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Publié aux éditions du Cerf, dans la collection « études islamiques », sous la direction de Charles Saint-Prot et avec des contributions de Jean-Yves de Cara, Mustapha Cherif, Jean-Pierre Chevènement, Mohammed Mraizika, Oussama Nabil, Thierry Rambaud et Jean Sur, cet ouvrage rend hommage à Jacques Berque. Celui-ci fut le dernier arabisant spécialiste de l’Islam, dans la lignée des Massignon, des Gardet, des Laoust, des Monteil. 

Penseur de conviction, esprit libre toujours en mouvement, homme de terrain, érudit, savant et poète, il a joué un rôle essentiel de passeur entre les cultures... L’ouvrage souligne plusieurs aspects de son œuvre sur les grands sujets qui lui tenaient à cœur : la politique arabe de la France, la solidarité entre les deux rives de la Méditerranée, l’action en faveur de la connaissance de l’Islam du juste milieu, la cause des peuples (pour la Palestine, contre la guerre américaine en Irak, pour le Québec, contre l’Union européenne…) 

Jean Sur, qui a cosigné deux ouvrages avec Jacques Berque, porte un regard pénétrant sur Jacques Berque, le voyageur. Il replace son œuvre entre l'Orient et l'Occident, l'un et le multiple, le fondamental et l'historique, la conscience et le monde, les racines et l'actualité, le souvenir et le projet. Le professeur Oussama Nabil étudie la traduction du Coran par Berque, insistant sur le fait qu’il s’agit d’une lecture du texte sacré de l’Islam qui est par ailleurs éclairé par les études savantes de Berque. Le professeur Mustapha Chérif expose que Jacques Berque a non seulement révolutionné la méthodologie de la recherche en anthropologie, en sociologie comparée et histoire sociale, mais aussi et surtout l’islamologie et l’orientalisme. Selon Mustapha Chérif, « Il se distinguera de tous les autres savants orientalistes. Ses travaux restent une référence précieuse, d’actualité. La force de sa pensée en islamologie peut se résumer en quatre points ; le respect du Texte coranique, la compréhension du sens du Coran, l’intelligence de la ligne du juste milieu, la cohérence de l’engagement éthique et politique ». 

Le professeur Thierry Rambaud s’intéresse à « Berque et la question de l’Islam de France », précisant que beaucoup de propositions faites par le grand savant mériteraient aujourd’hui d’être reprises. Jean-Pierre Chevènement écrit à ce propos que Jacques Berque « l’avait convaincu depuis longtemps qu’un islam de France pouvait, en relevant le défi de la laïcité, constituer un exemple pour le monde musulman tout entier ». 

Charles Saint-Prot, directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques, met en évidence l’engagement de Jacques Berque pour la causes des peuples, en particulier au Maghreb qui était un sujet cher à cet homme du sud de la Méditerranée confronté très jeune à l’injustice faite aux peuples de cette région, puisque, né en Algérie, il a commencé son œuvre au Maroc, mais aussi au Québec, en Palestine, dans le monde arabe et la France menacée par l’eurocratie que Berque critiquait acerbement. Charles Saint-Prot déplore que le monde arabe soit aujourd’hui faible et divisée, par surcroit menacée par des séparatismes souvent orchestrés par l’étranger : kurdes, sud-soudanais, kabyles, divisions religieuses ou le conflit artificiel autour du Sahara marocain créant ce différend algéro-marocain que Berque déplorait tant. Charles saint-Prot conclut en rappelant le message essentiel de Berque : « Face à l’uniformité cosmopolite, au règne de la quantité abstraite et du matérialisme, il faut répondre en redynamisant nos vieilles civilisations voisines et cousines. Comme le souhaitait Jacques Berque, cessons d’opposer ce qui devrait être allié ». 

Pour sa part, le professeur Jean-Yves de Cara évoque précisément le passeur entre les deux rives, profondément engagé en faveur du dialogue des civilisations dont il fut l’infatigable héraut et l’artisan patient. Il fait valoir que le message de Jacques Berque préconisait une meilleure connaissance pour une meilleure compréhension. Jean-Yves de Cara écrit « Par sa vie, son œuvre et son action, Jacques Berque a expérimenté les cultures et le mode de penser des deux rives de la Méditerranée… À travers la Méditerranée qui unit les deux rives, par la culture et le religieux, les différences peuvent se transcender en unité. Il existe des précédents historiques à un mouvement que les facteurs économiques humains et géopolitiques justifient ». 

Le professeur Mohammed Mraizika insiste également sur le fait que Jacques Berque « s'est toujours considéré comme un passeur entre les cultures, œuvrant inlassablement pour un dialogue entre Islam et Occident ». C’était aussi un homme d’action, cette action et ce travail de fond « trouvent leur fondement dans un engagement personnel et intellectuel sincère, dans une foi profonde en la bonté de l’homme et le respect de la dignité humaine. 

Fin-connaisseur des évolutions historiques et sociologiques des populations et des sociétés maghrébines et méditerranéennes, Jacques Berque n’a cessé de réfléchir sur les manières, les outils et les orientations les plus adaptés au contexte (géopolitique et économique) du moment, pour provoquer les rapprochements nécessaires entre les deux rives ». 

Plus d'infos sur l'ouvrage : editionsducerf.fr/







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