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Tarifs douaniers et l’impossible capitulation. 
De nouveau, Trump va faire appliquer des tarifs douaniers qui vont frapper des produits manufacturés en Chine représentant une valeur de $ 200 milliards. Le jour de l’annonce de cette volée de mesures est encore imprécis comme le sont les taux, on hésite entre 10 à 25% à adopter immédiatement, quitte à les élever plus tard s’ils s’avéraient insuffisants. 

La Chine de son côté a convoqué quelques personnalités (1) qui comptent à Wall Street pour endiguer les effets des tumultes boursiers inhérents à cette guerre commerciale. Cette invitation ne tient pas lieu d’une opération de séduction, Pékin semble vouloir sonder s’ils sont prêts à réduire la toxicité introduite par les mesures protectionnistes de l’administration républicaine dans le marché mondial globalisé. L’index MSCI qui note les places boursières mondiales affiche un très grand optimisme pour les américaines et l’appréciation de cette agence privée de toutes les autres moins les étasuniennes indique un comportement spéculatif en faveur de la baisse. Shanghai a perdu 20% en 2018 et est en train de renouer avec son niveau de janvier 2016 auquel il était parvenu après l’explosion d’une bulle qui avait alors pulvérisé 5000 milliards de dollars. Ainsi des dirigeants communistes s’adressent à des escrocs patentés qui avaient réussi en pillant les ressources monétaires mondiales -les 700 milliards de renflouement sont de la dette achetée par toute la planète en particulier la Chine- à rester dans le circuit financier sans être pénalisés pour leurs spéculations frauduleuses. Pékin s’adresse donc aux représentants de Dieu lui-même sur terre (Lloyd Blankfein (3), précédent patron de Goldman Sachs) afin de sauver la capitalisation boursière des entreprises chinoises inscrites dans le composite de Shanghai. De son côté, le yuan a perdu 9% de sa valeur vis-à-vis du dollar, ce qui compense en partie les pertes de revenus dues aux frais majorés de douane. 

Cependant, les autorités chinoises semblent refuser le marchandage auquel Trump les soumet, c’est-à-dire ni plus ni moins renoncer au développement économique dans lequel leur pays s’est engagé depuis une trentaine d’années, et risquent de ne pas dépêcher d’envoyés à la rencontre prévue fin septembre avec le Secrétaire d’Etat au Trésor. La Chine n’est pas du tout dans la position de capitulation attendue d’elle. La réponse proportionnée (désormais habituelle) à de telles sanctions est déjà prête. Il n’est pas exclu, sans aller jusqu’à vendre à tout-va leurs bons du Trésor américain, qu’elles s’en viennent à paralyser pour un bon moment l’industrie automobile et Apple en ne fournissant plus des pièces essentielles made in China dans leurs chaines de fabrication, de quoi leur faire connaître un joli plongeon, peut-être mortel par ces temps de concurrence sévère dans ces domaines. Concurrence qui justifient l’appellation d’économies « émergentes » pour les taxonomistes occidentaux qui voient sortir de mer d’autres espèces capables de les rivaliser dans leur champ de production. 

Tricoter des mailles
Au forum économique de l’Est, le quatrième du genre cette année, une sorte de sommet de Davos de l’Orient, qui s’est tenu à Vladivostok du 11 au 13 septembre, une moisson de contrats ont été signés. Pour la somme symbolique de $42 milliards. Une bonne part l’a été entre des entreprises privées nippones et des entités publiques russes. Au détour d’une réunion publique, Poutine a déclaré qu’il était prêt à signer un traité de paix avec le Japon et mettre fin à l’armistice dure depuis 1945, sans condition préalable, le règlement du contentieux des îles Kourile serait remis à plus tard. (4) Shinzo Abe réserve encore sa réponse pendant que des usines assemblent des moteurs Mazda à Vladivostok, des logiciels nippons aident à réguler la circulation dans plusieurs villes russes et que des technologies médicales japonaises de pointe pénètrent les hôpitaux russes. 

