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Depuis quelque temps, on parle beaucoup de perversion narcissique. À trop l’évoquer, tout le monde s’en empare et vide le terme de sa substance. On brouille les pistes. C’est pourquoi je préfère parler de manipulation, car c’est ce qu’il se passe au niveau relationnel.

Par Christel Petitcollin / Psychothérapeute, coach et écrivain
Plusieurs critères permettent d’identifier ce comportement. Un manipulateur est une personne qui a deux visages, quatre ficelles et trois fonds de pensées principaux.

En réalité, dire que cette personne a deux visages n’est pas tout à fait vrai. Cela peut laisser entendre qu’elle a un visage sympathique, et que l’autre ne l’est pas, or le premier n’est qu’un masque porté à l’extérieur. Il serait donc plus correct de parler d’un masque et d’un visage : ces gens sont profondément malveillants, il ne faut pas leur prêter une humanité qu’ils n’ont pas.

Les manipulateurs sont des anges en public, on leur donnerait le bon dieu sans confession, mais ils sont moroses à l’intérieur. Or, les victimes sont les seules à voir ce qu’il se cache sous le masque.

Ils utilisent 4 ficelles pour manipuler

Pour arriver à leurs fins, ils utilisent quatre ficelles, toujours les mêmes, ils ne savent faire que ça.

1. La séduction


♦ Par les flatteries :

La séduction est faite de flatteries, et ça marche. La fontaine dit "tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute", mais il n’a pas pris en compte que l’on a tous un égo à nourrir. Certains seront moins sensibles aux compliments physiques, mais on a tous nos failles. Quelle mère peut rester insensible aux compliments sur ses enfants, par exemple ? Nous sommes, par conséquent, tous susceptibles de tomber dans le panneau.

♦ Par les promesses :
Les manipulateurs sont des personnes qui vont vous faire énormément de promesses, qui ont des solutions pour tous les problèmes. Ce sont de véritables couteaux suisses. Là aussi, il est difficile de résister. On peut mettre des jours, des mois, voire des années à s’apercevoir qu’ils n’ont pas tenu leurs promesses.

♦ Par le mimétisme :

Le mimétisme est l’aspect le plus redoutable de cette manipulation. Ces personnes se mettent en miroir, elles pensent comme vous, disent ce que vous voulez entendre, sont de votre avis, partagent vos valeurs, aiment les mêmes choses que vous. Comment y résister ?

2. La victimisation

Les manipulateurs ont une coquille de Calimero en acier trempé. Ils se retrouvent toujours dans la posture de la victime, pleurnichent, jouent la comédie, et ça fonctionne au point que l'on oublie les vraies victimes. Ils sont dans la paranoïa haut de gamme, ont l’art de retourner les situations pour que ce soient eux que l’on prenne en pitié.

3. L’intimidation

Ces personnes sont en permanence dans le rapport de force, le chantage affectif. Il y en a qui sont directs – "si tu me quittes, je te tues" – et d’autres chez qui c’est beaucoup plus insidieux. Toujours est-il que, petit à petit, on se met à les craindre.

4. La culpabilisation

Ce sont des gens qui vont se débrouiller pour que rien ne soit jamais de leur faute. C’est toujours vous le problème, toujours la faute des autres.

Trois pensées occupent majoritairement leur esprits

Outre ces "ficelles", les manipulateurs ont trois fonds de pensée principaux, c’est-à-dire trois choses auxquelles ils pensent en priorité en vous regardant.

1. "Cause toujours"
Un manipulateur se fiche de toutes les remarques que vous pouvez lui faire. Je parle dans mon livre des hectolitres de salive que les victimes utilisent en vain. Quoi qu’il en soit, le manipulateur n’en fera qu’à sa tête.

2. "Tiens, ça te fera les pieds"
Ils adorent vous compliquer la vie, sont plein de représailles et de malveillance gratuite.

3. "Rendors-toi"

Quand un manipulateur se rend compte que la victime prend conscience, commence à se révolter ou menace de le quitter, il est dans la phase "rendors-toi", c’est-à-dire qu’il redevient gentil et adorable par calcul. On revient donc à la ficelle de la séduction, et c’est un cercle vicieux.

On ne peut pas soigner un manipulateur
Les manipulateurs sont, de manière générale, profondément malveillants. Ils traversent la vie en étant bourrés de colère, ce sont des boules de haine. Ce qui différencie les pervers narcissiques des manipulateurs plus "ordinaires", c’est leur niveau de sadisme et de cruauté.

Quant à savoir d’où vient cette malveillance, la réponse est compliquée. Certains auteurs mettent ça sur le compte de l’inceste. Je ne l’affirmerais pas de cette façon, mais je me rends compte, dans ma pratique quotidienne, qu’un manipulateur a souvent une relation déjà perverse avec l’un de ses parents, son frère ou sa sœur.

Pour moi, il n’est pas possible de soigner ces personnes, et cela pour plusieurs raisons simples.
  • Tout d’abord parce qu’ils ne sont pas demandeurs de soins, ils sont fiers de ce qu’ils sont et ne se reconnaissent pas comme ayant un problème.
  • Ensuite, leur système de pensée est par ailleurs verrouillé face à l’autocritique, or on ne peut pas travailler correctement en thérapie si la personne n’assume pas sa part de responsabilité.
  • Enfin, les manipulateurs mentent aux psy, ce qui donne un matériel faussé. Quand je les reçois, je vois bien qu’ils ne viennent en séance que pour rendormir leur victime. Le manipulateur ne va voir un psy que pour donner l’illusion qu’il va changer. En général, il ne vient qu’à deux rendez-vous et annule la troisième séance, quand il voit que je l’ai découvert.
Un cadrage est par contre possible et nécessaire
À défaut de pouvoir les soigner, je pense par contre que nous pouvons les cadrer. Un manipulateur cadré, à qui on ne laisse plus d’espace de nuire, devient calme et inoffensif.

Ce cadrage commence par la prise de conscience de la société, c’est à elle d’être plus mature. Il faut arrêter de victimiser les manipulateurs et de minimiser, voire passer sous silence, la parole des victimes. Arrêter ce tour de passe-passe qui consiste à se tromper tout le temps de cible. C’est l’ambiance générale de notre société qui leur donne cette impunité.

Pour ne plus être manipulable, il faut avant tout accepter l’idée que ces gens-là existent, qu’ils sont délibérément malveillants et sournois. Ensuite, il faut fixer des limites à sa propre gentillesse (trop bon, trop...) et pratiquer l’affirmation tranquille de soi.

Le respect de soi, ça ne se réclame pas, ça s’impose. C’est à vous de signifier vos limites aux autres. Avec un manipulateur, cela devient une nécessité vitale.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.
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