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Qui, parmi les citoyens marocains, de l'intérieur du pays où de l'extérieur, n'a pas été choqué et ne s'est pas senti insulté et offensé par la scandaleuse couverture du numéro 2955 du magazine français «Jeune Afrique» basé à Paris, datant du 28 août au 3 septembre 2017, mettant en gros plan les images de 10 terroristes autour de l'étoile du drapeau marocain sur fond rouge et vert, en précisant au-dessous du mot "terrorisme" : «Born in Morocco» !? 

«Born in Morocco» : Deux interprétations simultanées

D'abord, pourquoi au lieu de choisir comme titre « Born in Morocco », on n'a pas mis "radicalisés en Europe" ? Visiblement, le choix n'est pas innocent, car cette option, plus proche de la réalité, n'aurait pas permis d'arriver à l'objectif escompté. En second lieu, curieuse et bien cynique façon pour un périodique paraissant en français, qui se veut de plus, un chantre de la francophonie, d'utiliser ce titre en anglais ! Mais l'usage est voulu et n'est pas neutre. Par calcul machiavélique, on cherche à gagner sur deux tableaux à la fois. 

Certes, en reprenant la formule utilisée ultérieurement par le rédacteur en chef de « Jeune Afrique » (François Soudan) pour se défendre, « il ne nous a pas échappé » que la couverture en question n'a pas mis "made in Morocco" en dessous de terrorisme, c'est à dire "terrorisme fabriqué au Maroc", mais nous lui rétorquerons que lorsqu'on écrit "Terrorisme" et en dessous "Born in Morocco", le champ de l'amalgame est élargi. 

La traduction en français de "Born in Morocco" dépend de qui est visé ou concerné en la matière. Ne voulant pas mettre l'accent sur le fait que les causes réelles de l'attentat terroriste de Barcelone sont liées à la question du contexte et du lieu de la radicalisation, les auteurs de la couverture ont opté pour la formulation en anglais qui permet en effet de la traduire de deux manières, offrant ainsi la possibilité de gagner en termes de stigmatisation : soit terrorisme né au Maroc, soit terroristes nés au Maroc, soit les deux à la fois, en faisant croire que l'origine du terrorisme se trouve en terre marocaine et qu'en même temps, dans leur majorité, les terroristes sont nés au Maroc. Mais reconnaissons qu'avec cette démarche fourbe et machiavélique, on laisse tout de même le choix aux lecteurs entre la peste et le choléra...

Toujours est-il que ceci a été bien réfléchi et prémédité pour dénigrer au maximum le Maroc, avec la volonté manifeste et délibérée de nuire à son image de marque par des raccourcis simplistes et réducteurs, en le présentant comme un terreau de violence, de haine, de cruauté, de barbarie, comme un foyer dangereux du terrorisme, un pays ayant une marque de fabrique de terroristes. 

Le parti pris est flagrant. L'intention de porter atteinte à la crédibilité du Maroc est perceptible. Elle est bien née d'une mauvaise intention, et il n'y a pas lieu, comme argument de défense utilisé par certains, de mettre en parallèle certains numéros où le magazine français paraissait "bienveillant" envers le Maroc. On ne demande pas d'ailleurs de complaisance, mais des informations fiables ainsi que des analyses équilibrées et honnêtes. 

Comme pour anticiper les critiques qui allaient venir, les stratèges -concepteurs de la couverture ont ajouté en tout petits caractères que l'on ne peut découvrir qu'avec une loupe : " radicalisés en Europe", mais en faisant précéder ceci de : "nés au cœur du royaume", signifiant par-là, avec la couleur rouge (sang) du drapeau, que les Marocains ont le terrorisme dans les veines. Leur cœur bat avec des pulsions terroristes. 

Terrorisme né au Maroc, veut dire également avec cette approche sournoise, pleine de hargne et d'hostilité, que c'est le Maroc qui crée, produit et fabrique du terrorisme, que le Maroc est un repaire de terroristes-nés, un vivier du terrorisme, ce qui constitue un affront à tous les Marocains et une insulte au Maroc, à son histoire, à ses valeurs et à sa réputation à l'échelle internationale. 

