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Le Dr Mustapha Saha, dont les travaux méritent d’être mieux connus au Maroc, vient de publier une somme sur le chercheur Haïm Zafrani, qu’il qualifie « d’explorateur de la diversité marocaine », avec une postface du Pr. d’histoire Mohammed Kenbib : « Haïm Zafrani, penseur de la diversité marocaine » (Maisonneuve & Larose / Editions Hémisphères) (Ph. Elisabeth et Mustapha Saha) 

Au-delà de la reconnaissance publique, des distinctions académiques, des sollicitations internationales, intervenues sur le tard, Haïm Zafrani a mené, jusqu’au bout, une existence de chercheur imperturbable, d’explorateur inébranlable de la diversité culturelle marocaine, loin des sentiers battus, avec la persévérance et la discrétion que l’enseignement talmudique lui inculque dès l’enfance. 

Tout au long de son existence, Zafrani poursuit un seul but, exhumer et restituer, aux générations présentes et futures, un capital historique exceptionnel, un patrimoine culturel bimillénaire en grande partie méconnu, sous-estimé, refoulé, dans sa complexité, dans ses contradictions, dans ses accords et ses contre-accords. Cet intellectuel hors pair a établi l’ancienneté de la judéo-berbérité et de la judéo-arabité de la civilisation marocaine sur des preuves matérielles irréfutables, sur des traces archéologiques de l’époque romaine, sur des textes datés et authentifiés. 

Haïm Zafrani revisite méthodiquement les archives négligées, les éditions raréfiées, les manuscrits brunis par l’abandon. Il se méfie, avant tout, des hypothèses reproduites comme des certitudes, des arguties admises comme des vérités acquises, des sophismes enseignés comme des objectivités universitaires. Il vérifie systématiquement l’authenticité des sources qu’il découvre, recoupe les versions des copistes, contextualise le cadre de leur production, en gardant à l’esprit la part idéologique inhérente à toute présentation des faits. 

Pour le sociologue marocain, toutes les publications de Haïm Zafrani sont fondées sur des documents incontestables, sur des études corroborées, sur des faits avérés, et s’inscrivent non seulement dans la connaissance, mais dans la connaissance de la connaissance. 

Ce penseur aura couvert, dans la meilleure tradition encyclopédique, tous les champs des sciences humaines et sociales, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la linguistique, l’esthétique, la poétique, la musicologie, l’économie, la pédagogie, l’éthique, la théologie, le droit rabbinique en maîtrisant la méthodologie de chaque discipline. 


Haïm Zafrani, infatigable explorateur de la mémoire berbéro-judéo-arabe, est sans conteste l’historien et le penseur référentiel de la diversité structurelle et de la pluralité culturelle, constitutives de la société marocaine depuis ses origines. 

Docteur ès lettres et sciences humaines et docteur en études orientales, Haïm Zafrani était notamment membre de l’Institut des hautes études sémitiques au Collège de France et membre correspondant de l’Académie du Royaume du Maroc. Il a dirigé le Département de langue hébraïque et de civilisation juive à l’université de Paris-VIII, dont il est devenu professeur émérite. Il nous a quitté en 2004. 

S’il fallait un seul mot pour définir son œuvre, ce serait une œuvre prolifique, impressionnante, pour ne pas dire intimidante, par sa dimension et sa densité, ce mot serait sa rigueur, sa rigueur intellectuelle, sa rigueur scientifique, sa rigueur éthique. Une rigueur associée à la vigueur investie dans sa réalisation pendant un demi-siècle, avec la ténacité tranquille des voyageurs du désert. 

Mustapha Saha, un chercheur pas comme les autres 
Mustapha Saha est sociologue, poète, artiste peintre. Il est cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre. Il fut une des figures historiques de mai 68. Quand Louis Aragon fut rejeté par les étudiants, il organisa l’intervention réussie de Jean-Paul Sartre dans la « Sorbonne occupée ». « La Révolte étudiante » (Seuil). On le retrouve avec Jean Lacouture dans la collection « L’Histoire immédiate ». Il réalise, sous la direction d’Henri Lefebvre, ses thèses de sociologie urbaine (Psychopathologie sociale en milieu urbain désintégré) et de psychopathologie sociale (Psychopathologie sociale des populations déracinées). Il a d’ailleurs fondé cette discipline de Psychopathologie urbaine.

Il se lance aussi dans des études parallèles sur les beaux-arts sur le « cinéma africain à l’époque coloniale » auprès de Jean-Rouch au Musée de l’Homme et publie, par ailleurs, sur les conseils de Jacques Berque, les « Structures tribales et formation de l’État dans le Maghreb médiéval » (Anthropos). Après une parenthèse comme sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée sous la présidence de François Hollande, Mustapha Saha décide de se consacrer entièrement à la peinture et à l’écriture. Il mène actuellement une recherche sur les mutations civilisationnelles induites par la Révolution numérique (Manifeste culturel des temps numériques), sur la société transversale ou sur la démocratie interactive. Il travaille à l’élaboration d’une nouvelle pensée et de nouveaux concepts en phase avec la complexification et la diversification du monde en devenir : « Le Calligraphe des sables » (livre de poésie présenté par Edgar Morin), « La Société diversitaire », « Le Laboratoire marocain », « La dérive algorithmique ».

Source : L'Economiste.ma




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