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Il ne manque pas de pronostiqueurs qui ne se lassent jamais d’annoncer qu’une calamité financière est juste au coin de la rue. Je ne suis pas l’un d’eux; ce que j’essaie de faire, ce n’est pas de pronostiquer mais d’expliquer. Je prends l’effondrement pour quelque chose de réel – quelque chose que mes lecteurs peuvent observer par eux-mêmes, s’ils veulent regarder – et ce qui m’intéresse, c’est son fonctionnement interne. 

Cela dit, lorsque trois personnalités célèbres annoncent simultanément que l’effondrement financier est imminent, je suppose que nous devrions commencer à y prêter attention. Pour moi, cela n’a même pas d’importance de savoir si leurs opinions sont bonnes ou fausses, si elles ont des informations claires ou si ce sont de bonnes ou de mauvaises personnes. C’est tout à fait hors de propos. Ce qui est pertinent est que si suffisamment de personnes à haute visibilité disent que l’effondrement financier est proche, alors, étant donné la portée et la force de leurs paroles, ce ne sont plus de simples opinions, elles agissent pour transformer l’état du monde – des différents mécanismes de la finance internationale, dans ce cas, qui butinaient tranquillement jusqu’à se préparer à être saisis par les événements. 

Tout d’abord, écoutons Paul Krugman, professeur d’économie et lauréat d’un (faux) prix Nobel d’économie (sans rapport avec le prix Nobel mais en fait remis par une banque suédoise). Ni son mandat en tant qu’économiste académique, ni ce prix incertain, ne le qualifient pour beaucoup plus que rien. Si vous voulez en savoir plus sur l’économie, demandez à un scientifique ou à un ingénieur, pas à un chaman qui utilise des mathématiques fantaisistes pour opérer sur des quantités sans dimension définies circulairement : la valeur est le prix, la valeur mesurée en argent… Le problème de Krugman est exacerbé car il brasse beaucoup de vent. J’ai décidé qu’il avait quitté son domaine réservé après avoir annoncé que « ce dont nous avons besoin est en fait l’équivalent financier de la guerre ». Vous pouvez retirer « l’équivalent financier de » ; c’est juste un peu de circonlocution hypocrite pour éviter de passer pour un belliciste. La guerre est la guerre. 

Mais beaucoup de gens prêtent attention au bellicisme économique de Krugman, et il dit maintenant qu’une guerre commerciale à grande échelle entre les États-Unis et d’autres pays produira des barrières douanières dans une fourchette de 30 à 60%, provoquant à son tour un ralentissement significatif du commerce international, peut-être autour de 70%, réduisant la production économique mondiale de 2 à 3%. Ouais ? Selon la Banque mondiale, le commerce international représente environ 55% du PIB mondial et (100% -70%) × 55% = 16,5%, pas 2-3%, et cela n’inclut pas l’effet d’entraînement sur le commerce domestique dans chaque pays, mais je ne suis pas un économiste lauréat du prix Nobel, alors que sais-je ? 

Peu importe les chiffres de Krugman ; c’est un économiste, bordel, pas un arithméticien ! Mais étant donné qu’une guerre commerciale entre les États-Unis et la quasi-totalité du reste du monde a déjà commencé, et qu’il n’y a pas de mécanisme apparent de désescalade de ce conflit, l’attente d’une pleine extension semble justifiée. Ce que dit Krugman semble généralement raisonnable, mais la raison pour laquelle il le dit est en grande partie politique : Krugman est un libéral et veut mettre son doigt dans l’œil de Donald Trump car … lui aussi, il est un belliciste économique juste comme Krugman, mais pas un libéral. 

Eh bien, au moins, Krugman est raisonnablement intelligent, alors que Trump semble être aussi idiot qu’un montant de porte, et les sycophantes de sa suite ne semblent pas mieux. Trump pense que le déficit commercial énorme et permanent des États-Unis est un gros problème (OK, c’est le cas) et que l’imposition de droits de douane sur les importations stimulera l’économie nationale par le biais du remplacement des importations. C’est ce que l’on appelle une « réflexion de premier ordre » basée sur l’expérience passée et des règles de base linéaires, invariantes dans le temps : souffle dans les naseaux d’un cheval et il va remuer la queue, mais pas vous mordre ou ruer. 