Producteur de terroristes !!!
On constate ainsi que les auteurs de cette conception médiatique sournoise et hypocrite, soufflent le chaud et le froid pour se couvrir, mais la compréhension dominante qui se dégage de cette couverture, est que le Maroc est un pays PRODUCTEUR DE TERRORISTES, comme d'autres organes de presse dans le passé ont eu tendance à le présenter comme pays PRODUCTEUR D'ÉMIGRÉS CLANDESTINS contre lequel il faut se protéger, ou plutôt qu'il faut combattre et prendre des mesures de rétorsion. 

Il est vrai que, par rapport au Maroc, le magazine n'a pas utilisé littéralement la formule "exportateur de terrorisme" ou "exportateur de terroristes", mais c'est tout comme. Dans un calcul d'équilibriste et pour se prémunir de réactions critiques, l'hebdomadaire s'est même fendu d'un éditorial de son rédacteur en chef, dans lequel François Soudan écrit ceci : " Suggérer comme l'ont fait des journaux espagnols ou britanniques, que le Maroc se débarrasserait de ses jihadistes en facilitant leur émigration vers l'Europe, voir qu'il existerait une sorte de prédisposition génétique des Marocains à l'extrémisme, n'a donc aucun sens". 

Mais pourquoi alors avoir validé la couverture et distillé le venin en utilisant le double langage et des méthodes hypocrites !? La couverture de "Jeune Afrique" n'est pas anodine ou insignifiante, mais l'expression d'un véritable dérapage. Il ne s'agit nullement d'une maladresse, d'un simple malentendu, d'une simple mauvaise interprétation, mais d'une volonté délibérée et consciente, d'une initiative construite, préméditée et réfléchie à l'avance pour stigmatiser le Maroc et lui faire mal. On ne peut trouver une quelconque excuse à cela, en avançant l'hypothèse de la coïncidence avec les congés annuels. Si certains étaient en vacances, les adversaires du Maroc ne l'étaient pas et la responsabilité des dirigeants du magazine est pleine et entière. De ce fait, il ne s'agit pas de minimiser les faits, d'adoucir la portée de l'extrême gravité de l'attitude de "Jeune Afrique", d'atténuer ou de relativiser sa dangerosité. 

Ne pas jouer avec le feu !!!
Versant dans le sensationnalisme et ne cherchant qu'à vendre du papier, mû par l'appât du gain et la recherche de l'argent en faisant feu de tout bois pour s'attirer des lecteurs sur la base non pas d'analyse objective, mesurée et responsable, mais d'une démarche caricaturale à l'emporte-pièce, le magazine joue avec le feu sur des sujets aussi sensibles et d'une extrême gravité.

La perception de la migration ne se fait pas en termes d'interdépendance positive en étant considérée comme un fait normal, mais elle conforte l'analyse en termes de méfiance, de péril, de source de danger mortel pour la société européenne et de menace pour sa stabilité. L'immigration marocaine dans les pays où elle réside devient ainsi un fait à combattre, l'analyse la concernant, faisant des Marocains LE danger dans les pays d'immigration. L'hypocrisie avec laquelle le dossier de "Jeune Afrique" est élaboré dans son ensemble avec plein d'amalgames et de stéréotypes, ne peut qu'avoir un impact ravageur, en mettant notamment la sécurité des Marocains résidant à l'étranger en danger. 

