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Rien de plus universel et de plus singulier à la fois que la culture, cette substance de l’intelligence créative, qui donne un sens à l’existence, ce moteur d’échange et d’épanouissement intellectuel, qui fonde l’intérêt commun, cette mémoire incorruptible des savoirs et des connaissances, qui perpétue l’expérience humaine. Il n’est pas de société qui ait survécu aux puissances de la destruction sans résistance culturelle.

C’est la culture, et essentiellement la culture, qui, par son apport éternel au monde, a fait la grandeur de la France. Le génie de la langue française doit ses finesses syntaxiques, ses nuances lexicales, ses subtilités sémantiques à toutes les autres langues civilisationnelles qui l’ont irrigué. La France, qui avait si bien rendu au monde ce qu’elle devait au monde, gratifie toujours l’humanité de sa littérature classique. Pour les esprits chagrins, le rayonnement culturel français n’est plus ce qu’il était. Il n’en est rien. La France a seulement perdu le monopole des consécrations internationales. Désormais, la pluralité culturelle se propage et l’universel se partage. Et Paris, et toute la France, sont plus que jamais les vitrines éblouissantes des cultures du monde.

La culture se démocratise aux marges des institutions officieuses et officielles. Le droit à la culture se réalise enfin, par effraction technologique, dans les libres supports de la communication. Les technologies de pointe sont à la portée de chacun. Les réseaux mondiaux déroulent leur maillage à l’infini. La connexion du savoir-faire et du faire-savoir s’autonomise. Le vieux clivage entre culture d’élite et culture de masse est frappé d’obsolescence. Le marketing politique et commercial a beau multiplier les récupérations publicitaires, il n’attrape que la queue de la comète.

La création contemporaine n’a plus besoin de reconnaissance académique pour sortir de l’ombre. Le centre se décentre. Les élites se délitent. L’effervescence créative explose aux périphéries, dans les banlieues lointaines et les cités délaissées. Les avant-gardes d’aujourd’hui hantent les palissades des friches industrielles et les murailles des chemins de fer. Les nouvelles expressions urbaines débordent les cadres conventionnels et les régénèrent. Les œuvres innovantes germent et se fécondent dans les caves obscures, et se fraient des cheminements parallèles dans le village planétaire. Le proche et le lointain, le notoire et le clandestin se rejoignent en temps réel sur la toile universelle.

A l’heure de la mondialisation définitive, où les économies mondiales se tricotent et se détricotent au gré des spéculations boursières, la culture demeure la seule valeur sûre. Les temps de la culture officielle sont révolus. La culture se renouvelle et se fertilise dans le brassage, dans le mélange, dans l’inéluctable métissage. Il n’est d’universalisme en devenir que cosmopolite. La culture incarne désormais les contre-pouvoirs sans tutelle et sans frontières. Le grand art descend partout dans la rue, sans coupe-file et sans préavis. Les révolutions futures seront culturelles ou ne seront pas.

Copyright © Mustapha Saha.





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