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Les statistiques le confirment : les femmes ont plus de réticences que les hommes à parler de sujets sur lesquels elles ne se sentent pas tout à fait expertes, que ce soit dans les médias ou dans l’espace public en général. Et l’on regarde souvent ces réticences à prendre la parole comme une marque de faiblesse ou d’autocensure. 


Mais n’est-ce pas là la posture philosophique que défendait Socrate ? L’exigence de penser toujours plus loin le réel ne nous contraint-elle pas à refuser certaines prises de parole et à dire notre ignorance ? Une (re)lecture du Gorgias de Platon peut nous apporter un autre éclairage sur le rejet des normes linguistiques en vigueur dans l’espace public. Dans ce dialogue, les divergences qui opposent Socrate à ses interlocuteurs Gorgias, Polos et Calliclès mettent en avant un dilemme. Pour protéger ses intérêts ou ceux d’autrui, il faut adopter une parole stratégique, habile qui passe sous silence certaines choses que l’on sait ou que l’on pense. Inversement, le désir de penser ce qu’on dit nous contraint au silence, dans des situations où nous aurions pourtant intérêt à bien parler. 

Le souci d’une parole juste d’une part, et la recherche du pouvoir d’autre part impliquent certains silences, qui sont autant de choix éthiques. Le Gorgias nous invite à les discerner et à questionner nos dénis linguistiques.







 
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