Xi Jiping n’a pas fait que retourner des crêpes et bu de la vodka avec Poutine à ce sommet, il a pris date avec Abe pour qu’il effectue une visite officielle en République populaire de Chine. Les deux chefs d’Etat sont convenus d’améliorer leur coopération pour la construction d’une Asie prospère et paisible. (5) En échange d’une position moins intrangisante sur l’archipel de Senkaku-Diaoyu, Abe attend de Xi Jinping une plus grande fermeté par rapport à la Corée du Nord. (6) La Chine aussi bien que la Russie entoure de ses bons soins un Japon dont il convient à tout prix qu’il se distancie de sa subordination militaire vis-à-vis des Usa. Les deux initiateurs de la Coopération de Shanghai se montrent prêts à des concessions pourvu que la puissance économique asiatique engluée dans une trappe à liquidité (7) qui n’est rien d’autre que celle de dettes des consommateurs et des entreprises, dette endogène, se détache un tant soit peu de sa coopération avec l’OTAN. 

Ainsi, la Chine veut embrasser l’archipel qui lui fait face dans son arc extrême-oriental. 

Dans sa volonté irréfléchie de réduire les déficits commerciaux avec les partenaires économiques des Usa, Trump menace d’engager une guerre commerciale avec le Japon. Cela peut s’avérer un bon ciment pour recoller les îles émiettées dans le Pacifique. (8) 

La Chine s’est assurée des points d’appui dans son expansion vers la Méditerranée orientale, le port du Pirée en est un. L’autre, moins connu car peu relayé par la presse dominante est le port de Haïfa en Palestine occupée. Un contrat signé en 2015 avec les autorités portuaires octroie son exploitation à la compagnie Shanghai International Port Group à partir de 2021. Une autre firme chinoise vient de signer pour la construction d’un nouveau port en eau profonde à Ashdod, à quelques 100 km plus au Sud. Stratèges étasuniens et israéliens réalisent avec retard du danger que représente pour la sixième flotte une telle mainmise. La concession a été accordée sans interroger le conseil de sécurité navale israélien, elle a été cédée sous la seule autorité portuaire d’Haïfa et du ministère des Transports. En plus de disposer d’une base militaire à la frontière afghane (10), la Chine ne cache plus qu’elle s’arroge le droit d’intervenir militairement en Syrie afin d’empêcher la dissémination des dix mille Ouighours du mouvement islamique du Turkestan oriental actuellement enrôlés par Daesh. 

L’intervention de la Fédération de Russie dans le processus du ‘regime change’ en Syrie en 2015 a modifié la configuration des conflits dans cette région du monde, la présence chinoise va désormais peser dans l’attitude du fauteur de troubles sioniste. On l’espère dans un respect du droit international, notion totalement étrangère à l’expansionnisme de l’entité militaro-ethnique et théocratico-libérale qui occupe la Palestine. 

Savent-ils vraiment ce qu’ils font? 
Trump et son équipe se bercent de l’illusion d’une croissance qui a été relancée grâce à l’allégement fiscal dont l’effet propulseur sera déjà effacé en 2019. Trois secteurs qui constituent près de 50% du PIB, électroniques, finances et santé, en sont la locomotive. Leurs firmes se signalent par un endettement conséquent et maintenant considéré comme subprime, d’une qualité encore moindre que celle des prêts hypothécaires qui ont conduit à la crise de 2007-2008. En 2008, la dette des ‘corporat’ représentait $700 milliards, elle s’est multipliée par deux et demi en dix ans. Les taux d’intérêt sont en train de grimper rendant plus lourd le mécanisme habituel d’un nouvel endettement pour supporter la précédente. Ancien économiste en chef du FMI et antérieurement directeur de la Banque de Réserve Indienne, Raghuram Rajan pointe avec d’autres analystes l’ampleur de la dette des firmes américaines et leur faible solidité. En cas d’accident aigu, leur effondrement sera répercuté sur l’ensemble du système financier mondial au contraire de ce qu’endurent actuellement la Turquie et l’Argentine qui reste sans effet systémique. Raghuram Rajan s’était fait traité de ‘luddiste’ en 2005 par Alan Greenspan, en référence aux artisans qui brisaient les machines à tisser destructrices de leur emploi, (10) quand il alertait la Fed sur un appétit du risque immodéré des institutions financières. La rencontre samedi des dirigeants chinois avec des représentants de Wall Street aurait alors pour objet, plutôt que d’échanger des idées pour améliorer les relations Usa-Chine, de poser la question : Savent-ils vraiment ce qu’ils font à Washington et à la Maison Blanche ? 