Essayons de penser un peu plus dur à ce que Trump peut faire. Bien sûr, les barrières douanières peuvent stimuler la production nationale. Mais qu’est-ce qui va stimuler la consommation domestique? Actuellement, le déficit commercial agit comme un stimulant : les autres pays sont obligés de recycler tous les dollars supplémentaires qui leur restent en rachetant de la dette américaine, tout en la regardant se gonfler. Cela maintient les taux d’intérêt bas qui permettent au gouvernement des États-Unis de continuer à augmenter indéfiniment sa dette pour l’utiliser pour stimuler son économie. Son programme de relance économique le plus important et le plus stupide est le budget de la défense. En outre, gardez à l’esprit la principale raison pour laquelle les États-Unis sont obligés d’importer autant de choses : parce que leur production nationale n’est pas compétitive. Les loyers élevés, l’éducation surévaluée, un système de soins de santé douteux, ainsi qu’un cadre juridique alambiqué et un régime réglementaire qui font grimper le coût des affaires, font qu’il est impossible de fabriquer des produits à des prix que les gens peuvent se permettre d’acheter. 

Je suppose que je suis d’accord avec Krugman en pensant que l’endettement sans cesse croissant est une meilleure affaire que les barrières douanières. Le problème que je vois est relié avec les mots « sans fin » : toutes les choses, bonnes et mauvaises, doivent finalement finir. La dette doit être gonflée toujours plus vite qu’elle ne s’accumule, mais c’est un jeu dangereux à jouer. Si l’inflation augmente mais que les taux d’intérêt restent bas, la dette devient extrêmement peu attrayante ; Si les taux d’intérêt sont relevés (et en ce moment ils sont augmentés, quoique lentement), les paiements d’intérêts sur la dette engloutissent tous les revenus du gouvernement. Clairement, ce régime de mieux vivre par le déficit et la dette expirera à un certain point ; la question est, quand ? 

Eh bien, en fait, n’importe quand à partir de maintenant. La croissance économique semble stagner partout dans le monde. L’exception semble être les États-Unis, mais en réalité ce n’est pas le cas. Cela n’arrive que parce que les Américains ont changé leur façon de calculer le PIB. Par exemple, ils ont commencé à compter la propriété intellectuelle dans le PIB. Peut-être qu’ils devraient aussi commencer à compter woo woo. La dernière fois que j’ai visité la côte ouest, j’ai remarqué des quantités énormes de woo woo empilé partout. (Le Royaume-Uni a commencé à compter les revenus « de la prostitution et de la drogue », Washington devrait essayer de faire de même.) Les statistiques de l’inflation et du chômage sont également manipulées. Si les États-Unis se remettaient à calculer tous ces chiffres comme ils le faisaient dans les années 1970, il deviendrait évident que les États-Unis sont en récession depuis 2008. 

Ce qui fait de Krugman l’un des trois aveugles, c’est qu’il ne peut pas voir la dette sans fin pour ce qu’elle est : une bombe qui est sur le point d’exploser, qu’il y ait des barrières douanières ou pas. La dernière décennie a été marquée par une non croissance et une crise financière continue. Le ciel a été obscurci par l’intervention de la banque centrale. De 2008 à 2014, la Réserve fédérale américaine a réalisé la majeure partie de son impression monétaire ; puis les banques centrales européenne et japonaise ont pris le relais. Mais maintenant il est devenu clair que cela ne fonctionne plus, et la Banque centrale européenne est en train de réduire son intervention en urgence même si l’urgence n’est pas terminée. 

Les temps difficiles arrivent, mais personne ne sait quand ils vont surgir parce que le système financier mondial est actuellement dans un état totalement nouveau et inconnu. Il n’y a rien avec quoi le comparer et aucun modèle par lequel prédire son comportement. La prédiction de Krugman concernant l’effet des barrières douanières peut être comparée avec la prédiction de l’effet d’une blessure par fusil de chasse sur un patient atteint d’un cancer au stade IV. 

Notre prochain aveugle est George Soros. C’est un vilain garçon qui a appauvri les gens dans le monde entier avec ses machinations financières et qui a travaillé dur pour perturber et détruire les cultures et les sociétés locales en utilisant les initiatives de l’Open Society, sa firme. Mais il est un sale bâtard très riche, et quand ce genre de bâtard parle de finances, il est logique de prêter attention à ce qu’il dit, même si c’est, comme dans son cas, pour penser le contraire de ce qu’il dit. 

