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Jeudi 12 décembre 2019, l’écrivain maroco-néerlandais Abdelkader Benali et l’historien néerlandais Herman Obdejin ont présenté à la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc à Rabat, leur ouvrage commun, intitulé : «Le Maroc vu par des voyageurs néerlandais 1605-2005 », paru aux éditions La Croisée des Chemins, avec le soutien du CCME. 

À cette occasion, le secrétaire général du CCME , Abdellah Boussouf a fait une intervention. Dans la couverture autorisée de cette déclaration, publiée sur le site officiel du Conseil, on relèvera notamment le passage suivant : « Contrairement aux allégations des courants d’extrême droite, M. Boussouf a affirmé que les Marocains des Pays-Bas ont un attachement culturel, spirituel et émotionnel avec le Maroc, loin de toute considération politique. Ils sont d’abord des citoyens néerlandais qui ont des droits et des devoirs parmi lesquels figure la préservation de leur culture d’origine qui constitue un élément essentiel du dialogue des civilisations et des cultures… ». 

La version en arabe du communiqué du CCME, publiée également sur son site officiel, confirme le message du secrétaire général du Conseil et du sens qu’il faut lui donner : 

"‏وخلافا لما تدعيه بعض تيلرات اليمين المتطرف، شد د بوصوف على ان مغاربة هولندا لهم ارتباطات ثقافية وروحية ووجدانية بالمغرب وليس لهم ارتباطات سياسية ببلدهم الاصلي، وهم مواطنون هولنديون عليهم واجبات ولهم حقوق من بينها الحق في المحافظة علي ثقافتهم الاصيلة، وهو معطي أساسي من اجل تشجيع الحوار بين الثقافات… " 

Extrême gravité 
Autrement dit, les seules relations à prendre en considération sont du domaine culturel et cultuel, les liens politiques et de citoyenneté ne devant nullement exister pour les MRE par rapport au Maroc , la «citoyenneté économique » ou « citoyenneté financière » que la direction du CCME n’ose mettre en avant . Cette déclaration d’un responsable institutionnel est d’une extrême gravité. Elle revient à déposséder les Marocains résidant à l‘étranger de leur droits politiques par rapport au Maroc et de leur citoyenneté pleine et entière par rapport au pays d’origine. Elle est en totale contradiction avec des dispositions de la Constitution, de nombreux discours royaux et certaines lois en vigueur. 

Rappelons au secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, ce que dit tout d’abord la Constitution de 2011. 

L’article 17 stipule notamment : «Les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine, de même , les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence ». 

L’article 16 précise par ailleurs : «Le Royaume du Maroc œuvre à la protection des droits et des intérêts légitimes des citoyennes et des citoyens marocains résidant à l’étranger, dans le respect du droit international et les lois en vigueur dans les pays d’accueil. Il s’attache au maintien et au développement de leurs liens humains, notamment culturels, avec le Royaume, et à la préservation de leur identité nationale. Il veille au renforcement de leur contribution au développement de leur Patrie, le Maroc et au resserrement des liens d’amitié et de coopération avec le gouvernement et les sociétés des pays où ils résident ou dont ils sont aussi citoyens ». 

La Déclaration du secrétaire général du CCME est également en porte-à-faux avec le discours du 59ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, dont les citoyens marocains établis à l’étranger font partie intégrante, dans lequel le Roi Mohammed VI avait pris l’engagement solennel le 20 aout 2012, d’impliquer étroitement les jeunes Marocains à l’étranger qui sont nos « compatriotes » «à la construction du Maroc de demain », sous-entendu au sens multidimensionnel, le développement ne se réduisent pas à ses aspects économique, comptable, matériel, social, écologique, mais englobant également le plan politique et démocratique. 

L’intervention de Abdellah Boussouf contredit également en totalité l’une des décisions royales annoncée dans le discours fondateur du 6 novembre 2005 : «Notre troisième décision accorde aux nouvelles générations de notre chère communauté à l’étranger, le droit de voter et de se porter candidat dans les élections , à l’instar de leurs parents, et ce, en application du principe de l’égalité dans la citoyenneté ». 

Cette décision s’est traduite concrètement au printemps 2007, par l’adoption par le parlement marocain , de la loi 23-06 permettant aux Marocains des deux sexes, nés hors du territoire national et résidant à l’étranger, de pouvoir s’inscrire sur les listes électorales à l’intérieur même du Maroc pour pouvoir voter et être éligibles à l’occasion de tous les scrutins à l’intérieur du Maroc. 

