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Bienvenue dans la première expérience américaine du mode de vie « Le Monde fait à la main ». Où d’autre allons-nous ? Regardons attentivement. 

Ricardo Ramos, le directeur de l’autorité d’État chargée de l’énergie électrique de Porto Rico, l’île attaquée par le dernier cyclone, a déclaré à CNN jeudi que les infrastructures alimentant l’île en énergie avaient été globalement « détruites » et que l’électricité prendra des mois pour revenir. 

« Globalement détruit ». C’est à peu près aussi global que s’il avait parlé de la civilisation.

Les résidents, a déclaré M. Ramos, vont devoir changer leur façon de cuisiner et de se rafraichir. Pour le divertissement, la vieille école serait la meilleure approche, a-t-il dit. « C’est le bon moment pour les papas d’acheter une balle et un gant et de changer la façon de divertir leurs enfants. » 

En d’autres termes, oubliez Resident Evil 7 : Biohazard sur écran parce que vous allez vivre l’expérience en live. Seule question : d’où viendra l’argent pour acheter la balle et le gant ? Peu de Portoricains vont pouvoir continuer à travailler après cette dévastation. Et ses finances publiques étaient déjà dans un désordre suffisant pour avoir conduit l’île devant le tribunal fédéral en mai dernier pour une mise sous séquestre légale ce qui équivaut en tout point à une faillite, sauf pour le nom. Le Commonwealth, un territoire américain, a fait défaut pour une dette cautionnée de 74 milliards de dollars, plus une autre obligation sur les retraites non capitalisée de 49 milliards de dollars. 

Ainsi, Porto Rico faisait déjà face à une crise avant l’ouragan Maria, avec son réseau électrique douteux et ses infrastructures en ruines : les routes, les ponts, les réseaux d’eau et d’égouts. La faillite la met dans une position délicate pour émettre de nouvelles obligations pour les travaux publics, qui sont généralement payés avec des emprunts publics. Qui, exactement, achèterait ces nouveaux emprunts ? J’entends les lecteurs chuchoter : « la Réserve fédérale ». C’est un très bon indice pour comprendre le cercle vicieux que les finances américaines sont devenues. 

Une sorte de renflouement est inévitable, bien que le président Trump ait tweeté « Pas de renflouement pour Porto Rico » après sa procédure de mise en faillite en mai. Les choses ont changé et la durée de péremption des tweets trumpiens est connue. Mais la crise risque de nuire à la capacité du gouvernement fédéral de prétendre qu’il peut couvrir le coût de toutes les calamités qui frappent le pays – du moins, pas sans jeter le doute sur la solvabilité du dollar. Et il y a plus que quelques États « de souche » qui tournent également autour du drain de la faillite : l’Illinois, le Connecticut, le New Jersey, le Kentucky. 

Les États ne sont constitutionnellement pas autorisés à se déclarer en faillite, bien que les comtés et les municipalités le puissent. Le Congrès devra changer la loi pour l’autoriser. Mais les États peuvent faire défaut sur leurs obligations et d’autres. Certes, il y aurait une sorte d’enfer fiscal et politique à payer s’ils devaient suivre cette voie. Personne ne sait vraiment ce qui pourrait arriver dans un État aussi vaste et complexe que l’Illinois, qui a couvert ses dépenses pendant des décennies en empruntant sur l’avenir. Soudainement, l’avenir est là et personne n’a de plan. 

Les choses pour le gouvernement fédéral ne sont pas si différentes. Il ne parvient à payer les gens qui ont acheté des obligations que par le biais d’une comptabilité à double fond, et ses obligations colossales non financées pour la sécurité sociale et Medicare font que la situation dans l’Illinois ressemble à un simple mois de retard de paiement sur l’emprunt de la voiture. 

Dans l’intervalle – et il semble que ce soit long dans l’intervalle – Porto Rico est revenu au XVIIIe siècle, moins les compétences pratiques et le mobilier plus simple pour mener ce mode de vie et avec une population bien au-delà de la capacité de charge de l’île à cette époque. Par exemple, combien de maisons peuvent obtenir leur eau à partir de citernes conçues pour absorber le ruissellement ? Combien de communautés à travers l’île sont accessibles à pied ? (Il semble que les stations-service seront en panne pendant un bon moment.) Je suis allé là-bas et une grande partie de l’île est aussi urbanisée en zones de banlieue que le New Jersey – grâce au désir d’être à jour avec le continent et la volonté des fonctionnaires de l’île de ressembler à ce modèle. 

Nous ne sommes que deux jours après la frappe directe de l’ouragan Maria sur Porto Rico et il n’y a toujours pas de communication téléphonique dans l’île, alors nous savons à peine ce qui s’est passé. Les ouragans Irma et Harvey sont passés il y a quelques semaines, et les informations sur les conséquences de ces deux événements ont étrangement disparu des médias. Où sont partis les gens qui ont tout perdu ? Le blackout des nouvelles est aussi total et étrange que l’obscurité qui est tombée sur Porto Rico. 

James Howard Kunstler 
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Comme pour répondre à Kunstler, Trump envoie l’armée à Porto-Rico : Après Maria, c’est à l’U.S. Army d’envahir Porto-Rico
Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone





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