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Démographe et technocrate infatigable, Alfred Sauvy avait compris dès les années 70 que nous étions condamnés. Il m’avait convaincu quand j’avais treize ans et depuis je n’ai pas modifié mon point de vue sur l’exception française. 

Dans un texte nommé « Démographie et refus de voir », il remarque : 
C’est un sujet très délicat que d’aborder le refus de voir parce qu’aucun de nous n’est parfait sur ce point… La peur de voir naît ou peut naître dès qu’il y a une relative liberté de penser. 

Bien avant internet il note que notre info n’est souvent qu’une rumeur : 
En démographie, l’histoire absurde de la panne d’électricité à New-York est significative. Dans le monde entier, il a été annoncé que la natalité avait augmenté quelques mois après. Malgré les démentis apportés par les observations serrées, les journaux ont continué à reprendre cette erreur « plaisante ». 

Simplement il remarque : 
Ce phénomène est encore assez bénin, mais montre bien qu’il y a des nouvelles qui plaisent et d’autres qui ne plaisent pas. La transmission s’en ressent. 

C’est qu’en réalité toute info est idéologie et propagande : 
En matière démographique, l’intérêt matériel n’est pas seul en cause, mais occupe une certaine place. Celui qui parle d’une insuffisance des naissances est plutôt mal reçu. On craint qu’il ne propose quelques libéralités aux familles, lesquelles se traduiront par des charges nouvelles ou par le refus d’autres revendications. 

Et les infos ont intérêt à être à la hauteur (« on » a écrasé les russes et Assad en Syrie, le chômage baisse, la cagnotte regorge, Macron est notre nouveau Napoléon, etc.) : 
Donc, celui qui reçoit la nouvelle est sur le qui-vive. 

Sauvy déquillait FDR bien avant les libertariens américains (ou en même temps que John Flynn) : 

La popularité de Roosevelt en est un premier exemple. Il est partout affirmé que le New Deal a résolu la crise économique de 1929. Cette affirmation est si commode, si agréable, si simple aussi, que personne ne la contredit. Vous la trouverez dans les dictionnaires, dans les manuels. 

L’explication est toute simple : 
C’est une explication qui plaît, car Roosevelt est l’homme que nous honorons, qui a amené les États-Unis à participer à la guerre, qui nous a sauvés. Nous n’aimons pas avoir des jugements nuancés. 

Sur Roosevelt je ne peux que recommander mes textes et surtout les Mémoires de guerre du Général ! 

Sauvy accuse le manichéisme : 
De ce fait, le manichéisme est partout, avec les hommes bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Et comme il est assez pénible de garder des choses compliquées dans sa tête, on classe Roosevelt dans les « bons », en disant qu’il a résolu la crise. Tous les historiens confirment ce fait parce qu’ils n’ont pas senti le besoin « d’aller au charbon », en recherchant la réalité. 

Courageusement il déquille aussi le Front populaire : 
Autre exemple : le Front Populaire. Les plus éloignés du jugement légendaire se contentent d’appuyer sur les bonnes intentions et sur la si heureuse institution des congés payés. 

Et d’enfoncer le clou sur la semaine des quarante heures : 
Mais personne ne veut regarder l’erreur de la semaine de quarante heures qui a, au plus mauvais moment, arrêté la reprise économique et tant contribué à la défaite de la France… Je ne connais que 3 auteurs à avoir reconnu cette réalité. 

Au nez et à la barbe de tout le monde, Sauvy rappelle aussi que les dévaluations avaient du bon (on a compris qu’il envoie promener aussi bien les libéraux que les socialistes qui ont ruiné l’Europe et anéanti sa démographie) : 
Par contre, le fait de dévaluer la monnaie est toujours très mal vu, est toujours considéré comme une « manipulation monétaire ». Pourtant, la dévaluation de 1936 a provoqué une vive reprise, comme en tout pays à cette époque, et celle-ci a été brisée par la loi sur les 40 heures. 

Sauvy dénonce le snobisme universitaire américain – notamment sur la crise de 29 : 
Harvard a estimé tout à fait mineur le krach du vendredi noir : « C’est le résultat d’une spéculation temporaire ». Ces vues étaient d’autant plus éloignées de la réalité que le début de la crise était bien antérieur au vendredi noir. Harvard a continué dans son erreur pendant deux ans jusqu’en 1931, époque où il n’a plus reçu de financement ; les fondations qui subventionnaient les recherches de Harvard n’avaient plus de ressources. Ainsi le Harvard Economic Service a disparu, sans avoir seulement reconnu que la crise existait parce qu’elle était contraire à sa théorie des cycles. 

Sur la nullité pratique de l’époque Hoover-Roosevelt, je ne peux que recommander la lecture de Rothbard, de Flynn, de Higgs, de Paul Johnson même. 

Au passage Sauvy écorne aussi le mythe américain (l’Amérique, lumière du monde !) : 
Mais il y a l’image de marque : telle théorie vient des États-Unis. En matière scientifique, notamment en sciences sociales, dès qu’un Américain avance quelque chose, il bénéficie d’un certain crédit. 

Et Sauvy de dénoncer déjà l’américanisme de nos élites actuelles (souvenez-vous du speech anglais de Giscard) : 
Cet exemple est l’occasion pour moi de dénoncer, non seulement l’affaiblissement semi-volontaire de la langue française, mais la faiblesse de toutes les autres, de toutes les non-américaines. 

Oui il y avait déjà une conspiration mondiale pour s’auto-liquider et s’américaniser,conspiration qui se renforce au fur et à mesure que s’écroule moralement, culturellement et même militairement le mythe américain. 

On se doute qu’aujourd’hui Alfred Sauvy, jadis omniprésent, ne se ferait pas inviter à la télé ! Mais est-ce si grave ? Comme disait Patrick Sébastien « dans les années soixante-dix, tu passais trois fois à la télé tout le monde te connaissait ; aujourd’hui tu passes cent fois et personne ne sait qui tu es. » 

Nicolas Bonnal


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