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Vu les ressources monétaires, culturelles, organisationnelles et intellectuelles nécessaires pour construire le faisceau d'institutions nationales et transnationales qui caractérisent une diaspora, l'expérience diasporique ne peut pas être une émigration de la misère. 



Il n’existe pas de Labour Diasporas [Cohen, 1997, p. 129] mais des courants d’émigration pauvre qui, au fil du temps et à la suite de la mobilité sociale de certains de leurs membres construisent une conscience et une organisation diasporiques. Armstrong (1976) parle de diasporas prolétaires à propos des émigrations polonaise, irlandaise, portugaise, espagnole ou italienne et explique comment ces courants migratoires développèrent leurs propres réseaux religieux, culturels et sociopolitiques. Mais il omet de dire que ces réseaux demeurèrent nationaux et que ces émigrés ne développèrent pas l’idée de l’unicité d’une tradition ou d'un sort dont ils auraient été porteurs à travers les frontières de leurs patries d’adoption.

Ces populations, dont la « diaspora irlandaise »’ si souvent citée vu le caractère catastrophique de la famine en Irlande entre 1845 et 1848, montrent une acceptation de la logique unilinéaire nationale et tentent par intérêt économique ou identitaire de jouer un rôle dans la vie de leur pays d’origine. On ne peut que remarquer, qu'historiquement, les diasporas juive, arménienne et hellénique ont connu de longues périodes fastes et contribué à des développements culturels d'importance : spécialisation occupationnelle souvent lucrative et valorisée, inclusion dans les élites politiques et culturelles, statut de passeurs de frontières utiles à la circulation de produits et d'idées. Mais des limitations de droits en raison de leur distance culturelle, linguistique, religieuse marquaient leur statut à la marge des populations majoritaires. L'expérience des diasporas historiques ne fut pas seulement exil forcé, mémoire du malheur, perte et victimisation.

Les Juifs de Babylone créèrent de nouvelles traditions et si le retour des Juifs à Jérusalem et la reconstruction du Temple (515 avant Jésus Christ) s'accompagnèrent de manifestations de fondamentalisme religieux et de bigoterie, les communautés juives d'Alexandrie, Antioche, Damas et ailleurs en Asie Mineure devinrent des centres de culture. Après la destruction du Second Temple, Babylone demeura le centre de la vie et de la pensée juive et l'exil babylonien fut une période d’énergie créative [Cohen, 1997, pp. 120-121].

Les Arméniens formèrent une communauté différenciée au sein de l’Empire turc depuis le 11ème siècle. Ils étaient banquiers, artisans, bureaucrates et certains conseillers des Sultans, et ils possédaient des terres, la majorité étant des paysans. Jusqu'aux purges de l'ensemble des élites soviétiques durant les années 1930, les Juifs en URSS étaient surreprésentés dans les ordres professionnels [Nathan, 2001] et composaient l’épine dorsale de la bureaucratie soviétique vu leur fréquente adhésion aux préceptes révolutionnaires [Slezkine, 2004]. Et, exemple actuel, les Palestiniens de toutes confessions, quasi invisibles en Amérique latine, y intègrent les plus hauts rangs de la hiérarchie politique.

Demain, le dernier chapitre de la série ; Diaspora, un enjeu politique, un symbole, un concept ?

Auteur : Denise Helly
Institut National de Recherche Scientifique

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