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Je n’ai jamais adhéré aux adages du marxisme, mais le vieux Karl avait raison lorsqu’il disait : « Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, tout ce qui est saint est profané, et l’homme est enfin contraint de faire face avec des sens à nu à ses conditions de vie réelles, et à ses relations avec ses semblables ». C’est exactement là où nous en sommes, n’est ce pas ?

L’hologramme du capital qui n’était pas vraiment là se dissout sous nos yeux. Ce capital, voyez-vous, était l’idée de la richesse que nous pensions avoir il y a cinq minutes. Et maintenant, le capital, l’argent, l’esprit de la vie moderne disparaissent. L’hologramme a été projeté par une machinerie fantastiquement hyper-complexe, truffée de fraudes, d’escroqueries et de fausses promesses de payer demain pour ce proverbial hamburger d’aujourd’hui. Les personnes qui le dirigent ont laissé les robots aux commandes et sont allées s’amuser avec des gens comme Jeffrey Epstein, en goûtant au profane. Puis, la machine à hologrammes s’est cassée et l’image irisée s’est mise à clignoter.

Maintenant, à l’ombre du virus corona, tout le monde est renvoyé chez lui pour attendre et voir ce qui va se passer ensuite, otages de leur écran plat, où les réseaux câblés ne montrent guère plus qu’un film d’horreur en temps réel et sans interruption intitulé « La fin de votre avenir ». Il est difficile de garder le moral quand vous réalisez que tous les tapis roulants habituels dont vous avez besoin pour continuer à avancer se bloquent. Il n’est pas difficile d’imaginer des combats, qui ne manqueront pas d’arriver, pour ces choses qui s’amenuisent, et que nous nous battrons héroïquement pour répartir parce que nous ne sommes pas tous vraiment mauvais. La bonté demeure, même dans cette Amérique que nous avons réussi à profaner si profondément. Espérons qu’il y en aura assez.

Lorsque ces convulsions seront terminées, nous devrons réorganiser ces conditions de vie réelles de façon très différente en Amérique du Nord. Il y aura encore des capitaux considérables, mais pas ceux du genre « Wall Street ». Il y aura beaucoup d’endroits où il restera suffisamment de terre – ou du moins de la terre qui peut être remise en état – pour faire pousser des aliments. Il y a beaucoup d’endroits bien arrosés. Nous avons un merveilleux réseau de rivières navigables, toutes équipées de canaux qui les relient. Les canaux Érié et Champlain qui relient l’estuaire du fleuve Hudson aux Grands Lacs et au Saint-Laurent ont été maintenus dans un état impeccable, par un miracle de la prévoyance. Nos ancêtres ont déplacé la plupart de leurs marchandises de cette façon, et nous le pouvons nous aussi.

Nous avons un capital humain important : des dos solides et des esprits agiles. Il suffit de les reconditionner pour qu’ils se libèrent de leurs addictions aux divertissements numériques, aux drogues et aux ravissements faustiens du techno-narcissisme – en d’autres termes, nous devons devenir réels. Réaliser signifie reconnaître que nous sommes entrés dans un nouveau chapitre du projet humain et que cela exige un comportement différent – les relations de la sorte dont notre gentil vieux Karl Marx a parlé. Cela signifie surtout réajuster notre attention sur les gens et le lieu qui nous entoure, tout en attendant beaucoup moins des institutions lointaines. Dieu sait qu’il y a déjà assez à faire, si nous parvenons à nous remettre les idées en place.

Je doute que le gouvernement fédéral tel que nous le connaissons puisse survivre à ses propres mesures désespérées pour rallumer l’hologramme des promesses ré-hypothéquées de rembourser toutes les dettes qui ont mal tourné. C’est précisément ce que la Réserve fédérale essaie désespérément de faire ce matin en promettant d’acheter tout ce que les marchés sont en train de vomir avant l’ouverture. Si cela semble faire l’affaire, la ruée vers l’extase ne durera peut-être pas très longtemps. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant, car j’ai découvert il y a environ cinq minutes qu’Internet est en panne ici et que je vais devoir aller chercher ailleurs, à proximité, pour publier ce texte sur le blog.

Quand j’ai réalisé que le web était en panne et que le téléphone ne fonctionnait pas, j’ai allumé la télévision pour voir si c’était aussi le cas. C’était le cas. Le film d’horreur en temps réel dont j’ai parlé plus haut (les nouvelles du câble) n’était même plus disponible, ce qui a plutôt assombri ma perspective instantanément. Est-ce que quelque chose a explosé là-bas ? Je l’avoue, j’ai eu l’impression dernièrement que je vivais soudainement dans la préquelle de mes propres nouvelles de la série « World Made by Hand », qui, pour ceux qui ne les connaissent pas, parlent de l’effondrement de notre économie et de la vie moderne qui l’accompagne. Croyez-moi, ce n’est pas particulièrement réconfortant ni satisfaisant, même pour moi qui ai anticipé dans les moindres détails la situation qui se dessine maintenant. En fait, le téléphone portable fonctionnait, au moins. J’ai passé quelques appels et j’ai appris que le monde était toujours en marche. Selon les mots immortels de Leon Spinks, la matinée a été un peu « effrayante ».

J’ai déménagé chez un ami dans une autre partie du village, ce qui me permet de mettre ce blog en ligne avec une demi-heure de retard.

En fin d’après-midi, on a assisté à un effondrement conséquent des actions. L’or et l’argent remontent en flèche. Les Démocrates du Congrès tentent de bloquer les négociations dans le projet de loi « de secours », afin de s’assurer que la situation s’aggrave et pour empêcher Trump de prendre les choses en main. L’effet net est une plus grande incertitude et une plus grande perte de confiance dans la compétence de notre gouvernement en tant que tel. Chuck et Nancy ont l’air d’essayer une nouvelle forme de sédition, plus subtile. Demain, nous assisterons à d’autre salves contre les chinois, tirées par le Congrès. Je suppose que tout le monde dans le monde de l’argent pensait que s’il devait y avoir un « rally », il aurait du commencer aujourd’hui. Faux, hélas… Le rythme continue mais en ralentissant.

James Howard Kunstler




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