Cette pratique va notamment à l'encontre du vivre en commun dans beaucoup de pays d'immigration marocaine, en suscitant des réactions violentes de rejet de l'autre, d'islamophobie et de haine, en renforçant l'extrémisme de droite , en excusant si ce n'est en légitimant des actes de violence . Avec la "une" racoleuse de l'hebdomadaire parisien, la ligne rouge est franchie, 

Au lieu de comprendre, d'expliquer, de faire comprendre par la pédagogie, la persuasion, le magazine préfère par cette couverture, sataniser et diaboliser le Maroc et les Marocains, en frappant d'anathèmes tout un pays et une communauté, s'en prenant à l'honneur et à la dignité de tout un peuple, en liant et en collant le nom du Maroc à la fabrication du terrorisme, au fait qu'il est le fief du terrorisme, à son origine et à sa source, en signifiant pratiquement que le Maroc est un pays terroriste, un pays du terrorisme, un pays qui enfante des terroristes, un pays géniteur de terroristes exerçant leur violence et folie meurtrières en Europe notamment, et en désignant du doigt pratiquement tout détenteur de la nationalité marocaine (qui "ne s'acquiert ni ne se perd", a tenu par ailleurs à rappeler l'éditorial de l'hebdomadaire), comme un terroriste potentiel. 

On atteint là, le summum de l'irresponsabilité et de l'amalgame recherché, avec parmi les objectifs, faire en sorte que le Maroc fasse peur, notamment aux touristes étrangers et aux investisseurs internationaux et que les Marocains du Monde et les Marocains à travers le monde, fassent peur à tout le monde et qu'ils soient mal perçus par tout le monde. Le comble de l'approche cynique, suivie et "Born in Jeune Afrique" !!!

Une réaction saine du gouvernement marocain 
Face à cela, il faut se féliciter tout d'abord que la publication n'ait pas été censurée par les autorités marocaines. Par leur provocation, les stratèges- concepteurs auraient tellement souhaité qu'elles le fassent, leur donnant une occasion de se présenter cette fois en victimes d'un pays où la liberté d'expression est bannie, où la presse étrangère est combattue, alors que dans ce cas, il ne s'agit pas de liberté d'opinion, mais de manipulation et d'une entreprise d'intoxication bien orchestrée, une démarche irresponsable et non professionnelle, à mille "Born"(es) de la déontologie. 

Mais on espère que les lecteurs marocains de l'intérieur du Maroc, ou faisant partie de la communauté des citoyens marocains établis à travers le monde, boycottent ce magazine qui les insulte collectivement. C'est à contre-cœur que nous avons été obligés d'acheter les deux derniers numéros pour pouvoir y répondre. 

Avec ce boycott, nos compatriotes ne perdront rien et ne se porteront que mieux. La même démarche devrait être aussi celle des annonceurs marocains. Sur ce point, espérons la véracité de l'information véhiculée dernièrement, selon laquelle une enveloppe publicitaire de quelques deux millions de dirhams (environ 200. 000 euros) provenant de diverses institutions économiques et autres du Maroc et destinée à "Jeune Afrique", a été retirée. 

On ne peut que souscrire par ailleurs à la réaction du gouvernement marocain qui a, par la voix de Mustapha El Khalfi, ministre délégué chargé des relations avec le parlement et la société civile et porte-parole du gouvernement, considéré que cette couverture associant le Maroc dans son ensemble au terrorisme, est un acte "inacceptable, provocateur et condamnable", en créant "un stéréotype négatif liant notre pays, peuple, terre et institution au terrorisme" et en faisant fi des efforts inlassables du Maroc de mener sur tous les plans, y compris au niveau de la coopération internationale, une lutte résolue et implacable contre le terrorisme. 

Le numéro suivant du magazine, daté du 3 au 10 septembre 2017, n'a pas cru bon revenir sur ce thème et n'a présenté aucune excuse, comme si de rien n'était. Entre temps, en persistant et signant à travers un communiqué ou d'autres interventions médiatiques de son rédacteur en chef, les précisions de "Jeune Afrique" sur sa une, n'ont fait en réalité qu'essayer de justifier l'injustifiable, se refusant de procéder à son autocritique pour sa pratique et son traitement médiatique à mille lieux de l'honnêteté intellectuelle. On sait très bien que le terrorisme n'a pas de nationalité ni de religion, même si des terroristes se réclament parfois, mais à tort, d'une religion en la confisquant. Étiqueter des terroristes par leur nationalité, en insinuant voir même en déclarant pratiquement que leur pays d'origine, en l'occurrence ici le Maroc, est responsable (même moralement) de leurs actes barbares, par ce qu'ils sont nés dans ce pays, est de la pure malhonnêteté intellectuelle et une véritable mystification. 

