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Ce poème est conçu sous la forme d’une interrogation oratoire que l’auteur a répété six fois, dans le but de soutenir une idée principale (l’énoncé interrogatif « Que peuvent les mots nus » vise à affirmer que les mots ne peuvent pas). Mohamed Salah Ben Amor

Les Mots nus Par Mustapha Saha
Que peuvent les mots nus quand sonnent les clairons
Quand s’éclipse la lune au rythme des alarmes
Quand s’endeuillent les clowns et les joyeux lurons
Quand s’abreuve l’amour aux collecteurs de larmes

Que peuvent les mots nus quand s’embrasent les tours
Quand voltigent les corps comme fétus de paille
Quand s’invite la bourse au festin des vautours
Quand s’unit la canaille aux funestes ripailles

Que peuvent les mots nus quand rodent les vampires
Quand traînent dans la boue les âmes sans ressort
Quand s’écroule d’un coup l’invulnérable empire
Quand s’arment les enfants pour conjurer le sort

Que peuvent les mots nus quand s’extirpent les lombes
Quand germe la guerre dans les mares d’or noir
Quand tombe au petit jour la dernière colombe
Quand spéculent sur l’art les affreux tamanoirs

Que peuvent les mots nus quand meurent les sirènes
Quand flambent les cités pour un bout d’oriflamme
Quand s’écrit la gloire dans le sang des arènes
Quand s’enfuient les serpents des ziggourats en flammes

Que peuvent les mots nus quand pleuvent les missiles
Quand s’ébattent les chiens dans les maisons sans porte
Quand crache la terre ses ténébreux fossiles
Que peuvent les mots nus que le vent de sable emporte
Commentaire de Mohamed Salah Ben Amor
Ce poème est conçu sous la forme d’une interrogation oratoire que l’auteur a répété six fois, dans le but de soutenir une idée principale (l’énoncé interrogatif « Que peuvent les mots nus » vise à affirmer que les mots ne peuvent pas). Et cette idée qui constitue l’axe du poème est le sentiment d’impuissance que ressent le manieur de mots en général (poète, écrivain, philosophe, journaliste…etc.), devant le mal commis par l’homme dans le monde ,ce qui est , certes, un sujet assez récurrent en poésie mais il reste toujours d’actualité, en raison des désastres et des malheurs que ce mal continue de provoquer dans presque tous les coins de la planète (guerres, terrorisme, despotisme, escroquerie, exploitation, racisme, corruption…).

Cependant, les gens de plume n’adoptent pas la même attitude vis-à-vis de ce phénomène .En effet, si l’auteur du poème ci-présent trouve le Verbe totalement inefficace ( « Que peuvent les mots nus que le vent de sable emporte ? »), d’autres dont les futuristes à l’instar du russe Maïakovski (1893 -1930) et les romantiques comme le tunisien Aboulkacem Chebbi (1909 – 1934 ) croient dur comme fer au pouvoir des mots, non au moment présent mais à l’avenir .Chebbi, à titre d’exemple, dit à ce sujet, s’adressant au colonisateur de son pays :
Ö tyran despote ! Ami de l’obscurité et ennemi de la vie !
Tu seras entrainé par le torrent, le torrent du sang
Et dévoré par la tempête déchaînée
Une troisième catégorie dont notre ami le poète sénégalais Assane Jung, bien qu’elle partage l’idée de l’auteur de ce poème dans la réalité, elle se laisse, en revanche, entraîner dans des rêveries ou derrière des souhaits irréalisables qui lui permettent de vivre la réalisation de leurs discours dans une sorte d’illusion compensatrice. 
Jeng dit à ce propos :
Si ma plume
Pouvait changer le monde,
Je composerais des vers si dévastateurs
Que la misère ne serait qu’un vaste désert de poussière
Esclave d’un vent intransigeant
Que mon souffle rauque engendrerait, dissipant
Les moindres atomes miséreux dans les eaux bénies.
Stylistiquement, deux procédés essentiels ont été mis en œuvre dans le poème "Les Mots nus" de Mustapha Saha : l’accumulation et l’amplification , la première a servi à multiplier les images illustrant la situation cauchemardesque qui prévaut dans le monde et la seconde à l’obscurcir au plus haut point, ce qui a eu pour effet d’imprégner le discours du locuteur d’une forte charge émotive de nature à susciter l’horrification du lecteur et son indignation et constituer ainsi une réfutation indirecte de la thèse du poète, du fait que ses mots dans ce poème ne sont pas de nature à laisser les lecteurs indifférents et qu’ils peuvent rallier beaucoup d’entre eux à son opinion. Mohamed Sala Ben Amor

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