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Du 12 au 14 juillet 2019, s’est tenu à Fès le Forum international sur les «Nouveaux défis de la migration dans la région euro-méditerranéenne : amazighité, femme, échange culturel et développement », organisé par le Centre Sud-Nord dirigé par le Pr Moha Ennaji. 

Dans ce cadre, le Pr Abdelkrim Belguendouz, chercheur en migration a prononcé un «discours inaugural» sur le thème: « Lecture de l’Agenda Africain sur la Migration». Voici la conclusion de cette contribution, centrée sur des recommandations pratiques pour le Maroc en matière de politiques migratoires. 

L’Agenda Africain sur la Migration propose en conclusion que l’Afrique se soumette à une démarche introspective, c’est-à-dire fasse un retour sur elle-même et s’auto évalue en quelque sorte en matière de politiques migratoires . Cette approche nous paraît valable également pour tous les États membres de l’Union Africaine, dont le Maroc bien entendu, d’autant plus que l’Agenda l’interpelle à un double titre : 
  • en tant que membre de l’UA, 
  • en tant que pays ayant le leadership en Afrique sur la question migratoire, en la personne du Roi Mohammed VI, le Maroc devant donner l’exemple. 
Cette introspection pour le Maroc devrait se faire à plusieurs niveaux
1-En premier lieu, ne pas marginaliser le secteur des Marocains résidant à l’étranger, mais lui accorder autant d’interêt et d’attention que celui de l’immigration étrangère et de l’asile au Maroc. 

Pour ce faire, il s’agit notamment de : 
  • Doter le domaine de la communauté marocaine à l’étranger d’une véritable stratégie nationale globale, cohérente et intégrée qui n‘existe pas encore, en dépit du rappel en la matière du discours royal du 30 juillet 2015 et de ce qui est publié de manière très problématique, sinon trompeuse sur le site officiel du ministère concerné . 
  • Restructurer, démocratiser et dynamiser les institutions directement en charge du secteur MRE comme le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger(CCME), la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, le Conseil européen des oulémas marocains, Bank Al Amal. 
  • Réaliser sur le terrain le droit de vote et d’éligibilité à la Chambre des Représentants, par le biais des circonscriptions électorales législatives de l’étranger, comme décidé à travers le discours royal fondateur du 6 novembre 2005 et dans l’esprit de l’article 17 de la Constitution rénovée de 2011. 
  • Réaliser la démocratie participative s’agissant des citoyens marocains résidant à l’étranger en opérationnalisant de manière ouverte l’article 18 de la Constitution relatif aux institutions nationales consultatives et de bonne gouvernance. 
  • Prévoir une large représentation des citoyens marocains établis à l’étranger dans le cadre du projet de loi organique en cours de discussion au Parlement, relatif à la création du Conseil National des Langues et de la Culture Marocaine, en tenant compte du multilinguisme et de la diversité culturelle qui prévalent au Maroc. 
2- En second lieu, dans le domaine de l’immigration et de l’asile, il s‘agit notamment de : 
  • Accélérer la sortie de la loi sur l’asile et la refonte globale de la loi 02-03 sur l’entrée et le séjour des étrangers au Maroc, l’émigration et l’immigration irrégulières. 
  • Approfondir la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile ( SNIA), en particulier en protégeant l’identité culturelle et cultuelle des immigrés au Maroc, tout en s’ouvrant à la culture marocaine. 
  • Mener au Maroc une vaste campagne pédagogique et d’explication pour renforcer les valeurs d’acceptation de l’Autre et le vivre-ensemble. 
  • Mettre en place un Conseil supérieur consultatif pour l’insertion des immigrés au Maroc 
  • S’abstenir de tout ce qui va à l’encontre de la philosophie humaniste de la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc et viole les droits humains des migrants, tels les déplacements forcés d’immigrés du Nord du Maroc vers le Sud, voir leur expulsion vers leur pays d’origine ; l’acceptation par le Maroc des «refoulements à chaud » opérés par l’Espagne. 
  • Ne pas céder aux pressions sécuritaires de l’Union européenne en continuant notamment à résister à la signature d’un accord général de réadmission UE -Maroc, englobant également les migrants irréguliers de passage par le Maroc. 
  • Opérationnaliser l’article 30 de la Constitution relatif au droit de vote des étrangers au niveau local 
De manière plus générale, il convient de mettre en place un Observatoire National des Migrations, englobant aussi bien les immigrés au Maroc que les Marocains résidant à l’étranger, un observatoire qui soit à la hauteur des ambitions du Maroc relatives à l’Observatoire Africain des Migrations et à l’Agenda Africain sur la Migration, qui constitue un apport majeur du Royaume du Maroc à l’UA. 

Cela implique au même moment d’avoir un agenda national de la recherche en migration, ce qui interpelle les chercheurs en migration au Maroc (ainsi que les chercheurs marocains à l’étranger) et interpelle aussi les départements ministériels, institutions nationales et universités marocaines concernés pour institutionnaliser un partenariat scientifique en la matière. 

Fès, le 12 juillet 2019 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration

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