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Alors que les USA continuent de répandre la doctrine des droits de l’homme sur la côte est de l’Atlantique – en Afrique du nord, en Syrie et en Ukraine – le Pacifique vient d’enfoncer un clou de taille dans le cercueil du modèle démocratique américain. L’Assemblée nationale populaire (ANP), le parlement chinois, vient d’approuver la décision du Parti communiste de lever les limites de renouvellement de mandat du chef de l’État. 

Le président Xi Jinping, qui devait quitter son poste au plus tard en 2023, pourra désormais continuer de gouverner le pays sans limite de temps. La limitation à deux mandats de cinq années faisait jusqu’alors partie de la constitution mise en œuvre par le réformateur Deng Xiaoping dans les années 1990 pour prévenir les gouvernements sans fin, comme cela avait été le cas pour le fondateur du communisme chinois, Mao Zedong. La proposition de lever les limites en question a été approuvée par 2964 délégués parlementaires de l’ANP, contre deux oppositions, et deux abstentions. 

Le sujet du renouvellement de la présidence Xi Jinping avait commencé à attirer l’attention des observateurs au moment du congrès d’octobre [2017, NdT] du Parti communiste chinois (PCC), lors duquel, contrairement à la tradition établie, le dirigeant chinois n’avait pas désigné son successeur. Au même moment, le parti avait introduit dans ses statuts les sujets développés dans le discours de trois heures du président, élevant ainsi Xi Jinping au rang de pair de Mao et de Deng Xiaoping. Désormais, les « pensées de Xi Jinping » sont intégrées à la Constitution du pays. 

Fait notable, les dirigeants mondiaux, habitués à la critique des « dictatures » africaines et moyen-orientales, se sont montrés beaucoup plus prudents dans leurs commentaires sur les réformes politiques en Chine. Au contraire même, Donald Trump, toujours prompt à s’en prendre à Bachar el -Assad en Syrie ou à Kim Jong-un en République populaire démocratique de Corée, s’est pris à encenser cette initiative chinoise, la qualifiant de « remarquable ». Gardons toutefois à l’esprit que Trump est un dirigeant anti-système et qu’il n’exprime pas la position de l’establishment, qui n’a aucun intérêt à une consolidation du pouvoir dans un pays de l’envergure de la Chine. 

Washington est évidemment alarmée par la montée du pouvoir géopolitique de Pékin, classée par le Conseil de Sécurité Nationale américain aux cotés de Moscou sur la liste des pouvoirs révisionnistes. La Chine défie les USA non seulement en Eurasie, où elle construit des îles artificielles au sud de la mer de Chine, et en tissant des liens avec l’Europe et l’Asie centrale au moyen de la Route de la Soie, mais aussi au-delà. Rex Tillerson, récemment en visite en Éthiopie, déplorait la menace sur la souveraineté des pays africains que représente la croissance des prêts financiers chinois. 

Les médias britanniques ont déjà commencé à susciter les peurs auprès du public

« ‘Ceci pourrait détruire la Chine’ : le parlement permet à Xi Jinping de gouverner à vie » a écrit le Guardian. 

Nous verrons avec le temps comment le dirigeant chinois gérera les défis économiques, parmi lesquels le déclin de sa population active. Il a d’ores et déjà prouvé la viabilité du modèle à parti unique, qui peut devenir un « nouveau choix » pour les pays en développement. Et ceci constitue une menace directe au modèle démocratique occidental. L’approche politique de la Chine, qui a soulevé des sympathies en Afrique, en Amérique latine aussi bien qu’en Asie, se mue progressivement en socle solide pour la progression des investissements chinois dans ces régions, que les USA et l’UE voyaient jadis comme leurs chasses gardées. Qu’importe les bons mots de Trump, une Chine puissante, avec un dirigeant fort, ne s’inscrit pas dans les intérêts de l’OTAN. 

Anastasiia Zhukova


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