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Guillaume Bodin a 28 ans et deux films à son actif : le premier, « La Clef des terroirs » (2011), célébrait la biodynamie et celles et ceux qui la pratiquent. Son deuxième film, « Insecticide mon amour », s’attaque au flan opposé de la montagne en dénonçant, témoignages et documents à l’appui, la dangerosité des pesticides, leur réduction en trompe-l’œil – celle-là même que nous promettent les politiques – et l’usage préventif parfois dévastateur qui en est fait.

Lui-même ouvrier viticole, pris de maux de tête et de saignements de nez réguliers, Guillaume Bodin a choisi de démissionner pour se lancer dans la réalisation et la production de ce film, aujourd’hui disponible à 1 euro en VOD.


Amour vache
Au-delà de la référence évidente, Guillaume Bodin explique le titre volontiers provocateur de son film par l’amour vache qu’il porte aux insecticides :
« En faisant cette enquête, je me suis retrouvé à faire un documentaire sur un sujet qui ne m’emballait pas. Mais j’avais besoin, personnellement, de comprendre comment on en était arrivés à une telle situation. Les insecticides sont mes amours, non pas par conviction, mais par obligation. »
En 2013, à cause des pesticides pulvérisés abondamment dans les vignes, notamment à l’occasion des traitements préventifs contre la flavescence dorée (grave maladie de la vigne qui a fait parler d’elle après que le vigneron Emmanuel Giboulot a refusé de traiter préventivement ses vignes et a fini au tribunal), le jeune réalisateur a choisi de quitter son travail d’ouvrier viticole :
« Des vents assez forts ont soufflé durant les trois semaines de traitement. Dès que nous sortions, l’odeur des insecticides était présente constamment et comme je travaillais dans les vignes, j’étais exposé toute la journée à ces produits chimiques. Je suis peut-être hypersensible à ce type de produits, mais je saignais du nez presque tous les jours et j’avais mal à la tête du matin au soir.
Pourtant, la flavescence dorée n’était presque pas présente dans tout le sud du Mâconnais. Les traitements obligatoires avaient lieu préventivement, sans prendre en compte les risques sur la faune et la santé humaine... Je ne souhaitais pas revivre une année comme 2013. J’ai préféré quitter mon travail et enquêter sur la question. »


Des résidus de pesticides sur le Mont-Blanc
Un an de tournage et cinq mois de montage plus tard, Guillaume Bodin largue ce film de 52 minutes, où témoignages et documents souvent édifiants se succèdent. On y apprend, entre autres :
  • qu’en 1964, on s’inquiétait déjà des résidus de pesticides dans l’alimentation et de leur potentiel effet cancérogène ;
  • qu’on retrouve des résidus de pesticides jusque sur le Mont-Blanc et sur les pôles ;
  • que les nouvelles molécules (néonicotinoïdes en particulier) sont « 5 000 à 10 000 fois plus toxiques », pour les abeilles par exemple, que le bon vieux DDT :
« Ça veut dire, explique un chercheur du CNRS d’Orléans, qu’on met des doses plus faibles à l’hectare, ce qui satisfait les hommes politiques, mais comme ces pesticides sont beaucoup plus toxiques qu’avant, c’est une fausse réduction » ;
  • que ces molécules sont si puissantes que quelques nanogrammes suffisent pour traiter une très grande surface – en volume, l’équivalent d’une pièce de 2 euros de produit permet de traiter l’équivalent de la tour Eiffel – et ces nanogrammes par gramme suffisent à contaminer l’abeille qui passe par là...
Le film, évidemment militant par son angle ou par le choix des intervenants – le prix de la formule revenant à un associatif antipesticides qui parle d’une « lutte antiterroriste appliquée à la nature » –, n’en est pas moins solide et convaincant sur le fond, parfois glaçant. Et en tout cas, « Insecticide mon amour » vaut largement ses 1 euro.




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