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Et si les GAFA n’étaient pas la solution, mais désormais plutôt le problème ? Et demain ? Demain, quand, omnipotents, sans contre-pouvoir, sans cadre éthique, plus puissants que des Etats, ils seront les seuls à posséder et maîtriser les bases des infrastructures du 21ème siècle, c’est-à-dire les données accumulées de milliards de personnes, les machines, les plateformes logicielles, les intelligences et les compétences pour en profiter, mais aussi la richesse …

EN GALOPINS, AU DÉBUT, ILS AMUSAIENT ; EN BARBARES, ENSUITE, ILS ÉTONNAIENT ; EN MONSTRES, AUJOURD’HUI, ILS EFFRAIENT.
Ces plateformes réussiront-elles à imposer leur vision du monde ? A rester cachées derrière des buzzwords, des avocats et des lobbyistes ? Ou est-ce déjà trop tard pour renverser la tendance et les ré-ancrer vers un bien commun décidé plus largement ?

Aujourd’hui, intimement imbriquées dans nos vies quotidiennes, ces firmes technologiques – déjà hégémoniques sur l’avenir de la culture et l’information -trustent aussi les tout premiers rangs des dirigeants les plus influents du monde et des groupes les plus riches et les plus puissants. Gigantesques, les nouveaux maîtres du monde continuent chaque jour de grandir en contrôlant les plateformes qui risquent de dominer nos sociétés dans les années à venir.

EN LIGNE, ET DE PLUS EN PLUS DANS LE MONDE RÉEL
Un monde « offline » où leurs actions sont désormais décriées de part et d’autre de l’Atlantique : vecteurs de radicalisation, de propagande, de racisme et de haine, y compris lors d’élections démocratiques, fortunes bâties sur la vente de nos agissements enregistrés chaque seconde pendant des années sans consentement éclairé, acteurs d’une société de surveillance, moteurs du renforcement des inégalités et de division de la société, siphonage des revenus des créateurs et des médias avec prise de contrôle de leur distribution, captation toujours plus grande de notre attention, sources de pollution mentale et d’addiction, invasion de notre domicile, … Sans compter des situations de monopoles sur la publicité et le commerce en ligne ; le tout sur fond du culte du secret, de boîtes noires opaques, et de montagnes de cash.

Avec enfin le sentiment que ça va trop vite, que personne ne comprend vraiment comment marchent ces plateformes créées par une poignée d’ingénieurs et d’informaticiens qui ne semblent plus maîtriser l’ensemble.

TROP GRANDS, TROP PUISSANTS, TROP NÉGLIGENTS, TROP LONGTEMPS ? TOUS LES EMPIRES ONT UNE FIN : À QUAND CELUI DES GAFA ?
Le vent tourne en ce moment contre la Silicon Valley : conséquence de leur puissance accrue au fil des années, les empires de la technologie inquiètent ; le temps n’est plus pour la classe politique, même américaine, à se faire photographier benoitement à Mountain View ou Menlo Park près d’un baby-foot pour épater ses administrés. Bruxelles montre les dents, multiplie les enquêtes, impose de lourdes amendes ; les dirigeants des Gafa sont convoqués et auditionnés au Congrès américain. Certains se demandent même s’il faut les boycotter.

Ce ne sont pas là que des manœuvres corporatistes pour protéger les « incumbents » et un vieux monde incapable de se transformer : il faut y voir aussi une certaine objection de conscience numérique, et surtout des tentatives honnêtes pour rester au contact des leaders du nouveau monde numérique et ne pas les laisser seuls dans la construction de notre avenir.

L’incapacité des GAFA à empêcher la manipulation de l’opinion et leur sourde oreille à admettre leur implication dans la désinformation, leur rôle dans la destruction d’emplois liée à l’essor de l’automatisation, leur défiance envers les institutions, leur intrusion dans nos vies privées, sonnent le glas du laisser-faire vis-à-vis d’un problème devenu désormais structurel. Car nos vies sont devenues quasi indissociables d’eux au fur et à mesure de leur extension inexorable à de nouveaux marchés et de leur emprise – sans concurrents -sur nos sociétés.