Avec arrogance, le magazine persiste et signe 
Si "Jeune Afrique" prétend "connaître très bien le Maroc", ce qui reste à prouver au vu de ce qu'il a publié, en tous les cas, il ne respecte nullement son peuple et ses institutions nationales et c'est inadmissible. Dans cet esprit, comment l'éditorial du 27 aout 2017, se permet-il de reprocher au Roi Mohammed VI son silence sur la tuerie terroriste de Barcelone, alors qu'un télégramme de condoléances et de solidarité avait été envoyé en son temps par le roi du Maroc au roi Felipe VI d'Espagne et à la reine Letizia, condamnant avec fermeté "l'attaque terroriste abjecte" et réaffirmant notamment son "engagement total dans les efforts internationaux visant à faire face au fléau du terrorisme et à en assécher les sources" !? 

Comment le même éditorial, se positionnant en porte-parole des médias européens, se permet de critiquer le "non-dit" du discours royal du 20 août 2017, à l'occasion de la célébration de l'anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, pour n'avoir pas soulevé la question de ces attentats et centré par contre le contenu sur l'Afrique : "Tout pour l'Afrique, rien que de l'Afrique, comme si le royaume n'était plus concerné par ce que perpètrent en Europe ses fils dévoyés" !? 

Depuis quand un hebdomadaire, fut-il parisien et qui se veut par ailleurs chantre de l'Afrique, veut dicter un agenda à un chef d'Etat africain, pour lui dire comment célébrer un anniversaire national !? 

Répétons-le, le magazine n'a pas présenté ses excuses concernant la couverture. Tout comme il n'a pas retiré des kiosques le numéro concerné. Plus encore, assumant et défendant la couverture, le rédacteur en chef de la publication a déclaré par la suite au site H24info qu'il "ne regrette pas cette couverture", les critiques émises à son propos ne pouvant être que balayées d'un revers de main, n'étant selon lui, qu'une "réaction épidermique", une crispation émotive, un simple "emballement" des réseaux sociaux et "il faut que les Marocains regardent la réalité en face". Voilà un raisonnement "Borné" qui ne veut pas reconnaître son erreur ou plutôt sa faute lourde ! 

Incriminer par ailleurs les lecteurs comme il l'a fait de réagir sans avoir lu tout ce qui est en rapport avec le thème dans ce numéro, et avancer surtout qu'il ne s'attendait nullement à ce genre de réactions négatives par rapport à la couverture, n'est nullement crédible et constitue de la pure langue de bois. Ou bien c'est de l'inconscience, les responsables ne faisant pas preuve de vigilance intellectuelle et politique, manquent de discernement et n'ont pas la capacité de séparer le bon grain de l'ivraie, et c'est très grave au plan professionnel. Ou bien c'est calculé et on ne veut pas le reconnaître, et c'est aussi grave et irresponsable. 

Sans prétention, on sait lire, y compris entre les lignes. L'image reproduite se suffit à elle-même : une opération d'intoxication en bonne et due forme. Le reste est du double langage, un double jeu et un écran de fumée pour tenter de s'en sortir à peu de frais. Pour dire "ce que je crois" en tant que citoyen marocain et fier de l'être, répétons-le après les soi-disant "précisons" nullement convaincantes fournies par "Jeune Afrique". Mettre en avant le lieu de naissance des terroristes, et associer la nationalité marocaine à des faits de terrorisme commis par des criminels radicalisés en Europe, est une manipulation, un coup d'intox, une stigmatisation du Maroc et des Marocains dans leur ensemble. 

