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Le projet élyséen à moyen terme n’est pas un bien grand secret : créer un système de QR-codes à scanner avant l’entrée dans les lieux publics pour identifier et suivre la personne. Le calcul politique est simple : les quelques récalcitrants, estimés à 20 % par la présidence, devront capituler de lassitude dans la guerre d’usure, sous peine d’être privés de restaurants, de vie culturelle, de vie sociale tout court. Par une auto-rééducation à la Skinner, ils seront alors sur une trajectoire positive qui ne manquera pas de s’exprimer en 2022.

Intellectuellement, le raisonnement se tient. Il repose toutefois sur une grave erreur de prémisse, due à la nature endogame des décideurs : les mesures étant prises dans un entre-soi parisien de hauts fonctionnaires plus ou moins pantouflés, dont le point commun tient précisément en des revenus élevés et garantis, l’évidence même leur a échappé : une partie conséquente de la population française réelle, virus ou pas, ne va jamais ou quasiment jamais dans un restaurant officiel, jamais ou quasiment jamais dans des lieux dits culturels, et bien plus de gens qu’on ne le croit ne partent pas en vacances – ou alors chez un membre de leur famille dans un département proche. Problèmes financiers, et je pense notamment à la pauvreté rurale discrète dont on ne parle guère, ainsi que tout bonnement absence de lieux dits culturels dignes de ce nom. Quant aux salles de sport, comment réagir sinon par un rire jaune face à ces soucis parisiens.

Pour ces personnes oubliées, rien ne changera, pourrait-on croire. Erreur. Alors qu’avant les QR-codes traçants ces Français étaient simplement négligés, désormais ils seront officiellement mis à l’écart par l’État français, par un geste symbolique fort.

Outre le sentiment légitime de rejet, d’autres conséquences sont à prévoir. À commencer par l’accélération de l’édification d’une contre-société, déjà fortement présente dans nombre de lieux, urbains mais surtout ruraux. Restaurants non-officiels, clubs discrets souvent liés à l’extrême gauche ou droite, activités culturelles et sportives non-déclarées, lieux de culte informels, c’est tout un monde qui se structure, dans le meilleur des cas indifférent à l’État parisien, mais le plus souvent hostile. Le projet de QR-code était le coup d’accélérateur décisif qui faisait défaut, l’officialisation de la rupture. Avec une inversion prévisible du stigmate : les personnes vaccinées et munies d’un QR-code pourraient être à leur tour exclues – hors des grandes villes, tout le monde se connaît, et tous sauront de quel camp est l’autre.

Le plus saisissant est pourtant bien la seconde erreur de Macron, plus profonde encore que la première : celle de croire que l’inclusion dans le "mainstream" soit un besoin irrépressible, le summum de ce que l’existence humaine peut atteindre. Il n’en est rien. Que l’on songe seulement quel déplorable spectacle se donnera dans les salles culturelles officielles, entre la multiplication des mesures sécuritaires et sanitaires, le corset de plus en plus étouffant des limitations de la liberté d’expression des artistes sous peine d’élimination, sans même évoquer l’emprise des pouvoirs publics locaux et centraux, sans lesquels depuis 2020 plus rien n’est possible et dont la créativité est bien connue.

À l’heure où le boycott des réseaux dits sociaux dominants s’accélère, la contre-société en voie d’édification pourrait bien devenir autrement plus épanouissante et humainement bien plus riche. Notre QR-code pourrait bien nous en couper pour de bon.



Identification par QR Code : accélération de l’édification d’une contre-société plus épanouissante


 
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