Soros est sacrément aveugle parce que, risiblement, il ne voit pas de problème avec les États-Unis. Au lieu de cela, il pense que la guerre commerciale de Trump entraînera une calamité financière pour l’UE et pour les économies en développement. Selon lui, l’UE est en danger existentiel : « Tout ce qui pourrait mal tourner a mal tourné. ». Tout comme Krugman, Soros blâme tout d’abord Trump ; pas pour ses barrières douanières spécifiquement, mais pour sa destruction de l’alliance transatlantique et pour son retrait de l’accord nucléaire iranien. Ces facteurs, pense-t-il, affecteront négativement l’UE. De plus, l’UE avait déjà trois problèmes sérieux : le problème des migrants, la désintégration territoriale (au revoir, la Grande-Bretagne !) et une décennie d’austérité qui a économiquement marginalisé toute une génération de jeunes. Pendant ce temps, aux États-Unis … quels problèmes ? Soros n’en voit pas. Mais je peux l’aider : la deuxième plus grande économie du monde est une Blanche DuBois qui dépend de la gentillesse des étrangers et qui peut être paupérisée du jour au lendemain en cas de revente massive de la dette américaine. 

Notre dernier aveugle est une femme : la directrice du FMI, Christine Lagarde, derrière laquelle j’ai pu discerner un intellect vif caché derrière son teint oompa-loompa. S’exprimant au forum économique de Saint-Pétersbourg, Lagarde a parlé des trois nuages ​​qui assombrissent l’horizon économique. 

Le premier nuage noir est la dette souveraine tout simplement gargantuesque de 162.000 milliards de dollars, soit 225% du PIB mondial – un record absolu. Les États-Unis sont en tête du peloton, avec plus de 20.000 milliards de dollars de dettes, mais l’UE n’est pas loin derrière avec 18.000 milliards de dollars. Le Japon a accumulé 11.500 milliards de dollars et la Grande-Bretagne à elle seule 7.500 milliards de dollars. Cette situation est instable et entraînera une grêle de mauvaises dettes souveraines qui anéantiront les récoltes. Le deuxième nuage sombre de Lagarde est la fragilité financière; si les États-Unis réduisent l’offre de dollar en augmentant les taux, les capitaux seront drainés hors des économies en développement. En fait, la Réserve fédérale fait exactement cela et elle a relevé le taux des fonds fédéraux la semaine dernière ; Attendez-vous à des chutes de neige en juillet. 

Le troisième nuage, « le plus grand et le plus sombre » de Lagarde est l’érosion de la confiance « par des tentatives de remettre en question la façon dont le commerce a été géré, dont les relations ont été gérées et le fonctionnement des organisations multilatérales ». Bien sûr, encore une fois, c’est la faute à Rousseau Trump. Quel que soit le problème, que ce soit les barrières douanières, le Brexit, les migrants, l’austérité ou un dangereux manque de confiance, ces trois grands esprits s’accordent pour dire que Trump est à blâmer. 

À mes yeux, Lagarde est celle qui est le plus proche d’avoir raison, et certainement elle connaît ses chiffres, mais aucun des trois n’est capable de voir le vrai problème, qui a trait à la physique, pas à la finance. Le nombre pertinent est d’environ 6 × 10 ^ 20 Joules, et c’est la consommation annuelle d’énergie dans le monde, une grande partie provenant de sources non renouvelables. Et le problème a à voir avec le fait qu’une part croissante de cette énergie doit être réinjectée dans la production d’énergie. Au début de l’âge du pétrole, un baril de pétrole produisait 100 barils ; maintenant, en moyenne, il en produit moins de 10. Consommer une grande partie de ce que vous produisez ne fait pas de cette industrie, une industrie de l’énergie rentable. Les entreprises énergétiques ne peuvent plus produire de l’énergie à des prix que les consommateurs peuvent se permettre de payer, et le déficit doit être compensé par de l’endettement. 

Comme de plus en plus d’argent est investi dans la production d’énergie, il en reste de moins en moins pour le reste de l’économie; d’où l’accumulation de la dette. S’il devient impossible de continuer à accumuler de la dette, il faudra faire un choix entre la faillite des producteurs d’énergie et la faillite de tout le monde. Évidemment, ce n’est pas du tout un choix : à ce moment-là, tout va tomber. Mais tout ne tombera pas en même temps. Certains pays, comme la Russie et l’Iran, seront en mesure de continuer à produire du pétrole, tandis que toute l’industrie de la fracturation hydraulique aux États-Unis fermera ses portes peu de temps après avoir perdu l’accès au crédit bon marché. Selon l’endroit où vous vous trouvez dans le monde, l’effet de la bombe de dette se manifestera soit comme un surplus temporaire d’argent, soit comme un déficit permanent d’énergie – avec tout ce que l’accès à l’énergie rend possible. 

Dmitry Orlov


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