Voilà pourquoi, indépendamment de la nationalité du patron de "Jeune Afrique", on ne reprochera nullement au magazine de n'avoir pas écrit à propos de la tuerie de Nice et en le faisant précéder de, Terrorisme : "Born in Tunisia" !!! 

Pour les crimes odieux de Barcelone, en quoi le Maroc est-il automatiquement et mécaniquement coupable, comme s'il s'agissait d'un particularisme ou d'un spécificité intrinsèque marocaine, du simple fait que les terroristes eux-mêmes ou leurs parents, voir même leurs grands-parents, sont nés au Maroc, alors que le commanditaire est Daëch oú se trouvent des jihadistes de bien des nationalités !? À ce propos, relevons cette déclaration faite tout récemment par Abdelhak khiyame, directeur du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ) à Rabat, dépendant de la Direction générale de la surveillance du territoire : "Il ne faut pas lancer des accusations contre les pays dont certains ressortissants ont commis des attentats terroristes, le BCIJ a procédé à l'arrestation de terroristes français, belges et espagnols". 

Si les déterminants et les causes de la radicalisation en Europe des terroristes sont complexes et variées, pourquoi l'hebdomadaire parisien occulte t-il le fait que ces terroristes sont des ressortissants des pays mêmes qui connaissent ces attentats ? Pourquoi passe t-il sous silence des causes liées en particulier au contexte européen, et que beaucoup d'esprits lucides en Europe même, reconnaissent ? Il s'agit de l'échec de l'intégration des immigrés, notamment ceux provenant des pays du Maghreb ; marginalisation des jeunes au niveau des banlieues, discriminations, politique étrangère de certains pays européens qui pratiquent des ingérences et interventions… Bien entendu, ceci explique la situation, ne serait-ce que partiellement, mais ne justifie en rien la violence mortifère. 

Le Maroc est également interpellé 
Cela dit, au plan des causes de la radicalisation, la responsabilité est commune, partagée. On ne doit pas s'empêcher de réfléchir à froid sur les tenants et les aboutissants de ces actes terroristes barbares, et de se poser la question de savoir pourquoi à l'origine des actes terroristes qui ont eu lieu dernièrement en Europe, on trouve notamment des Marocains ou des bi-nationaux d'origine marocaine, mais qui ont été, tous, radicalisés en Europe, qui vivent en Europe et qui sont le produit au plan économique, social, éducatif, etc. du système européen. 

Encore une fois, les raisons de cette radicalisation sont multiples. Dans cet esprit et en partant du fait que la dimension religieuse doit être prise en considération, puisqu'un certain nombre de terroristes disent agir au nom de l'Islam, tuent et assassinent pour soi-disant faire triompher cette religion, on a l'obligation de se poser également la question sur le degré d'efficacité de l'encadrement religieux musulman assuré directement ou impulsé et orienté indirectement par certaines institutions marocaines chargées en partie et avec leurs spécificités, de l'encadrement religieux de la communauté marocaine résidant à l'étranger. 

Il s'agit notamment du ministère des Habous et des Affaires islamiques ; du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger qui dispose d'une commission ou groupe de travail interne intitulé "Cultes et éducation religieuse" ; de la Fondation Hassan II pour les MRE ; du Conseil européen des oulémas marocains (CEOM). 

On est en droit de savoir si ces institutions ont réussi ou au contraire si elles ont échoué et pourquoi. La question n'est pas déplacée et ne peut être considérée comme taboue. Elle consiste également à s'interroger sur la capacité du modèle religieux marocain, caractérisé par l'ouverture, la pondération, l'observation du juste milieux, le pluralisme et l'acceptation de l'autre sans violence aucune ni affrontement, à s'imposer d'une part comme référence, y compris pour les Marocains musulmans d'Europe, et à s'adapter d'autre part à la réalité des sociétés européennes, avec toutes leurs spécificités religieuses, culturelles, historiques, politiques, institutionnelles, etc. En particulier, dans quelle mesure ces politiques marocaines ont contribué à faciliter et à accompagner le processus d'intégration de l'Islam dans l'environnement religieux européen ? 