La surproduction mondiale que n’absorbe plus un montage abracadabrantesque de dettes est le point de convergence obligatoire de la pression sur les salaires pour tenter d’augmenter le taux de profit et de l’indisponibilité des ressources pour réaliser ce profit. En cela, la nature du capitalisme n’a pas varié, qu’on lui attribue l’appellation archéo ou néo-libéralisme. La récession, moment de destruction de capital fictif et de capital réel, est un moment de résolution des crises de plus en plus spectaculaires car vite disséminées dans tout le champ de ce mode de production aberrant c’est-à-dire toute la planète qui y a été assujettie Aberrant car il détruit puisqu’il ne produit à l’échelle globale et que l’humanité pour s’accomplir comme humaine devrait abandonner. La guerre mondiale, la troisième en cours, entamée au moins depuis l’invasion de l’Afghanistan il y a dix-sept ans et étendue à la Syrie et au Yémen, est l’expression de cette récession. L’activité de l’ingénierie financière qui consiste à vendre des titres sous forme d’assurances contre des risques non pris par le contractant, puis à spéculer à la baisse des titres sur lesquelles les assurances sont adossées n’a pas été entravée depuis 2008. C’est cette manipulation d’écritures électroniques réservée à quelques initiés qui consiste à fabriquer de l’argent sans rien produire comme ‘biens’ que Greenspan compare à une machine qui délivre l’humain d’un travail pénible en le mécanisant. 

Dans l’immédiat, les fermiers étasuniens souffrent de la chute des prix du soja et de la viande de porc étable entre 15 à 20% avec une baisse de revenus d’au moins 30% pour certains, ce qui entraîne la baisse de la valeur d’échange de tous les autres produits agricoles. Le Département étasunien de l’Agriculture a entrepris un programme de leur renflouement de $12 milliards, $ 4,7 ont commencé à être distribués dès ce mois-ci. Le protectionnisme a un coût, mal estimé par ses défenseurs. L’excédent commercial chinois a de son côté grimpé de 18% en juin par rapport à mai (11). 

Dans l’immédiat, pendant que la France, le Royaume Uni et les Usa sont aux avant-postes pour détruire la Syrie, Israël et la Turquie sont à peine en retrait, la Chine va faire de la baie de Hong Kong et Macao un centre urbain de plusieurs dizaines de millions d’habitant, englobant les villes de Shenzhen et Guangzou, dans la ‘Greater Bay Area’. 

En 1980, Shenzhen était une ville de pêcheurs de 30 000 habitants, aujourd’hui c’est un pôle urbain de plus de 12,5 millions d’habitants produisant 90% de l’électronique mondiale ave 3 millions d’entreprises enregistrées. Le fondé de pouvoir de Rothschild, posté comme président de la France, ignore que ce n’est pas en traversant la rue pour éventuellement travailler comme plongeur (non déclaré) que l’on revitalise des régions entières désertées par l’industrie. Hong Kong concentre maintenant plus de milliardaires que New York (12). La Chine est bien en train de devenir cette première puissance économique avec en moins d’une génération l’urbanisation de 300 millions de paysans. Cette puissance lui sera difficilement contestée en raison du poids de sa population, elle entraînera sans doute l’Inde dans son sillage. Patiemment, elle construit des ponts, des routes des villes, un réseau d’alliances. Travaille-t-elle en cela pour l’émancipation de l’humanité ? Moins elle financera les guerres des Usa en restreignant ses avoirs de la dette américaine, plus on s’en rapprochera. 

Se peut-il que le développement de la Chine, inattendu dans le contexte d’un Centre dominant à jamais une périphérie subordonnée, conduise lui aussi à la création d’un nouveau Centre dominant ? Deux questions sont pendantes à cette inévitable interrogation. 

L’incarcération des millions de Musulmans ouïghours dans des camps d’internement (13) est-elle une propagande aussi grossière que celle menée par la CIA autour du Dalaï Lama et de son système féodal théocratique ? Ou bien correspond-elle à la résurrection d’une nouvelle Révolution culturelle proclamant l’orthodoxie de l’athéisme comme pratique obligatoire ? 

Dans quelle mesure, les activités boursières à Shanghai (14) sont-elles susceptibles de verser l’économie chinoise dans une dépendance vis-à-vis des investisseurs avide de profit ? 

Badia Benjelloun 
17 septembre 2018. 



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