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Le terme « diaspora » est en vogue depuis une vingtaine d'années, certes plus dans la littérature anglophone que francophone. Mais le sens de ce mot n’a cessé d'osciller dans l'histoire, aussi si une diaspora est une réalité sociologique, faut-il repérer les paramètres et les processus qui la définissent. 

Cet article traite des trois versions qui en sont divulguées à la faveur des questionnements sur le statut des minorités culturelles et de la mondialisation des échanges depuis les années 1980. Il veut montrer combien l'idée de diaspora ne saurait être confondue avec les idées de migration prolétaire et de réseau transnational et rappeler ses fondements primordiaux, l'exposition d'une population au risque de violence, d'expulsion et une institutionnalisation communautaire polycéphale, au-delà de frontières nationales, conjurant la menace de dispersion, sinon d'annihilation, en créant des liens.

Le sens du mot diaspora1 a changé au fil des siècles et si l'on retient les significations les plus couramment admises, quatre grandes périodes sont repérables: la Haute Antiquité, époque durant laquelle le mot détient divers sens, le Moyen Âge et la Renaissance, le 19ème siècle et le 20 ème siècle jusqu’aux années 1970 et la période des années 1980 à maintenant. Durant l'Antiquité le terme « diaspora » décrit la colonisation de l'Asie mineure et de la Méditerranée par des populations grecques (800-600 avant J.C.) ; il renvoie aux idées d'expansion commerciale et de conquête et détient une connotation positive. Puis utilisé pour la première fois par des Juifs lors d'une traduction grecque de la Bible2 au 3ème siècle avant J.C, il acquiert une teneur négative, celle de punition divine, de déracinement forcé et de souffrance [Cohen, 1997, pp. 118-119]. Il réfère à l'exil des élites juives à Babylone à la suite de la destruction de Jérusalem et de son Temple en 586 avant Jésus-Christ. L'installation des Juifs hors de Palestine devenue libre au fil des siècles, il vient à signifier leur dispersion dans le monde gréco-romain et non plus leur exil ; il réacquiert une charge positive [Paul, 1981 ; Lenoir-Achdjian, 2001]. La destruction par les Romains de la Judée et du second Temple en 70 réactive le sens de dispersion et de perte d'un centre culturel historique mais ce sens s'érode au fil des siècles. Au Moyen Âge l'anti-judaïsme chrétien se développe en Europe et les Juifs subissent intolérance et expulsion alors qu'en pays musulman ils jouissent de reconnaissance et statut, puis la Renaissance signifie une amélioration de leur sort en Europe du Nord [Chaliand et Rageau, 1991, pp. 15-35].



 
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