Lorsqu'on vient aux déclarations des responsables de ces institutions chargées de cet encadrement religieux, on constate que, dans le cadre d'une démarche d'autosatisfaction, ces responsables mettent en avant la justesse de leur ligne suivie et la pertinence de leur méthode d'action, mais que seuls les moyens financiers manquent. 

Si la politique suivie est correcte, pourquoi alors des jeunes MRE tombent dans l'extrémisme radical ? Visiblement, ces responsables ne vont pas au fond des choses. À titre d'exemple, ils ne tiennent pas compte du discours du Roi à la Nation du 20 août 2016 à l'occasion du 63ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, consacré en bonne partie à "la propagation du phénomène extrémiste et terroriste et de la tentative de le relier, à tort ou à raison, aux immigrés, surtout en Europe".

Dans ce discours très important sur l'Islam en Europe en particulier, le Souverain parle d'une certaine manière des causes de ce qui est appelé la radicalisation : " Ceux qui incitent au meurtre et à l'agression, qui excommunient indûment les gens et qui font du Coran et de la Sunna une lecture conforme à leurs intérêts, ne font que colporter le mensonge au nom de Dieu et du Prophète (...) Par ailleurs, ils instrumentalisent certains jeunes musulmans, plus particulièrement en Europe et exploitent leur méconnaissance de la langue arabe et de l'Islam véridique pour relayer leurs mensonges erronés et leurs promesses dévoyée " 

Dans un autre passage, le discours précise que : "les terroristes et les radicaux mettent tout en œuvre pour amener les jeunes à les rejoindre et à s'attaquer aux sociétés imprégnées des valeurs de liberté, d'ouverture et de tolérance ". 

Dans cet esprit, le Maroc étant un grand pays musulman d'émigration, la question cultuelle des Marocains du Monde doit être au centre des préoccupations. Particulièrement celle de l'encadrement religieux notamment des jeunes MRE, est capitale pour savoir s'il est efficace ou non pour leur éviter de tomber dans l'extrémisme et l'action mortifère.

La question est de savoir si, en tant que pays d'origine, le Maroc n'a pas aussi sa part de responsabilité dans cet encadrement religieux des MRE qui laisse beaucoup à désirer, en raison d'abord de la mal gouvernance, de choix politiques défectueux, de carence en matière de représentativité et de démocratie, de gestion et d'organisation des Marocains musulmans à l'étranger, d'enseignement de l'Islam, de formation de cadres religieux et d'imams essentiellement au plan théologique et de bien d'autres aspects importants, comme Islam en Europe ou bien Islam d'Europe ? 

Tout récemment, pour aboutir à une prise en main particulière de la dimension religieuse parmi les MRE, le patron du BCIJ, Abdelhak Khiame, a reconnu que la question de l'encadrement religieux se pose avec acquitté : " Le problème derrière les attentats en Catalogne relève clairement du religieux. C'est un problème qui sévit dans plusieurs pays occidentaux, dont l'Espagne et la Belgique. La plupart de ces gens qui ont versé dans le terrorisme étaient mal encadrés sur le plan religieux et ont été endoctrinés par des imams qui s'activaient dans des mosquées clandestines, loin du contrôle des autorités. C'est pour cela qu'agir sur le champ religieux st plus que jamais prioritaire ". 

En fait et de notre point de vue, lorsqu'on analyse la pratique du secteur concerné par sa gestion (directe ou indirecte par le biais d'avis consultatifs), en particulier dans un pays comme la France, où les diverses institutions marocaines concernées avec leurs relais sont bien présentes (et non pas relativement absentes comme en Espagne), on constate que le dossier de l'encadrement religieux des Marocains résidant à l'étranger est mal réfléchi et mal géré, avec au-delà de l'obsession sécuritaire, le déficit de vision stratégique claire à long terme, qui s'ajoute à l'absence de stratégie nationale globale, cohérente, ordonnée et intégrée, devant couvrir également l'ensemble des autres aspects de la communauté marocaine à l'étranger : dimensions économique, sociale, culturelle, éducative, sans oublier bien entendu, les aspects politiques et démocratiques...

