurore des choses qu’interroge Babouillec. Ce qu’interprète notre oeil lecteur sidéré, c’est ce triomphe et notre vacillement qu’elle manœuvre comme un tambour insistant, nous disons qu’elle en est aux roulements de base mais déjà les mots mitraillent, ce sont des projectiles, des couteaux de parade, qui vrillent notre écoute. "Relisez moi - écoutez hurle sa main fébrile. Voyez comme déjà ça cumule. Et ça vous menace !
Je suis arrivée dans ce jeu de quilles comme un boulet de canon, tête la première, pas de corps aligné, des neurones survoltés, une euphorie sensorielle sans limites.
«Je suis une enfant du ventre de ce monde où la poésie s'enterre vivante. Je suis une enfant en errance dans ce monde peuplé de certitudes»


Le metteur en scène Pierre Meunier approche des phrases et du système Babouillec avec poésie, c’est à dire qu’il nous donne à voir des images, renonce à la chronologie didactique, éparpille, bruisse et s’approche sans cesse du générateur « mots", jusqu’à créer la panne, le noir, le black out originel. Il transmet les messages éponymes de Babouillec autant qu’il transcrit les chocs qu’elle génère. Il la situe très loin dans l’espace temps, nous interroge du coup sur notre gravité et finalement nous en approche à travers tous les obstacles. Si Babouillec nous cherche, alors là, elle nous trouve, là franchement !
Bling Blang. Tout s'agite. Tout indicateur décodeur, unilatéral brouille l'axe central surfant sur mon système nerveux.
Sortons les handicapés dans la rue et faisons une grande fresque vivante. Nous ne sommes pas des anges, la preuve, nous n'avons pas deux ailes pour fuir ce monde hostile.



Deux citations de Rousseau, discours sur l’inégalité
(…) nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons de jouir, et il n’est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n’aurait ni désirs ni craintes se donnerait la peine de raisonner.
…. On ne commença pas par raisonner mais par sentir. D'abord on ne parla qu'en poésie, on ne s'avisa de raisonner que longtemps après.
Babouillec cerne la vie possible, vive en poésie.
Je suis née un jour de neige dans le blanc de la raison, sans amour et sans haine à perdre la raison, dans le paradis blanc des illusions de l'éternelle innocence.
Textes extraits de: Algorithme éponyme
BABOUILLEC et autres textes édition Rivages

Jacques Bonnaffé lit la poésie 
Intervenant : Jacques Bonnaffé, acteur et metteur en scène
France Culture



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