Les outils traditionnels de régulation (taxes, anti-trust, …) semblent bien inadaptés pour maîtriser cette nouvelle puissance concentrée entre les mains de quelques-uns. Semblant intouchables, ils utilisent leur fortune à renforcer leur influence. Pas facile d’aller titiller ceux qui jonglent avec nos informations les plus secrètes, et qui sont en passe de créer et maîtriser les outils de l’intelligence artificielle, en passe peut-être un jour de surpasser l’humaine, et changer radicalement le marché de l’emploi.

Champions de l’optimisation et des paradis fiscaux, ces géants, pourtant si riches et si rentables, sont aussi accusés de ne pas prendre part au bien commun des sociétés par l’impôt et de ne pas savoir faire face à leurs nouvelles responsabilités sociales. 

Pas facile d’appliquer l’anti-trust quand les prix de leurs services restent bas ou gratuits, et de plus en plus addictifs. Nous ne sommes pas dans les Telcos, ennemis plus faciles et, en général, haïs. Ici, l’opinion publique tend à peine l’oreille à cette nouvelle colonisation numérique. Les GAFA restent immensément populaires en simplifiant la vie du consommateur qui continue d’utiliser massivement leurs services et appareils et de remplir leurs comptes en banque. Demain il préfèrera sûrement être soigné par eux !
Mais de qui parle-t-on ? Derrière l’acronyme, il faut, en fait, voir une quinzaine de sociétés : les firmes américaines Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, mais aussi Netflix, Airbnb, Tesla, Uber ; les chinoises Tencent, Baidu, Alibaba, Xiaomi, Huawei ; j’ajouterais bien la japonaise Softbank, le coréen Samsung, et les russes Yandex et Vkontakte.
Avec plus de 540.000 employés Amazon a désormais la taille d’un petit pays ! En trois mois, elle a ajouté 160.000 personnes à ses effectifs et doublé de taille en un peu plus d’un an. Au rythme de +30% par an, elle emploiera plus d’un million de personnes d’ici trois ans. Le groupe vend plus de 350 millions de produits différents en concurrence directe avec plus de 130 grandes firmes. Aux Etats-Unis, Amazon est devenu non seulement le principal magasin en ligne, mais aussi un intermédiaire crucial de la culture et du divertissement (livres, vidéos, …), de l’alimentation (Whole Foods) et depuis peu un majordome domestique, via ses nouvelles bornes intelligentes (Echo, Alexa…). Facebook compte deux milliards d’utilisateurs actifs, soit bientôt un tiers de la population mondiale, mais aussi un milliard sur WhatsApp et 800 millions sur Instagram ! 

Les progressions spectaculaires de leurs revenus et profits se font chaque trimestre à deux chiffres (et même d’un tiers pour Amazon!) : Apple a engrangé 11 milliards de dollars de bénéfice net au 3e trimestre 2017 et Facebook 5 milliards ! Il s’agit bien de profit dégagé en 3 mois ! Leurs cours de bourse continuent de s’envoler (en hausse de 30 à plus de 50% en un an !) portant leur valorisation à des centaines de milliards de dollars chacune. Près de 3.500 milliards de dollars pour les 5 GAFAM. ! Dans le même temps, la 1ère firme Chinoise, Alibaba, accélérait et voyait ses revenus bondir de plus de 60% ! 

Google, qui va doubler de taille en France, contrôle 90% du search en Occident, Facebook (et ses filiales Instagram, WhatsApp et Messenger) 80% du trafic social mobile, Amazon 45% du commerce en ligne, Microsoft 80% des ordinateurs ! Netflix représente 90% de la consommation de vidéo à la demande aux Etats-Unis. 

Dominant la nouvelle « économie de l’attention », les réseaux sociaux donnent l’air du tempset définissent la nouvelle culture populaire, en décidant eux-mêmes ce que nous devons lire et regarder, quand, et comment, avec, il faut le reconnaître, une capacité de prédiction et de manipulation assez époustouflante. 

Google et Facebook ont désormais une influence sur plus de 70% du trafic Internet et la majorité du trafic des sites d’infos dépend de ces deux plateformes (search et trafic social). Des tests effectués récemment dans six pays par Facebook ont montré comment un coup de tournevis dans l’algorithme pouvait priver des sites d’infos des trois quarts de leur trafic. 

Résultat : Facebook, meilleur moteur de ciblage, et Google, meilleur moteur de recherche, ont pris le contrôle de la distribution des créateurs et des médias d’information.

Extrait du document réalisé par méta-média / Cahier de tendances médias de France Télévision



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