Le traitement du dossier MRE est un tout et on ne doit pas en particulier occulter la dimension citoyenneté, participation et représentation politiques, ainsi que la démocratisation du dispositif institutionnel dédié en totalité ou en partie aux citoyens marocains établis à l'étranger. C'est avec une vision d'ensemble que les solutions sont à envisager. 

Les derniers attentats en Europe, à prendre au sérieux bien entendu en en tirant toutes les conséquences nécessaires au plan sécuritaire pour une lutte acharnée, déterminée et résolue contre le terrorisme, ne doivent pas être l'occasion de légitimer même à postériori, la vision purement de contrôle et de mainmise sur le dossier MRE. Encore moins de justifier pour l'avenir le maintien, voir le renforcement de cette vision, en bloquant l'ouverture démocratique sur ce dossier, ouverture qui constitue à nos yeux, la démarche essentielle pour résoudre toute une série de problèmes et d'apurer le contentieux de la communauté des citoyens marocains à l'étranger avec sa partie, le Maroc. Ceci dans le cadre d'une Nouvelle Marche au profit de tous les Marocains dont a parlé dans le discours du Trône 2017 Sa Majesté le Roi Mohammed VI, auquel nous souhaitons à l'occasion, un prompt rétablissement. 

Estime et reconnaissance à Abdeslam Sarie 
Exceptionnellement, une note plus personnelle pour terminer. Comme à l'occasion de la rédaction de chaque article, l'envoi est fait à un certain nombre de sites, trois ces dernières années : wakeupinfo, oujdacity, dounia-news, ainsi que la liste de diffusion "Aljaliya MRE". Je remercie vivement leurs responsables pour leur hospitalité et leur encouragement au débat pluriel constructif notamment sur la thématique des citoyens marocains établis à l'étranger.

Aujourd'hui, une pensée toute particulière va à mon cher ami Abdeslam Sarie, un des vétérans ou pionnier de l'immigration marocaine en Belgique, qui a consacré toute sa vie au service notamment de nos compatriotes au plat pays, en menant des luttes à la fois en direction du Maroc que de la Belgique, en démystifiant en particulier et sur bien des plans, les types de stéréotypes et de préjugés que véhicule maintenant "Jeune Afrique". 

Ce n'est pas sans un petit pincement au cœur que je viens d'apprendre sa décision d'arrêter définitivement, pour des raisons essentiellement de santé, la publication de la revue de presse électronique hebdomadaire "Dounia News" qu'il a alimenté patiemment durant deux décennies en tant qu'outil d'information honnête et responsable, espace libre de réflexion, de dialogue et d'échange notamment sur les aspects migratoires, le renforcement du vivre -ensemble dans le respect de l'identité culturelle de chacun, la place et le statut de l'islam en Belgique etc. La publication de la revue cessera avec le dernier envoi en fin de cette semaine. Mais heureusement, le site Dounia News www.dounia-news.eu et le site www.dounia-news.com seront maintenus. 

Toute mon estime et ma reconnaissance cher ami Abdeslam pour le travail accompli et ton engagement citoyen continu. Je te souhaite une très bonne santé, une vie personnelle et familiale heureuse et plein succès dans tout ce que tu entreprendras à l'avenir. Notamment la rédaction et publication de tes mémoires liées à une vie professionnelle, syndicale, associative, militante et citoyenne intense. Cette année, tu nous as mis en appétit avec ton livre-témoignage remarquable : "Entre le marteau et l'enclume. D'instituteur au Maroc à permanent syndical en Belgique, un parcours atypique". On attend avec impatience tes prochains livres.

Rabat, le jeudi 7 septembre 2017

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 















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