Par conséquent, cette déclaration du SG du CCME va à l’encontre de l’application de cette loi, qui permet par exemple aux MRE, à l’occasion de la réouverture de l’inscription sur les listes électorales en décembre 2019, de le faire pour tous les scrutins qui se déroulent à l’intérieur du Maroc, sachant évidemment que pour le scrutin législatif, la nécessité de l’organiser dans les consulats ( et ambassades du Maroc) à travers des circonscriptions électorales législatives de l’étranger, reste entièrement posée. 

Des antécédents 
Relevons que ce n’est pas la première fois que les responsables du CCME prennent ce genre de position, qui rentre dans leur logique d’opposition systématique à la participation politique et représentation parlementaire des MRE par rapport au Maroc, comme nous le montrons (jusqu’à février 2014, mais la situation n’a pas changé jusqu’à présent) dans notre livre publié par wakeUpInfo dans la rubrique Dakira. En effet, dans l’émission Moubacharatan Maâkoum, c’est le SG du CCME lui-même qui déclarait le 28 mai 2014 en direct sur 2M TV : 
«Le défi auquel on doit faire face est la nécessaire intégration totale de la communauté marocaine résidant à l’étranger dans les pays d’accueil. Le suivi d’un projet sociétal à l’intérieur de l’Europe, ne laisse nullement le temps suffisant pour l’implication dans un autre projet sociétal dans un autre pays (sous-entendu le Maroc) à plusieurs milliers de kilomètres de là. Dans cette situation, on serait dans une position contradictoire : opposition dans les références conflit d’intérêts entre les pays . Le moindre problème qui surgit dans les pays concernés, pourrait donner lieu à une très grandes crise ». 
En d’autres termes, la double appartenance ou double fidélité est un danger mortel auquel il faut se soustraire, en donnant la priorité absolue et exclusive à l’intégration dans les pays d’accueil et à la nationalité du pays d’accueil. Pour ces responsables, reconnaître en pratique aux citoyens marocains à l’étranger leurs droits politiques par rapport au Maroc , c’est parasiter leur intégration dans les pays de vie, comme le déclarait le président du CCME , Driss El Yazami , au journal «Le Matin du Sahara », édition du 10 mars 2008 : «Il faut que la politique générale du Maroc réponde au principe d’accompagnement de l’intégration des Marocains résidant à l’étranger dans leur société d’accueil et non entraver cette intégration». 

Un nécessaire recadrage 
Dès lors, on ne peut se taire sur ce type de déclaration du 12 décembre 2019, faite par le SG du CCME . Elle touche à des choix stratégiques de l’Etat et concerne au premier chef la nation marocaine dans son ensemble. On est en droit de se poser quelques questions : ces responsables sont-ils à la tête d’une institution NATIONALE qu’est le Conseil de la communauté MAROCAINE à l’étranger, ou bien d’un Conseil des européens ou des Néerlandais d’origine marocaine !? Jusqu’à quand la ligne suivie par cette direction du Conseil, restera-t-elle antinomique avec les dispositions de la Constitution et à l’opposé des orientations officielles de l’Etat marocain !? 

À la veille du 12ème anniversaire de la création du CCME, créé le 21 décembre 2007, n’est-il pas temps d’arrêter le gâchis , en passant à la reddition des comptes et à l’opérationnalisation démocratique de l’article 163 de la Constitution pour avoir un CCME représentatif, géré de manière transparente et efficace, dans le cadre d’une réelle stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en direction des citoyens MRE qui fait encore défaut !? Cette déclaration du SG du CCME est-elle un encouragement et une réponse favorable à la requête de certains MRE aux Pays-Bas qui ont demandé au gouvernement néerlandais d’intervenir auprès de Rabat pour que le Maroc renonce à la nationalité marocaine pour les bi-nationaux !? 

C’est dire aussi que la thématique des citoyens MRE ( ainsi que celle des Immigrés et réfugiés au Maroc), ne doivent pas être absentes de la réflexion et des préconisations de la commission nationale chargée du modèle de développement au Maroc, sans que celle-ci ne transfère cette mission, principalement aux responsables du CCME ! 

Rabat, le 14 décembre 2019 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 














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